Déclin de la biodiversité: le Canada et le Québec ne sont pas épargnés

Les provinces, dont le Québec, n’en font pas assez pour freiner le déclin continu du caribou forestier.
Photo: Éric Deschamps Les provinces, dont le Québec, n’en font pas assez pour freiner le déclin continu du caribou forestier.

Le nouveau rapport sur le déclin de la biodiversité publié cette semaine par l’ONU est venu rappeler, encore une fois, l’impact dévastateur de l’activité humaine sur la vie sur Terre. Et ni le Canada ni le Québec ne sont épargnés par cette érosion du tissu vivant qui a mis des millions d’années à se former et à rendre la planète habitable. Or, nos gouvernements ne sont pas à la hauteur lorsque vient le temps d’éviter le pire.

Il y a de cela 65 millions d’années, c’est la collision d’une météorite avec notre planète qui provoqua vraisemblablement la cinquième extinction de masse de la vie sur la Terre. Mais aujourd’hui, alors que des scientifiques constatent que la « sixième extinction de masse » est en cours, ils précisent du même coup que le coupable ne vient pas de l’espace. Cette fois, c’est en effet l’activité humaine qui conduit la biodiversité mondiale vers le naufrage.

Le rapport publié lundi par des experts mandatés par l’ONU est venu confirmer cet état de fait, chiffres à l’appui. Environ un million d’espèces animales et végétales « sont aujourd’hui menacées d’extinction ». En moyenne, 25 % des espèces de vertébrés terrestres, d’eau douce et marines sont menacées de disparition, ainsi que 33 % des récifs coralliens. L’empreinte de l’activité humaine se fait également de plus en plus invasive, puisque 75 % de l’ensemble du milieu terrestre est « sévèrement altéré », de même que 66 % des milieux marins.

Malgré leurs vastes territoires exempts d’activités humaines et en apparence relativement bien préservés, le Canada et le Québec ne sont pas épargnés par ce recul de la biodiversité. Le rapport publié au printemps 2018 par la commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada, Julie Gelfand, insistait justement sur les multiples déclins constatés pour la période 1970-2014 : recul de 43 % des populations de mammifères, de 34 % des populations de reptiles et d’amphibiens et de 20 % des populations de poissons. Chez les oiseaux, « 44 % des populations ont diminué », notait aussi le rapport.

Le rapport soulignait du même coup le « déclin important » d’écosystèmes cruciaux, dont un recul majeur des milieux humides, des prairies naturelles (qui ne sont plus qu’« une fraction » de ce qu’elles étaient à l’origine) et des forêts de feuillus. Dans certaines régions, plus de 90 % de ces zones boisées ont été transformées par l’activité humaine.

Qui plus est, concluait la commissaire, le gouvernement fédéral n’a pas assuré de « leadership efficace » pour respecter ses engagements en matière de protection de la « biodiversité canadienne ».

Un point de vue que partage le responsable des dossiers de biodiversité chez Greenpeace, Olivier Kolmel. « Nous avons des objectifs de protection du territoire qui semblent clairs. Pourtant, nous ne sommes pas du tout en voie de les atteindre. Selon les Objectifs d’Aichi de la Convention sur la diversité biologique, le Canada, tout comme le Québec, est à la traîne. Avec à peine 10 % du territoire protégé, non seulement nous passons à côté de notre objectif de 17 % de protection d’ici 2020, mais nous n’atteignons même pas celui de 2015, qui était de 12 %. »

Dans le cas des milieux marins, le gouvernement Trudeau réaffirmait cette semaine avoir déjà protégé 8 % du territoire, alors que l’objectif est de 10 % en 2020. Mais ce taux comprend plusieurs « refuges marins », des milieux où Ottawa pourrait autoriser les forages pétroliers et gaziers si ceux-ci sont conformes aux « objectifs de conservation ».

Espèces menacées

Le biologiste Alain Branchaud, de la Société pour la nature et les parcs du Canada, déplore aussi « des retards importants dans la protection des habitats essentiels » des espèces menacées, que le gouvernement fédéral a l’obligation de protéger en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Officiellement, l’habitat critique d’environ 150 de ces espèces a été dûment « désigné » par le fédéral. Or, pour la quasi-totalité des cas, il n’est toujours pas protégé, même si le gouvernement aurait normalement eu six mois pour le faire une fois que l’habitat est désigné.

Dans le cas du chevalier cuivré, par exemple, l’habitat essentiel pour la survie de cette espèce endémique du fleuve Saint-Laurent a été désigné en juin 2012. Quelque 76 mois plus tard, il n’est toujours pas protégé, alors qu’une portion de cet habitat serait aujourd’hui menacée par le projet d’expansion du Port de Montréal, à Contrecoeur.

Dans d’autres cas, c’est au gouvernement provincial d’agir pour protéger des espèces dont l’habitat se situe sur des terres de compétence provinciale. C’est le cas, par exemple, du caribou forestier. Or, les provinces, dont le Québec, n’en font pas assez pour freiner son déclin continu.

Même si elles ont eu plus de cinq ans pour « élaborer » des plans de protection de l’habitat essentiel de l’espèce, elles n’ont pas été en mesure de respecter l’échéancier fixé par le fédéral. Et le gouvernement de François Legault a annoncé récemment que sa « stratégie » ne sera pas prête avant 2022.

Chef de section, Collections entomologiques et recherche à l’Insectarium de Montréal, Maxim Larrivée souligne par ailleurs que « l’effondrement de la biodiversité » s’observe aussi chez plusieurs espèces qui étaient « communes » au Québec il y a à peine quelques décennies. C’est le cas d’espèces d’insectes, mais aussi pour des oiseaux qui s’en nourrissent et dont les populations ont chuté de plus de 90 %, comme l’hirondelle.

M. Larrivée prévient qu’en plus des impacts de la disparition de milieux naturels et de « la surexploitation des ressources » de la nature, les impacts des changements climatiques, qui poussent plusieurs espèces « vers des scénarios où l’adaptation sera impossible », risquent d’accentuer le déclin.

Vice-président associé à Conservation de la nature Canada au Québec, Joel Bonin fait aussi valoir que les bouleversements du climat vont pousser toujours plus vers le nord plusieurs espèces, à raison de 45 kilomètres par décennie. Il insiste donc sur la nécessité de protéger des « corridors écologiques », et ce, dans une perspective qui dépasse les frontières du pays.

L’ampleur des défis actuels milite en faveur d’une profonde révision de la « gouvernance » de la protection de la biodiversité, insiste Alain Branchaud. Selon lui, il faut s’attaquer à un « obstacle » majeur au Québec : le blocage de certains ministères, dont celui de l’Énergie et des Ressources naturelles, mais aussi celui de la Forêt, de la Faune et des Parcs. « Ce sont les potentiels minier, pétrolier, forestier ou hydroélectrique qui bloquent ou retardent systématiquement les projets. L’économie d’une autre époque est encore maître chez nous. »

10 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 mai 2019 06 h 04

    Rocky

    Ressentir de la tristesse et rebondir, comme Rocky!
    Cela me rappelle Richard Desjardins qui disait que nous avons pleine autonomie en matière de forêt et que nous la gérons très mal. Il disait aussi que nous détruisons la nature, même en français.( Que serait un Québec indépendant sans biodiversité et sans forêt?!) Puis, dans sa chronique Relevez le défi, le biologiste Claude Villeneuve fait l'éloge du pouvoir de la population plus fort que celui des gouvernements: https://www.lesoleil.com/claude-villeneuve/relevez-le-defi-68bf0c24546c0fd1ebacd73a632ade61?fbclid=IwAR2rIy2wQ5wXFKS-gpB2-xHBkt96PORN1tbQDDYCsPZBaLANCcqYgWqVQSw

  • Robert Taillon - Abonné 11 mai 2019 06 h 35

    Laxisme et avarice !

    Il faut bien voir qu'il s'agit ici des résultats du laxisme des gouvernements en regard de la dénaturation de l'environnement par ceux qui abusent des ressources, qui construisent partout sans en considérer les conséquences, qui poussent les populations à surconsommer par des tactiques fort peu éthiques des biens très peu durables ... Et le tout pour assouvir leurs besoins de nourrir leurs egos en démontrant richesse et pouvoir sur les autres et sur la nature. On peu défénitivement considérer que l'avarice de ceux qui tirent les ficelles du monde et de ses gouvernements est responsable de la chute de l'environnement et de la dénaturation de l'humanité. Souhaitons qu'il ne soit pas trop tard, que les gestes à venir porteront, devraient-ils aboutir à faire tomber ces systèmes abusifs pour en venir à une nouvelle société respectueuse des populations et de ses habitats !

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 mai 2019 08 h 45

    C'est ki ça?

    Si vous cliquez sur le rapport mentionné, il y a au début un " résumé pour les décideurs".
    Tant qu'à faire, pourquoi pas donner leurs noms et adresses, moi je ne sais pas c'est qui ces bibittes de décideurs... :)

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 mai 2019 09 h 31

    Informations

    Monsieur Shields,
    Si vous connaissez mieux que nous les scénarions et surtout les bonnes pratiques recommandées, en feriez-vous un autre article pour que nous puissions tout de suite l'appliquer dans nos villes et campagnes? ( car en lisant le résumé du rapport, nous n'en savons pas tellement , dans les détails de ce qu'il est recommandé de faire.)

  • Denis Paquette - Abonné 11 mai 2019 10 h 15

    peut être qu'un jour le monde que nous habitons ne pourra plus nous nourrir

    nous sommes a l'origines des êtres de croissances , mais ce pourrait-il que le monde que nous habitons est maintenant en train de se tarir , que le monde que nous habitons n'est plus celui que l'on croyait , qu'il est un monde de croissances et de décroissances qui va bien audela de notre volonté ,peut il venir a la conclusion que si le monde qui nous habitons est en train de se tarir,que nous allons aussi en payer le prix mon opinion est que si notre monde est en train de se tarir un jour il ne pourra plus nous nourrir