Le projet Énergie Saguenay présente «des mérites», selon le ministre Charette

Le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette

Le projet d’exportation de gaz naturel Énergie Saguenay présente des « mérites » des points de vue économique et environnemental, a affirmé mardi le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, en réagissant aux démarches de lobbying entreprises par le promoteur pour obtenir un soutien financier du gouvernement.

Les informations publiées mardi par Le Devoir indiquent que l’entreprise GNL Québec, contrôlée par des intérêts financiers américains, a inscrit sept lobbyistes dont le mandat comprend des démarches auprès de plusieurs ministères et sociétés d’État en vue d’obtenir un « soutien financier » de l’État québécois pour la réalisation du projet d’exportation de gaz naturel albertain.

Est-ce que ce serait une bonne idée de subventionner le projet ? « On n’en est pas là. Actuellement, on en est à évaluer le projet lui-même », a d’abord répondu le ministre, en faisant référence à l’évaluation environnementale « en cours ».

Le ministre Charette a toutefois confirmé mardi que GNL Québec « a fait part d’une demande » de soutien financier public pour son projet de 9,5 milliards, qui servira à liquéfier et à exporter par navires du gaz albertain.

À l’instar du premier ministre François Legault, qui a déjà dit qu’Énergie Saguenay serait « un projet très important entre l’Alberta et le Québec », Benoit Charette a soutenu que le projet a des « mérites ».

« C’est un projet qui a ses mérites sur le plan du développement économique, qui peut même avoir ses mérites sur certaines perspectives en environnement », a-t-il affirmé.

Toutefois, a ajouté le ministre, « il est trop tôt pour savoir quel type d’accompagnement on pourrait offrir à la compagnie et si accompagnement il y aura ». Le gouvernement souhaite d’abord laisser le processus d’évaluation environnementale « se poursuivre ».

En fait, l’étude d’impact du promoteur, qui totalise plus de 5000 pages, a été déposée au ministère de l’Environnement le 20 février dernier. Elle est toujours en « analyse » et le ministère n’a pas encore statué à savoir si celle-ci peut être jugée recevable, et donc complète. Même chose pour l’évaluation fédérale du projet.

Dans les deux cas, les processus de consultations publiques n’ont donc pas encore débuté.

« Ce qui est important de rappeler, c’est que la procédure qui débute, qui va culminer vers un BAPE, est souvent l’occasion pour une entreprise de bonifier son projet, de l’améliorer. Donc on ne sait pas à ce moment-ci quelle forme prendra le projet définitif, si projet définitif il y a », a-t-il fait valoir.

QS et le PQ disent « non »

Pour Québec solidaire, il est toutefois inacceptable d’ouvrir la porte à un soutien financier au projet de GNL Québec.

« Le gouvernement démontre que ses beaux discours sur les changements climatiques sont de la frime. Le gaz n’est pas une énergie de transition, c’est une énergie fossile. La demande de GNL Québec est la preuve que les hydrocarbures ne peuvent plus être compétitifs sans bénéficier de subventions », a fait valoir la députée responsable en matière d’environnement et de transition écologique, Ruba Ghazal.

Pour le Parti québécois, toute aide de l’État constituerait « une subvention à l’exploitation des énergies fossiles », a insisté le député Sylvain Gaudreault, porte-parole en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques.

Ce dernier ne se dit toutefois pas « surpris » de l’ouverture du gouvernement de la Coalition avenir Québec, puisque le premier ministre a selon lui déjà manifesté un préjugé favorable envers le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel. M. Gaudreault presse cependant Québec d’investir « dans la création d’emplois verts et tournés vers la transition énergétique ».

GNL Québec n’est pas la seule entreprise à avoir entamé des démarchesde lobbying liées à ce projet gazier, puisque Gazoduq, qui doit construire le gazoduc qui alimentera la future usine, a également inscrit 13 lobbyistes au registre.

Leur mandat comprend notamment des démarches pour « faciliter l’obtention des autorisations et permis requis » pour la construction de cette conduite de 782 kilomètres.

GES exclus par Québec

Le gaz qui sera transporté par gazoduc jusqu’au Québec sera essentiellement exploité par fracturation. L’analyse du « cycle de vie » du projet, commandée par GNL Québec, a démontré que les émissions annuelles de gaz à effet de serre liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes. Cela équivaut à annuler l’essentiel des réductions annuelles d’émissions obtenues au Québec depuis 1990.

Cette même analyse indique que « 90 % des émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie » seront produites en amont du projet, essentiellement lors de l’« extraction » et du « traitement » du gaz, donc lors des étapes qui justifient l’existence même du complexe industriel Énergie Saguenay.

Or, ces émissions dites « en amont » sont écartées de la définition du « projet », selon l’évaluation environnementale fédérale, puisqu’elles « échappent » au promoteur, soit GNL Québec. Quant au gouvernement de François Legault, il a déjà signifié qu’il n’exigera pas d’évaluation des émissions de la production gazière, qui sera liquéfiée sur le territoire québécois, à raison de 11 millions de tonnes par année.