Le gouvernement se porte à la défense des bénéfices du projet Énergie Saguenay

À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a affirmé que l’usine et le terminal maritime constituent «un bon projet».
Photo: Jacques Boissinot Archives Le Devoir À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a affirmé que l’usine et le terminal maritime constituent «un bon projet».

Même s’il assure que le projet Énergie Saguenay doit d’abord passer à travers le processus de l’évaluation environnementale, le gouvernement Legault s’est de nouveau porté à la défense de ce complexe industriel d’exportation de gaz naturel albertain, mercredi.

Interpellé par Québec solidaire lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a affirmé que l’usine et le terminal maritime constituent « un bon projet ».

Il a du même souffle présenté sa « vision » du gaz naturel, qu’il voit comme « un outil de développement économique » qui permettra, dans le cas d’Énergie Saguenay, de créer « des milliers d’emplois ».

Quant au gaz naturel albertain qui sera liquéfié à la future usine de GNL Québec, il estime que cette ressource « fait partie de la transition énergétique » et que le gaz, exploité essentiellement par fracturation hydraulique, sera encore nécessaire au moins « à moyen terme ».

« On peut faire de la transition énergétique, réduire de 30 % les gaz à effet de serre par rapport au mazout, faire de l’exportation pour verdir également les autres nations. On est là. On est d’accord, je pense, que c’est un bon projet. Le processus continue », a conclu le ministre Jonatan Julien, en réponse aux questions de la députée Ruba Ghazal sur Énergie Saguenay.

Avantages pour l’environnement

Son collègue de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a lui aussi vanté les « avantages » économiques de ce projet de 9,5 milliards.

« Il n’y a pas un gouvernement sérieux qui ne prêterait pas une attention méticuleuse à un projet avec un potentiel de développement économique aussi important. On parle de plus de 10 milliards de dollars d’argent privé, donc des ressources pour une économie locale qui pourraient être considérables », a-t-il affirmé, en réponse aux questions de Québec solidaire, qui interpellait le ministre sur le lobbying de GNL Québec pour obtenir le soutien financier de l’État.

Le ministre Charette a admis du même souffle qu’« il y a eu des rencontres avec différents intervenants, notamment le milieu lui-même, qui se mobilise, dans certains cas, pour appuyer le projet ».

Le ministre de l’Environnement a toutefois assuré que le gouvernement entend « respecter » toutes les étapes du processus d’évaluation environnementale, qui doit notamment mener à un examen par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. « Nous entendons les respecter, et il nous faut considérer toutes les options, notamment les avantages économiques et, au risque de déplaire à la collègue, il peut y en avoir aussi sur un plan strictement environnemental », a-t-il répondu à l’intervention de la députée Ruba Ghazal.

« Les évaluations environnementales de GNL Québec ne sont même pas encore terminées que le ministre de l’Environnement trouve à ce projet des mérites », a répliqué Mme Ghazal. « Que la compagnie nous vante son projet en présentant le gaz naturel comme une énergie propre, une énergie de transition, c’est une chose. Faire du marketing vert, ça fait partie de leur job. Mais que le ministre de l’Environnement morde à l’hameçon, ça, c’est vraiment inquiétant. Il faut être clair, là : le gaz, comme le pétrole, c’est une énergie fossile », a-t-elle fait valoir.

Sept millions de tonnes de GES

Les évaluations environnementales du fédéral et du Québec n’ont pas encore débuté puisque dans les deux cas, l’étude d’impact du promoteur GNL Québec, qui totalise plus de 5000 pages, n’a pas encore été jugée complète. Le gazoduc de 782 kilomètres qui servira à transporter le gaz naturel jusqu’au complexe Énergie Saguenay sera évalué dans le cadre d’un processus séparé et la décision appartiendra uniquement au fédéral.

Quant au gaz qui sera transporté jusqu’au Québec, il sera essentiellement exploité par fracturation. L’analyse du « cycle de vie » du projet, commandée par GNL Québec, a démontré que les émissions annuelles de gaz à effet de serre liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes. Cela équivaut à annuler l’essentiel des réductions annuelles d’émissions obtenues au Québec depuis 1990. À titre comparatif, la controversée cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, doit générer au maximum deux millions de tonnes de GES par année.

Cette même analyse indique que « 90 % des émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie » seront produites en amont du projet, essentiellement lors de l’« extraction » et du « traitement » du gaz, donc lors des étapes qui justifient l’existence même du complexe industriel Énergie Saguenay.

Mise en demeure

Or, ces émissions dites « en amont » sont écartées de la définition du « projet », selon l’évaluation environnementale fédérale, puisqu’elles « échappent » au promoteur, soit GNL Québec. Quant au gouvernement de François Legault, il a déjà signifié qu’il n’exigera pas d’évaluation des émissions de la production gazière qui sera liquéfiée sur le territoire québécois, à raison de 11 millions de tonnes par année.

Onze organisations écologistes ont par ailleurs envoyé la semaine dernière une mise en demeure à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale pour exiger que le transport maritime du gaz naturel liquéfié qui découlera du projet soit « pleinement » pris en compte dans l’évaluation d’Énergie Saguenay. Pour le moment, cet aspect est tout simplement exclu de la définition du projet « aux fins de l’évaluation environnementale ».

Le choix du site d’Énergie Saguenay soulève des inquiétudes réelles pour le rétablissement du béluga, en raison de l’augmentation de la pollution sonore générée par le trafic maritime commercial au cours des prochaines années dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.