GNL Québec demande l’appui financier de l’État

Le projet d’usine est situé sur un terrain appartenant à l’administration portuaire de Saguenay.
Photo: GNL Québec Le projet d’usine est situé sur un terrain appartenant à l’administration portuaire de Saguenay.

L’entreprise GNL Québec a entrepris des démarches de lobbying auprès du gouvernement pour obtenir un « soutien financier » pour la réalisation du projet Énergie Saguenay. Sans se prononcer sur un éventuel appui, le gouvernement se dit ouvert à soutenir les projets qui contribuent à la création de richesse. Mais pour les groupes environnementaux, toute aide de l’État constituerait une subvention aux énergies fossiles.

Selon l’estimation de GNL Québec, la construction de l’usine de liquéfaction de gaz naturel albertain et du terminal d’exportation maritime devrait coûter 9,5 milliards de dollars. L’étude d’impact n’a toutefois pas encore été jugée recevable par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, en vue de l’examen du projet. Même chose pour l’évaluation qui sera menée par Québec.

« En vue de la réalisation du projet », GNL Québec a cependant déjà inscrit six lobbyistes et un lobbyiste-conseil au registre québécois. Leur mandat inclut notamment des « démarches » en vue de « l’obtention potentielle de soutien financier (montant indéterminé) gouvernemental disponible (prêt ou autre) en vertu des programmes existants et qui sont gérés, soit directement par les ministères ou encore indirectement par des organismes, Investissement Québec ».

Le mandat de ces sept lobbyistes, qui comprend des « activités » en lien avec une « subvention » et « autre avantage pécuniaire », est inscrit comme étant valable jusqu’au 31 décembre 2019. Dans le cas des lobbyistes inscrits directement par l’entreprise, les « institutions visées » comprennent onze ministères, dont celui du premier ministre, l’Assemblée nationale, la Société du Plan Nord, Investissement Québec, Ressources Québec, Hydro-Québec, la Régie de l’énergie et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le soutien financier du gouvernement est-il nécessaire pour concrétiser le projet Énergie Saguenay ? « Comme bien d’autres entreprises, GNL Québec évalue et fait des démarches afin d’identifier la pertinence de sources de fonds de développement économique en fonction des programmes existants », explique la directrice des communications et des relations avec la communauté de l’entreprise, Stéphanie Fortin. « Il appartient au gouvernement du Québec et ses organismes responsables de déterminer à quels projets ils contribuent », ajoute-t-elle, « en fonction de leurs priorités, notamment vis-à-vis du développement économique québécois ».

Projet majeur

Au cabinet du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, on répond justement que « le projet GNL Québec est un projet économique majeur », qui devra toutefois faire l’objet d’une « analyse approfondie » dans le cadre de l’évaluation environnementale prévue. « Le gouvernement est ouvert à financer tous les projets qui contribuent à la création de richesse au Québec et qui répondent aux critères environnementaux et d’acceptabilités sociales », précise-t-on.

Au cabinet de la ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, on souligne aussi l’importance du processus d’examen environnemental. « J’appuie toute entreprise qui propose des projets permettant le développement économique et la création d’emplois de qualité pour ma région », ajoute la ministre.

Spécialiste des dossiers énergétiques, Normand Mousseau n’est pas surpris des démarches de GNL Québec. Il souligne que, pour LNG Canada, un projet encore plus ambitieux d’exportation de gaz naturel liquéfié, via la côte ouest, le gouvernement de la Colombie-Britannique a offert un soutien financier aux promoteurs. L’entreprise a eu droit à des allégements fiscaux, mais aussi à des exemptions concernant la taxe carbone et à des tarifs préférentiels pour l’hydroélectricité.

Ici, « GNL Québec a obtenu la confirmation qu’un bloc d’énergie est disponible pour son projet », indique Hydro-Québec. Quant au tarif, il sera fixé « dans le cadre des paramètres de la Régie de l’énergie », précise-t-on.

Le gouvernement devrait toutefois être prudent avant d’offrir un soutien financier public à GNL Québec, selon M. Mousseau. « On présente le gaz naturel comme une énergie de transition, donc en théorie, ce ne sera pas éternel. On peut se demander si les investissements ou les subventions seraient pertinents à long terme. Il faut aussi se projeter dès maintenant dans un monde où nous devrons faire nos calculs des émissions de gaz à effet de serre de façon plus large, en incluant tout le cycle de vie. »

On présente le gaz naturel comme une énergie de transition, donc en théorie, ce ne sera pas éternel. On peut se demander si les investissements ou les subventions seraient pertinents à long terme.

Dans le cas d’Énergie Saguenay, ce calcul a démontré que les émissions annuelles liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes. Cela équivaut à annuler l’essentiel des réductions annuelles d’émissions obtenues au Québec depuis 1990.

Pour les groupes écologistes Greenpeace, la Fondation David Suzuki et Équiterre, tout soutien du gouvernement de François Legault constituerait « une subvention aux énergies fossiles ». « Si le gouvernement intervient, il réduira le coût de production d’énergie à partir de combustibles fossiles, ce qui est contradictoire avec la nécessité de restreindre le réchauffement climatique sous une augmentation de 1,5 °C », explique la chercheuse Caroline Brouillette, d’Équiterre.

13 commentaires
  • Pierre Lalongé - Abonné 14 mai 2019 06 h 10

    Une redevance obligatoire!

    Je suis totalement contre la participation du Québec dans une énergie fossile. Et n'oublions pas que l'exportation de ce type d'énergie à grande échelle fait augmenter la valeur du dollars canadien et fait donc diminuer nos exportations.
    Mais si nous en venions à accepter un tel projet, une redevance sur chaque tonne de GNL pour le Québec serait obligatoire pour compenser nos pertes.

  • Yvon Pesant - Abonné 14 mai 2019 06 h 25

    Le gaz « sale » de l’Alberta

    En Alberta, on en est rendu à fracturer hydrauliquement et chimiquement la roche trouvée dans l’environnement des cavités naturelles vidées du gaz naturel qu’elles contenaient pour s’obtenir le gaz nouveau qui serait à conduire par pipeline jusqu’à Saguenay. Et des gens pensent que tout cela n’aura pas d’impacts autre que celui de la bienheureuse création d’emplois.

    Il en va du gaz obtenu par fracturation hydraulique comme du pétrole tiré à grands frais des sables bitumineux. Un honteux bilan environnemental.

    GNL-Québec, LNG-Canada, bref, LNG tout court est, comme tant d’autres entreprises multinationales spécialisées dans l’exploitation gazière ou pétrolière, une compagnie habile à pomper les fonds publiques à grand renfort de lobbyisme auprès des instances gouvernementales. Et il se trouve des ministres et des Premiers ministres ou des Présidents d’États pour donner de l’aval à ça.

    J’ose espérer que les nôtres ne tomberont pas dans le panneau ainsi ouvert pour de retrouver dans le puits de GNL-LNG.

  • Bernard Plante - Abonné 14 mai 2019 07 h 36

    Payer, toujours payer

    Subventionner le projet et la construction de l'usine avec l'argent public, fournir des déductions fiscales et des blocs d'énergie pour le fonctionnement et la production, puis payer pour dédommager les citoyens lorsque suite au réchauffement climatique des inondations se produisent... Et après on nous parle de projet économique!

    Comme le disait Jean-Michel Anctil dans un de ses anciens spectacles: "C'est qui le cave?"

  • Gilles Théberge - Abonné 14 mai 2019 07 h 47

    « Dans le cas d’Énergie Saguenay, ce calcul a démontré que les émissions annuelles liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes. Cela équivaut à annuler l’essentiel des réductions annuelles d’émissions obtenues au Québec depuis 1990. ».

    Il me semble que, en soi, cette reconnaissance devrait guider le gouvernement...! Il a beau ne pas être sensible à l’écologie, il y a des limites à ne pas dépasser.

  • Gilbert Talbot - Abonné 14 mai 2019 09 h 02

    La baie des Ha! Ha! Touches pas à mes bélugas!

    Le gouvernement Legault veut faire entrer les pétrolières albertaines par la porte d'en arrière en maintenant son opposition à la reprise d'Énergie Est, dénoncé dans les secteurs habités du Sud, tout en permettant la mise en place du pipeline du gaz dans le nord, en passant par des territoires autochtones peu habités.
    Par ailleurs, il n'y a pas d'acceptabilité social au Saguenay, Au coeur de la baie des Ha! Ha! qui se répercute en écho jusqu'au parlement de Québec.

    • Denis Carrier - Abonné 14 mai 2019 12 h 36

      @Gilbert Talbot
      «dans le nord, en passant par des territoires autochtones peu habités». Le pipeline proposé passerait en Abitibi-Témiscamingue, ma région. Il n'y a pas ici que quelques autochtones! Ils ne sont d'ailleurs qu'une faible minorité.