De la poubelle à l’économie circulaire

Triés au centre de traitement des déchets d’Haraldrud, ces déchets serviront notamment à produire du biocarburant grâce auquel rouleront les autobus d’Oslo.
Photo: Éric Desrosiers Le Devoir Triés au centre de traitement des déchets d’Haraldrud, ces déchets serviront notamment à produire du biocarburant grâce auquel rouleront les autobus d’Oslo.

La Norvège passe pour un pays modèle en matière de lutte contre les changements climatiques. Le Devoir est allé voir sur place en quoi elle pouvait servir d’inspiration… ou pas. Dans ce dernier article d’une série de six, Oslo fait un pas vers l’économie circulaire avec sa gestion des déchets.

Oslo a bien l’intention de ne plus jamais rien jeter de ses déchets, pas même dans l’atmosphère.

Non contente de déjà récupérer ses matières recyclables, de transformer ses restes de table en biocarburant et d’utiliser ses incinérateurs pour chauffer des maisons, la capitale norvégienne se prépare à capter et à séquestrer les émissions polluantes des cheminées de ces mêmes incinérateurs.

Le spectacle qui se déroule sous nos yeux au centre de traitement des déchets d’Haraldrud, à Oslo, a quelque chose d’hypnotique. Déchargés par des camions-bennes sur des tapis roulants qui partent ensuite dans toutes les directions, des milliers de petits sacs de plastique se retrouvent à la file indienne sur des voies étroites où des bras mécaniques sortis de nulle part les propulsent vers des trappes sur les côtés en fonction des couleurs détectées par un lecteur optique.

Contenant des matières plastiques, les sacs bleus sont éjectés à gauche pendant que les sacs vert fluo et leurs déchets de table volent à droite. Les autres matières recyclables, comme le papier, le métal et le verre, ont déjà été dirigées ailleurs.

Le reste des déchets poursuit son chemin jusqu’à une immense fournaise dont l’intense chaleur servira à chauffer de l’eau dont la vapeur produira de l’électricité, mais qui ira aussi directement chauffer des dizaines de milliers de logements par l’entremise d’un vaste réseau de tuyaux d’eau chaude souterrains.

Au total, l’équivalent de 160 000 foyers sera ainsi chauffé par l’eau chaude et l’électricité produites par cet incinérateur et un autre plus loin, ainsi que par la chaleur tirée des eaux usées des usines d’épuration de la ville.

Photo: Éric Desrosiers Le Devoir La Ville s’est inspirée du système implanté pour les autobus de Stockholm.

Petit sac vert va loin

Les déchets de table dans leurs petits sacs vert fluo ne s’arrêteront pas là non plus. Ils seront, pour une part, transformés en biocarburant destiné aux autobus de la ville ainsi qu’à d’autres véhicules lourds. Environ 8 kilogrammes de déchets permettent ainsi de produire un carburant équivalant à 1 litre de diesel, mais non polluant.

Une autre partie est transformée depuis peu en fertilisant biologique, qui connaît un grand succès auprès des agriculteurs de la région. « C’est la folie. On n’arrive pas à répondre à la demande », raconte Cecilie Bjørnethun, de l’agence municipale chargée à la fois des questions de déchets et d’énergie.

Un projet-pilote a montré qu’avec le nouveau fertilisant, les cultures non seulement peuvent être certifiées biologiques, mais elles poussent également plus haut et plus vite et elles ont meilleur goût qu’avec les fertilisants chimiques. De plus, cela a le grand avantage de retourner à la terre de précieuses matières premières, comme le phosphate et le potassium, qui seraient parties, autrement, en fumée.

Cette idée de se rapprocher d’une économie circulaire est importante dans la politique de gestion des déchets d’Oslo, explique Cecilie Bjørnethun, notamment pour convaincre la population de faire l’effort du tri sélectif à la maison. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la Ville n’a pas caché son mécontentement lorsque le gouvernement norvégien a récemment pris parti en faveur de l’électrification des autobus, au détriment de l’utilisation des biocarburants. « On préférait pouvoir continuer à dire aux gens que c’est leurs déchets qui les transportent chaque matin », dit Mme Bjørnethun.

Les prochaines étapes

Ce n’est pas le seul irritant auquel on est confronté dans la capitale du pays, qui a banni l’enfouissement des déchets en 2006. Près de 80 % des matières plastiques recyclables sont toujours envoyées à l’étranger pour s’y voir donner une nouvelle vie, en attendant que des capacités de traitement supplémentaires soient ajoutées en Norvège.

Et puis, le tri à la source tarde à entrer dans les habitudes des ménages à Oslo, dix ans après son établissement. Moins de la moitié des déchets de table et du tiers des matières plastiques recyclables finissent, comme il se doit, dans leurs petits sacs verts et bleus respectifs.

Cela n’empêche pas Oslo de préparer la prochaine étape. Un récent projet-pilote à son centre de traitement des déchets de Klemetsrud a montré qu’on pouvait capter jusqu’à 90 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) émis par son incinérateur.

Cela a amené le lancement d’un autre projet-pilote visant, cette fois, à tester non seulement la captation des GES, mais aussi leur séquestration dans des formations géologiques, comme a commencé également à l’expérimenter l’industrie pétrolière norvégienne.

Si tout se passe comme prévu, Oslo serait la première au monde à disposer d’une pareille technologie, ce qui la rapprocherait de son ambitieux objectif de réduction de ses GES de 95 % d’ici 2030, en plus d’ouvrir des perspectives de vente de cette technologie à l’étranger.

À lui seul, le système de captation et de séquestration du carbone à Klemetsrud permettrait de réduire de 12 % les émissions de GES d’Oslo.

« Les choses s’annoncent plutôt bien, mais il nous reste encore beaucoup de travail à faire, à commencer par convaincre plus de gens de l’importance de faire leur bout de chemin », observe Cecilie Bjørnethun.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.