Comment freiner la perte de biodiversité?

Un lémur photographié sur l’île de Madagascar
Photo: Jason Straziuso Associated Press Un lémur photographié sur l’île de Madagascar

Une semaine après la publication d’un rapport choc de l’ONU dénonçant le déclin de la nature et de ses espèces vivantes, des directeurs de muséums d’histoire naturelle se mobilisent, entre espoir et défaitisme.

Ces experts étaient réunis lundi et mardi au Vatican pour un colloque sur la préservation de la biodiversité intitulé « Arche de Noé pour le XXIe siècle » et organisé par l’Académie pontificale des sciences.

« Nous avons besoin d’un argument solide pour convaincre les gens de l’importance de la biodiversité », relève Peter Raven, professeur de botanique à l’Université de Saint-Louis aux États-Unis.

Or, si on évoque par exemple l’importance cruciale des micro-organismes pour la vie sur terre, y compris humaine, les gens « perdent tout intérêt », déplore cet expert mondial de la vie des plantes.

Pourtant, sans les bactéries, nous ne serions rien, affirme de son côté le directeur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, Bruno David, en rappelant qu’elles sont dix fois plus nombreuses dans notre corps que les cellules humaines et qu’elles jouent un rôle indispensable, en particulier dans la digestion.

C’est pourtant encore insuffisant pour sensibiliser vraiment le grand public à la nécessité de préserver cette biodiversité, trop souvent perçue comme lointaine.

Lorsqu’on parle de nature, la plupart des gens pensent à un monde sauvage, loin de leur propre environnement, rappelle Lori Bettison-Varga, qui dirige le Museum d’histoire naturelle de Los Angeles. Il est donc impératif de changer cela pour que les gens comprennent « le plaisir de vivre dans la nature », explique-t-elle.

Elle a donc développé un programme pour envoyer jeunes et moins jeunes sur le terrain, afin de mieux comprendre que l’être humain n’est pas la seule espèce à vivre sur terre, y compris dans une mégapole comme Los Angeles.

Ce projet a d’ailleurs permis d’identifier une trentaine de nouvelles espèces, dans et autour de la ville. Pourquoi alors protéger la biodiversité si on ne cesse de découvrir de nouvelles espèces ? La question a souvent été posée à cette experte en géologie, mais aussi en pédagogie.

« Rivets de la tour Eiffel »

« La biodiversité, c’est comme les rivets de la tour Eiffel : si vous en enlevez un, rien ne se passe, deux non plus, et ainsi de suite jusqu’à ce que la tour s’effondre, et vous ne saurez jamais lequel était le plus important », explique M. David.

Il est également indispensable de ne pas limiter son public à la frange la plus éduquée de la population, mais de s’adresser aux gens plus ignorants, « parce qu’ils votent » aussi, ajoute Richard Larivière, qui dirige le Field Muséum, le muséum d’histoire naturelle de Chicago.

Ces responsables, amoureux de la nature et ardents défenseurs de sa diversité, sont toutefois réticents à militer trop franchement.

Particulièrement aux États-Unis où, explique Mme Bettison-Varga, les muséums sont des entités très respectées, précisément parce qu’ils restent neutres et hors du champ politique.

Leur rôle est de fournir la connaissance pour qu’elle puisse être transformée en actes, ajoute M. Larivière.

Au-delà, c’est le champ de la politique, et ces scientifiques s’interdisent de mélanger les genres, même si, certains en conviennent, bien des politiques se travestissent en scientifiques.

Reste l’immensité et surtout l’urgence de la tâche à accomplir, car, rappelle M. Larivière, « ce qui n’est pas sauvé aujourd’hui ne le sera jamais ». « Je suis très pessimiste », conclut-il.

Environ un million d’espèces animales et végétales sont déjà menacées d’extinction, et beaucoup pourraient disparaître « dans les prochaines décennies », selon un rapport de l’ONU publié la semaine dernière, qui souligne que des « changements profonds » de société sont nécessaires pour réparer la nature.