Des microparticules de plastique dans votre assiette

«Les gens qui boivent uniquement de l’eau embouteillée pourraient consommer 90 000 particules de microplastique supplémentaires chaque année, en comparaison de ceux qui boivent uniquement de l’eau du robinet », peut-on lire dans l’analyse publiée mercredi.
Photo: Andreas Solaro Archives Agence France-Presse «Les gens qui boivent uniquement de l’eau embouteillée pourraient consommer 90 000 particules de microplastique supplémentaires chaque année, en comparaison de ceux qui boivent uniquement de l’eau du robinet », peut-on lire dans l’analyse publiée mercredi.

Les Nord-Américains ingèrent chaque année plusieurs dizaines de milliers de particules de plastique à travers leur respiration et leur régime alimentaire, conclut une nouvelle étude scientifique publiée mercredi. Ceux qui optent pour l’eau embouteillée seraient encore plus exposés au phénomène, dont on ignore les impacts précis sur la santé humaine.

Selon les résultats publiés dans la revue scientifique américaine Environmental Science & Technology, un Américain ingère en moyenne « plus de 70 000 microparticules de plastique » chaque année. Ces microparticules découlent de la dégradation du plastique — produit massivement dans le monde depuis les années 1940 — qui est omniprésent dans plusieurs objets de notre quotidien, mais aussi dans l’environnement.

Les résultats des travaux des chercheurs, qui se basent sur les recommandations du guide alimentaire américain, mais aussi sur l’analyse de 26 études sur la présence de microplastique dans les poissons, les mollusques, le sucre, le sel, l’alcool, l’eau du robinet, l’eau embouteillée et l’air ambiant, évaluent que le citoyen moyen peut consommer ainsi chaque année de 74 000 à 121 000 particules. Le seul fait de s’alimenter entraînerait l’ingestion de 39 000 à 52 000 microparticules chaque année.

Eau et plastique

Le nombre varie selon l’âge, le sexe, le lieu de résidence et les habitudes alimentaires. Ainsi, « les gens qui boivent uniquement de l’eau embouteillée pourraient consommer 90 000 particules de microplastique supplémentaires chaque année, en comparaison de ceux qui boivent uniquement de l’eau du robinet », peut-on lire dans l’analyse publiée mercredi.

Les scientifiques soulignent en outre que leurs résultats sous-estiment probablement le nombre de particules de plastique ingérées, puisqu’ils ont considéré uniquement une partie de ce que les gens ingèrent chaque année en s’alimentant, soit 15 % de l’apport calorique.

Les effets de ces microparticules sur la santé humaine sont par ailleurs « inconnus », précise l’étude, « mais certaines particules sont suffisamment petites pour entrer dans les tissus humains, où ils pourraient entraîner une réaction immunitaire ou relâcher des substances toxiques ».

Pour le professeur d’écologie à l’Université d’East Anglia Alastair Grant, qui n’a pas participé à ces recherches, rien ne prouve que les particules de plastique pointées dans l’étude posent « un danger important à la santé humaine ». Cité par l’Agence France-Presse, il estime probable que seule une petite partie des éléments inhalés atteint les poumons, notamment pour des raisons liées à la taille des particules.

Production en hausse

Pour les auteurs de l’étude, il faut renforcer la recherche sur la quantité de matière atteignant les poumons et l’estomac, et son impact sur la santé. Et en attendant, « la façon la plus efficace de réduire la consommation humaine de microplastique sera sans doute de réduire la production et le recours aux plastiques », ajoutent-ils.

Or, la production de matières plastiques a encore crû en 2018 à l’échelle mondiale, tirée par l’Asie et les États-Unis, selon une analyse publiée mercredi par la fédération PlasticsEurope.

La production mondiale a atteint l’année dernière 359 millions de tonnes (Mt), en hausse de 3,2 %, un rythme un peu inférieur à celui de 2017 (+3,9 %), a indiqué mardi la fédération PlasticsEurope.

L’Asie représente plus de la moitié de la production de matériaux plastiques, tirée par la Chine qui pèse pour près d’un tiers (108 Mt). La Chine a encore augmenté ses capacités de production de plastiques, sur la base de charbon, et cette tendance devrait se poursuivre.

Autre région en croissance : les États-Unis, qui bénéficient du développement du gaz de schiste et où des unités de production très compétitives ont été lancées sur la base d’éthane.

Avec l’Agence France-Presse