La facture du projet d’expansion du port de Québec grimpe de 375 millions de dollars

Le projet d'expansion du port de Québec, qui menacerait l’habitat essentiel d’une espèce en péril, n’a pas encore passé le test de l’évaluation environnementale.
Photo: Pierre Lahoud archives Le projet d'expansion du port de Québec, qui menacerait l’habitat essentiel d’une espèce en péril, n’a pas encore passé le test de l’évaluation environnementale.

Le coût du projet d’expansion du port de Québec passe de 400 millions à 775 millions de dollars, a indiqué mardi l’Administration portuaire en annonçant la signature d’une « entente commerciale » avec deux partenaires qui seront engagés dans la construction des futures infrastructures de transbordement de conteneurs. Le projet, qui « détruirait » l’habitat essentiel d’une espèce en péril, n’a toutefois pas encore passé le test de l’évaluation environnementale.

L’Administration portuaire de Québec (APQ) a fait savoir mardi qu’elle a signé une entente avec deux partenaires, « en vue de construire et d’exploiter le nouveau terminal de conteneurs », dans le cadre du projet « Laurentia », nouvelle appellation pour le projet « Beauport 2020 ». Le premier partenaire est Hutchison Ports, une multinationale enregistrée aux îles Vierges britanniques, un archipel des Caraïbes. C’est aussi une filiale de CK Hutchison Holdings Limited, une entreprise enregistrée aux îles Caïmans. L’entente prévoit que Hutchison Ports « construira les installations de manutention portuaire les plus vertes et les plus technologiques de toute l’Amérique du Nord », a précisé l’APQ.

« Nous avons choisi Hutchison Ports parce qu’il s’agit d’un opérateur de classe mondiale doté d’une expertise axée sur la clientèle et qui partage notre vision commerciale en matière d’efficacité de la chaîne logistique, d’innovation, de sécurité et de préoccupations environnementales », a indiqué le président-directeur général de l’APQ, Mario Girard, par voie de communiqué.

L’autre partenaire de l’APQ est le Canadien National, qui devrait notamment assurer le transport ferroviaire des quelque 500 000 conteneurs qui seraient acheminés chaque année par navire jusqu’au nouveau terminal maritime. De là, les convois traverseront notamment des secteurs résidentiels de la région de Québec, souligne le directeur général de Nature Québec, Christian Simard. Une partie des conteneurs pourrait aussi être transportée par camions.

775 millions de dollars
L’APQ et ses partenaires doivent fournir la majeure partie des 775 millions de dollars nécessaires pour développer le projet, qui était jusqu’à tout récemment évalué à 400 millions de dollars. Qu’est-ce qui explique cette hausse de la facture de plus de 375 millions ? Le service de relations publiques n’a pas répondu à cette question du Devoir mardi.

L’Administration portuaire de Québec a en outre précisé par voie de communiqué qu’elle « poursuit également ses discussions avec les gouvernements fédéral et provincial pour compléter le financement ».

L’organisation a d’ailleurs embauché deux lobbyistes-conseils, inscrits au registre québécois. Leur mandat a notamment pour objectif d’« obtenir un niveau de compréhension uniforme du gouvernement du Québec », en vue d’obtenir « un appui financier au projet d’agrandissement » ou « une décision politique favorable à la réalisation de l’agrandissement ». Un autre mandat de lobbyiste-conseil a été inscrit au cours des derniers jours au registre fédéral du lobbying concernant l’obtention de « financement » public pour le projet.

Sur Twitter, mardi, le premier ministre François Legault a réagi à l’annonce de l’APQ en saluant « un grand projet » qui doit permettre de créer « 500 emplois bien payés à Québec ».

Destruction d’habitat
À la fin de son communiqué, l’APQ a par ailleurs rappelé mardi que le projet de terminal « fait actuellement l’objet d’un processus d’évaluation environnementale » de la part de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE).

L’ACEE, qui n’a pas répondu aux questions du Devoir mardi, a mis en ligne en fin de journée des documents qui font état des réponses obtenues de la part de l’APQ à la suite de questions qui avaient été posées en juin 2018. Ces documents rendent notamment compte des informations concernant la présence du bar rayé, une espèce en voie de disparition, dans le secteur visé pour le projet d’expansion des infrastructures portuaires.

Pêches et Océans Canada (MPO) y souligne ainsi que « le projet tel que proposé détruirait l’habitat essentiel de reproduction du bar rayé à Beauport actuellement en cours de désignation dans la mise à jour du programme de rétablissement du bar rayé ». Le ministère est d’ailleurs formel : « L’extrémité de la péninsule de Beauport est maintenant reconnue par la communauté scientifique comme étant un site de fraie […]. »

Or, c’est précisément dans cet « habitat essentiel » que le Port de Québec veut implanter le projet Laurentia, qui comprend la construction d’un nouveau quai de 610 mètres, le dragage de plus de 900 000 m3 de sédiments et le remblaiement d’une partie du fleuve pour créer un nouvel « espace » de 170 000 m2 afin de stocker des conteneurs.

Le MPO considère cependant, « selon les connaissances scientifiques actuelles, que la destruction de l’habitat de reproduction du bar rayé identifié à Beauport risquerait de nuire au rétablissement du bar rayé du fleuve Saint-Laurent, en raison de son importance et de la rareté des sites de reproduction actuellement identifiés dans le fleuve Saint-Laurent ». Le ministère fédéral demande donc à l’APQ de « préciser comment son projet, qui consistera à détruire l’un des rares habitats de reproduction du bar rayé identifiés à ce jour dans le fleuve Saint-Laurent, pourra respecter l’objectif du programme de rétablissement » de cette espèce. Le bar rayé, qui avait disparu du Saint-Laurent, a été réintroduit depuis 2002 dans le cadre d’un projet financé par le gouvernement du Québec.

Le promoteur s’est toutefois engagé, dans ses réponses à l’ACEE, à « identifier des mesures d’atténuation potentielles » et à « compenser les effets » sur l’habitat de l’espèce. « Le MPO évalue que la compensation de cet habitat n’est pas une option envisageable étant donné son importance et la complexité des caractéristiques qui exercent un attrait pour le bar rayé », répond le ministère.