L’industrie pétrolière et gazière à la recherche d’un nouveau souffle

À l’heure actuelle, des groupes environnementaux et plusieurs regroupements citoyens s’opposent en bloc aux projets pétroliers et gaziers dans la province. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’heure actuelle, des groupes environnementaux et plusieurs regroupements citoyens s’opposent en bloc aux projets pétroliers et gaziers dans la province. 

Les entreprises pétrolières et gazières qui contrôlent les permis d’exploration en vigueur au Québec se réunissent ce lundi à Montréal, avec pour objectif de donner un nouveau souffle à une industrie qui n’a toujours pas lancé un seul projet d’exploitation malgré dix années de débats et un potentiel énergétique en apparence bien réel.

Le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Michael Binnion, le reconnaît lui-même : « Nous ne croyons pas que l’industrie peut obtenir du succès avec les approches et les technologies traditionnelles », souligne-t-il, en réponse aux questions du Devoir.

Cependant, le porte-parole du lobby pétrolier et gazier affirme du même coup que ces énergies ont toujours leur place dans le quotidien des Québécois. « Nous sommes dans une période de transition et les hydrocarbures seront avec nous pour un certain temps. »

M. Binnion, qui est président de la gazière albertaine Questerre, soutient aussi que « les importations d’hydrocarbures représentent un sérieux défi environnemental et économique ». Dans ce contexte, l’APGQ espère travailler « avec les communautés et dans le respect de l’environnement » pour trouver des « solutions » aux enjeux énergétiques.

Or, depuis sa création en 2009, l’APGQ n’a pas pu atteindre son objectif principal, soit la mise en production commerciale de gisements de pétrole et de gaz naturel au Québec. Dans ce contexte, la dixième assemblée annuelle, qui se tient lundi et mardi dans un hôtel de Montréal, doit être celle qui permettra de « marquer un nouveau départ pour l’industrie », selon ce que précise l’invitation envoyée aux entreprises du secteur.

L’APGQ compte même profiter de l’occasion pour changer de nom. Selon les informations publiées par le Globe and Mail, la nouvelle appellation serait « Association de l’énergie du Québec ». L’organisation n’a toutefois pas confirmé le nouveau nom.

La direction du lobby pétrolier et gazier n’a pas non plus transmis au Devoir l’horaire de cette assemblée, malgré des demandes répétées. Il a néanmoins été possible d’apprendre que l’ancien ministre de l’Environnement du Québec David Heurtel doit y animer une discussion sur « l’importance des technologies propres pour améliorer les systèmes énergétiques ».

Nous sommes dans une période de transition et les hydrocarbures seront avec nous pour un certain temps

Dans son invitation aux entreprises, l’association salue par ailleurs de nouveau l’arrivée de la Coalition avenir Québec au pouvoir, en rappelant que la formation de François Legault « a promis un meilleur équilibre entre environnement et économie ».

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, ne participera toutefois pas à l’assemblée, précise son attachée de presse, Claude Potvin. Celle-ci ajoute que la priorité énergétique du gouvernement caquiste demeure le développement et l’exportation d’hydroélectricité.

Qui plus est, le gouvernement n’entend pas revenir sur l’interdiction de fracturation hydraulique dans le schiste imposée par les libéraux et qui a mis un terme aux projets de gaz de schiste au Québec. Cette disposition de la première Loi sur les hydrocarbures, mise en place l’an dernier, a d’ailleurs valu au gouvernement une poursuite intentée par Questerre, l’entreprise dirigée par Michael Binnion. Les procédures ont toutefois été suspendues récemment, afin d’explorer « différentes options » pour mettre un terme à la grogne de l’industrie.

Potentiel réel

Chose certaine, les entreprises du secteur sont loin d’avoir déserté le territoire québécois. Selon la plus récente mise à jour des permis d’exploration en vigueur, celles-ci détiennent toujours près de 46 000 km2 de permis dans la province. Pour la seule vallée du Saint-Laurent, où on retrouve le potentiel en gaz de schiste, une dizaine d’entreprises, majoritairement de l’extérieur du Québec, détiennent actuellement un total d’environ 13 000 km2 de permis.

Selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, le Québec compte bel et bien un potentiel de production « commerciale » d’hydrocarbures et celui-ci pourrait être exploité « selon des normes environnementales sévères ».

Or, « si c’est parfaitement envisageable d’un point de vue technique, ça l’est beaucoup moins d’un point de vue social », insiste M. Pineau. « Il y a une asymétrie entre les réactions face à la production et à la consommation qui est difficile à expliquer : il semble parfaitement inadmissible de produire au Québec, alors que consommer ne pose aucun problème », fait-il valoir. « Dans ce climat social pour le moins paradoxal, je ne suis pas très optimiste sur le fait qu’on puisse envisager un revirement de situation et l’ouverture à une production locale d’hydrocarbures. »

Les groupes environnementaux et plusieurs regroupements citoyens s’opposent en bloc aux projets pétroliers et gaziers dans la province, de même que les quelque 278 000 signataires du Pacte pour la transition.

Membre de l’Association pétrolière et gazière du Québec

L’Association compte actuellement 19 membres, selon les informations inscrites sur son site Web. On y retrouve notamment Lone Pine, une entreprise qui a lancé en 2013 une poursuite de 250 millions de dollars contre le gouvernement canadien en raison de l’annulation des permis d’exploration pétrolière et gazière dans l’estuaire du Saint-Laurent.

Le regroupement compte aussi comme membre Gastem, qui a lancé, et perdu, une action en justice contre la petite municipalité de Ristigouche-Sud-Est, en raison d’un règlement de protection de l’eau potable qui bloquait un projet de forage. Le cabinet McCarthy Tétrault est également membre de l’APGQ, tandis que le Port de Québec et SNC-Lavalin sont inscrits comme «membres associés».

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 mai 2019 04 h 40

    ce qui a fait la richesse d'hier, ne fera pas nécessairement celle de demain

    bon nous aurons encore besoin du pétrole pour un certain temps mais faut il y assujettir notre économie au pétrole et laisser des spéculateurs venir transformer notre monde et n'en faire qu'a leur tete , est ce vraiment ce que nous voulons comme avenir, ne sommes nous pas conscient que les grandes agences seretirent de plus enplus de ces champs d'investissements, n'avons nous pas la responsabilité de construire de plus en plus une économie verte , l'ère de petrole n'est elle pas en train de s'estomper .

  • Julien Thériault - Abonné 27 mai 2019 07 h 29

    Asymétrie facile à comprendre

    « Il y a une asymétrie entre les réactions face à la production et à la consommation qui est difficile à expliquer : il semble parfaitement inadmissible de produire au Québec, alors que consommer ne pose aucun problème »

    Pour trouver l'explication, je suggère à monsieur Pineau de s'acheter une propriété avec puits artésien à 500 m d'un puits de gaz de schiste quelque part en Alberta, au Dakota du Nord ou au Texas, ou d'une raffinerie de pétrole, ou d'une usine de liquéfaction de gaz.

    Il devrait s'y trouver à l'aise et confortable, puisque que, comme tout le monde, il doit bien consommer un peu d'hydrocarbures.

  • Gilles Bonin - Abonné 27 mai 2019 12 h 25

    Un nouveau souffle...

    un souffle brûlant, oui. On a encore besoin du pétrole et du gaz. Mais il faudra une fin à cela; alors mettre l'industrie sur le respirateur artificiel pour un certain temps - le temps de changer de cap et d'évoluer vers l'usage d'autres formes d'énergie...

  • Marc Durand - Abonné 27 mai 2019 14 h 14

    Je suis en total désaccord avec cette prétention avec ce qu'énonce Pierre-Olivier Pineau des HEC; il peut bien affirmer comme les promoteurs de l'industrie des hydrocarbures qui sont réunis en congrès que " le Québec compte bel et bien un potentiel de production commerciale d’hydrocarbures", mais comme plusieurs checheurs indépendants qui ont étudié le contexte géologique local, nous arrivons à la conclusion inverse. On a affaire depuis dix ans à des promoteurs détenteurs de simples permis qui font de gros efforts pour maintenir une valeur fictive à des petits actifs. La réalité au Québec est qu'il y a quelques hydrocarbures dans des contextes géologiques marginaux, mais que leur exploitabilité n'a jamais été démontré. Le rapport du BAPE en 2014 a fait la synthèses de ces études et il a conclu que le jeu n'en valait pas la chandelle.

    Marc Durand, doct-ingénieur en géologie appliquée