Moins de poissons dans un océan plus chaud

Les poissons font les frais des manquements cumulés à tous les maillons du réseau trophique.
Photo: Getty Images Les poissons font les frais des manquements cumulés à tous les maillons du réseau trophique.

Pour chaque degré de réchauffement climatique, la biomasse animale des océans s’amenuisera de 5 %. Les poissons seront les grandes victimes de ce coup de sabre dans la biodiversité, du fait de leur position élevée dans la chaîne alimentaire. Telles sont les conclusions d’une étude internationale, la plus exhaustive menée sur ce sujet, parue mercredi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences et signée par plusieurs chercheurs canadiens.

Même si les émissions de gaz à effet de serre plafonnaient dès cette année, la masse totale d’invertébrés, de poissons et de mammifères marins diminuerait de 5 % d’ici la fin du siècle, estiment les 35 auteurs. Dans le scénario où les émissions continuent à augmenter à bon rythme, le déclin de la biomasse animale marine se creuserait à 17 %. Ces valeurs ne prennent pas en compte les pêches, qui exercent une influence encore plus forte sur la biomasse totale de poissons dans les océans.

« Les océans sont un très grand contributeur à l’alimentation dans le monde entier. La subsistance de bien des gens dépend des produits de la pêche. Les changements climatiques sont un stress supplémentaire qu’on impose à ces écosystèmes déjà éprouvés », explique en entrevue avec Le Devoir Derek Tittensor, un écologiste marin au Centre de surveillance de la conservation de la nature des Nations unies et l’un des coauteurs de l’étude.

Le déclin modélisé s’explique surtout par le réchauffement des eaux de surface qui, en devenant moins denses et flottant plus facilement, se retrouvent davantage isolées des eaux sous-jacentes. Cette stratification accrue de l’océan défavorise la remontée des nutriments vers la surface, où la lumière du soleil permet leur transformation en matière organique grâce à la photosynthèse.

Fait remarquable, les résultats publiés mardi sont issus d’un ensemble de six modèles écosystémiques marins différents, se basant chacun sur des principes distincts pour inférer la quantité d’animaux marins dans des conditions climatiques données. « Cela nous procure un portrait plus robuste de la situation », fait valoir M. Tittensor, qui est également professeur à l’Université Dalhousie, à Halifax.

Les pôles épargnés

L’étude prévoit que les pertes seront plus importantes dans le haut de la chaîne alimentaire. Les poissons, qui se nourrissent de petits crustacés, qui eux-mêmes mangent du phytoplancton, font les frais des manquements cumulés à tous les maillons du réseau trophique.

En conséquence, le déclin devrait être plus sévère chez les grandes espèces, qui constituent l’essentiel des ressources halieutiques, que chez les micro-organismes.

Sur le plan géographique, des disparités sont également attendues. En fait, les régions polaires devraient voir une augmentation de la biomasse animale marine, propulsée par un accroissement de la production de matières organiques. Ce gain serait toutefois largement compensé par des pertes dans les régions plus méridionales, comme au large des côtes atlantiques canadiennes ou de l’Europe, où la biomasse pourrait diminuer de moitié par endroits.