Haro sur le plastique

L’UE a déjà annoncé en 2018 son intention de bannir de son territoire, d’ici 2021, les plastiques jetables que sont les gobelets, couvercles, assiettes, ustensiles, bâtonnets mélangeurs, pailles et autres objets, sitôt utilisés, sitôt jetés.
Photo: Getty Images L’UE a déjà annoncé en 2018 son intention de bannir de son territoire, d’ici 2021, les plastiques jetables que sont les gobelets, couvercles, assiettes, ustensiles, bâtonnets mélangeurs, pailles et autres objets, sitôt utilisés, sitôt jetés.

Le gouvernement Trudeau se donne deux ans pour préciser ses cibles afin de réduire la pollution par le plastique à usage unique et mieux recycler celui qui peut être réutilisé. D’autres pays, et même des provinces et des villes, ont déjà agi pour limiter les revers de ce matériau omniprésent dans le quotidien. Tour d’horizon.

L’annonce par le gouvernement canadien du bannissement du plastique à usage unique à partir de 2021 tombe alors que plus d’une trentaine de pays ont déjà fait un pas dans cette direction. On ne compte plus le nombre de villes, comme Montréal (2020), d’États et de pays (33) qui ont prévu ou qui prévoient interdire l’usage des sacs faits de plastique léger, ou imposer une taxe à l’achat. Vancouver, dans le cadre de son plan Zéro déchet 2040, a aussi fixé à 2020 la disparition de ces indésirables.

Le Danemark a été le premier pays à taxer les sacs plastiques en 1994, l’Italie a suivi en 2011, la France a infligé une taxe similaire en 2014, puis y a ajouté les petits sachets destinés à la viande et aux légumes en 2016, et décidé de les interdire totalement en 2017.

 

Plusieurs autres pays d’Europe ont depuis emboîté le pas (Belgique, Espagne, Portugal). Aux États-Unis, environ 45 villes de Californie étaient passées à l’action avant 2012 et plusieurs métropoles américaines ont rejoint les rangs depuis. Mais le monde occidental est loin d’avoir été un précurseur en la matière. En Asie, les sacs plastiques sont interdits depuis 2002 au Bangladesh et depuis 2008 en Chine dans les grandes surfaces. Sur le continent africain, l’Afrique du Sud a banni les sacs dès 2003, suivi par le Rwanda en 2008, le Mali, Madagascar et plus récemment par le Sénégal.

Maintenant, ce sont les autres plastiques à usage unique qui sont dans la mire. L’Union européenne a déjà annoncé en 2018 son intention de bannir de son territoire, d’ici 2021, les plastiques jetables (70 % des déchets retrouvés dans les mers) que sont les gobelets, couvercles, assiettes, ustensiles, bâtonnets mélangeurs, pailles, plats, cotons-tiges et autres objets, sitôt utilisés, sitôt jetés. Au Canada, la stratégie Zéro déchet de la Ville de Vancouver (objectif 2040), qui prévoyait prohiber les plastiques à usage unique en 2018, a été reportée à 2020. En Amérique, plusieurs chaînes de restauration rapide, dont McDonald, A & W et Starbucks, ont promis de bannir les pailles en plastique jetables.

Faire payer les fabricants

L’autre volet de la stratégie attendue du gouvernement Trudeau vise à généraliser des programmes de Responsabilité élargie du producteur (REP) pour les entreprises fabriquant des produits ou des emballages plastiques. Ce mécanisme remet entre les mains des entreprises productrices la responsabilité et le coût du recyclage et de la récupération que génèrent leurs produits en fin de vie. Inspirés du principe du pollueur-payeur, des REP sont imposés au Québec depuis 2011, mais seulement aux fabricants de produits électroniques, de piles et batteries, de lampes au mercure, de peintures, huiles et de liquides antigel et refroidissants. Pour ce qui est des emballages, les REP sont encore limités à certaines entreprises qui cotisent au système mis en place par Recyc-Québec, servant à financer jusqu’à 50 % du coût des collectes sélectives des municipalités.

Au Canada, ce type de REP ciblant les produits d’emballage et les imprimés n’existe que dans cinq provinces (Québec, Ontario, Manitoba, Saskatchewan et Colombie-Britannique), selon le plus récent rapport de REP Canada. En 2015, l’organisme attribuait toutefois un C ou un D à la plupart des provinces à ce titre, les données fiables pour juger de leurs résultats manquant à l’appel. Le Québec et la Colombie-Britannique sont les bons élèves dans ce domaine.

En Europe, l’accord signé en 2018 par les pays de l’Union européenne prévoit aussi l’imposition de REP pour les fabricants de produits plastique, notamment pour les fabricants d’engins de pêche.

Des pays comme la France sont cependant rendus plus loin, le gouvernement Macron ayant déjà annoncé son intention d’introduire une consigne généralisée sur les bouteilles et contenants de plastique. Intitulée « consigne solidaire », car elle ne coûtera rien au consommateur, la consigne doit servir à financer la récupération de toutes les bouteilles de plastique et la dépollution des plans d’eau souillés aux frais des fabricants.