Le lobby pétrolier canadien prédit une croissance de la production

Malgré l’urgence climatique, le Canada devrait produire 5,86 millions de barils de pétrole par jour en 2035, soit 1,27 million de barils de plus qu’à l’heure actuelle.
Photo: Daniel Barnes Getty Images Malgré l’urgence climatique, le Canada devrait produire 5,86 millions de barils de pétrole par jour en 2035, soit 1,27 million de barils de plus qu’à l’heure actuelle.

Anticipant une demande mondiale toujours élevée pour le pétrole au cours des prochaines décennies, malgré l’urgence climatique, l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) prévoit une croissance de l’industrie au pays, au moins jusqu’en 2035.

Le regroupement des entreprises d’exploitation pétrolière et gazière a publié jeudi ses prévisions pour le secteur au cours des prochaines années. Selon leur scénario de développement de l’industrie, le Canada devrait produire 5,86 millions de barils par jour en 2035, soit 1,27 million de barils de plus qu’à l’heure actuelle.

Sur une base annuelle, la production dépasserait donc les deux milliards de barils, alors que les réserves du pays, les troisièmes plus importantes au monde, sont évaluées à 173 milliards de barils.

L’essentiel de cette production d’énergie fossile proviendra de l’Ouest canadien, qui devrait extraire 5,76 millions de barils par jour, contre 4,36 millions à l’heure actuelle. La majorité de ce pétrole se trouve dans les sables bitumineux.

Le reste de la production canadienne proviendra des gisements situés en mer, au large de Terre-Neuve, mais les données indiquent déclin de la production en milieu marin. Plusieurs projets d’exploration sont néanmoins en cours.

En vertu de projections publiées l’an dernier par l’Office national de l’énergie, la production quotidienne du pays pourrait avoisiner les six millions de barils au Canada en 2040, dont 4,5 millions de barils provenant des sables bitumineux.

Demande en hausse

L’ACPP souligne en outre que la demande mondiale se maintiendra élevée au moins jusqu’en 2040, avec une consommation quotidienne de plus de 105 millions. Cela fera du pétrole le carburant « le plus utilisé » dans le monde.

Or, pour saisir les « opportunités » qui pourraient s’offrir pour les entreprises extractives actives en sol canadien, il faudra impérativement construire de nouveaux pipelines, a réaffirmé jeudi le président de l’ACPP, Tim McMillan.

« Les Canadiens sont laissés de côté, alors que la demande mondiale pour le pétrole et le gaz augmente rapidement », a-t-il soutenu, en ajoutant que les énergies fossiles canadiennes « sont produites de la façon la plus responsable qui soit ».

M. McMillan, qui a souvent plaidé en faveur de projets comme l’expansion du pipeline Trans Mountain, avait aussi plaidé en faveur du défunt projet Énergie Est. Au nom de l’ACPP, il a sévèrement critiqué le projet de loi C-69 des libéraux, qui prévoit une réforme des évaluations environnementales des grands projets, comme les pipelines.

Selon le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), l’humanité devrait rapidement réduire sa dépendance aux énergies fossiles, pour éviter le naufrage climatique.

D’ici 30 ans, la part des énergies renouvelables devrait combler entre 65 % et 80 % de nos besoins, tandis qu’il faudrait complètement éliminer le recours au charbon.

Quant à l’utilisation du pétrole, le recul nécessaire serait d’au moins 80 %, selon deux scénarios illustrés dans le rapport du GIEC. Pour le gaz naturel, deux des trois trajectoires élaborées font état d’une réduction très marquée de son utilisation.