Un million d’espèces menacées d’extinction

Le béluga, le caribou (sur la photo), le monarque et l’ours polaire font partie au Canada des espèces menacées d’extinction.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le béluga, le caribou (sur la photo), le monarque et l’ours polaire font partie au Canada des espèces menacées d’extinction.

La destruction de la vie sur Terre imputable à l’activité humaine atteint aujourd’hui un rythme effarant qui nous conduit à une « mort à petit feu », à moins d’opérer un virage majeur afin de préserver la biodiversité mondiale, qui constitue le filet de sécurité de l’humanité.

C’est ce que concluent, sans détour, des experts mandatés par l’ONU pour mener une évaluation exhaustive de l’ampleur du déclin de la nature. Le Canada devrait d’ailleurs tirer des leçons importantes de ce rapport, publié lundi.

Au terme de trois années de travail, quelque 145 experts provenant de 50 pays ont dévoilé cette évaluation mondiale de notre « patrimoine commun », approuvée par les pays membres de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Leur constat est sans équivoque : « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », a résumé lundi le président de l’IPBES, Robert Watson.

Quelques données inscrites dans cette évaluation scientifique sont particulièrement révélatrices du « panorama inquiétant » évoqué par M. Watson. Environ un million d’espèces animales et végétales « sont aujourd’hui menacées d’extinction », dont plusieurs « au cours des prochaines décennies ». En moyenne, 25 % des espèces de vertébrés terrestres, d’eau douce et marins sont menacées de disparition, ainsi que 33 % des récifs coralliens.

L’empreinte de l’activité humaine se fait également de plus en plus invasive, puisque 75 % de l’ensemble du milieu terrestre est « sévèrement altéré », de même que 66 % des milieux marins. Des chiffres à mettre en relation avec la croissance de plus de 100 % des zones urbaines depuis 1992, la multiplication par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1980 et l’augmentation des pêcheries non durables : 93 % des stocks de poissons marins en 2015 étaient « exploités à un niveau biologiquement non durable » ou niveau « maximum » possible.

« Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté, se réduit et s’effiloche de plus en plus. Cette perte est la conséquence directe de l’activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde », a insisté lundi le chercheur allemand Josef Settele, coprésident de l’évaluation de l’IPBES.

Les cinq principaux coupables sont clairement identifiés dans le rapport : dans l’ordre, on retrouve l’utilisation des terres (agriculture intensive, déforestation), l’exploitation directe des ressources (pêche, chasse), les bouleversements climatiques, les pollutions (80 % des eaux usées mondiales sont rejetées « non traitées » dans l’environnement) et les espèces invasives.

Changements nécessaires

Bien que le portrait scientifique dépeigne une situation internationale pour le moins critique, les auteurs estiment qu’il est encore temps d’agir pour éviter le pire. Pour cela, ils appellent à une refonte en profondeur de notre système agricole, de façon à développer un modèle nettement plus durable apte à nourrir neuf milliards de personnes en 2050.

« Les gouvernements doivent penser au-delà du PIB comme mesure de la richesse et incorporer d’autres formes de capital », comme le capital naturel, social, humain, a aussi illustré lundi Robert Watson, au risque de provoquer la résistance de ceux qui ont « intérêt [à maintenir le] statu quo » dans le secteur énergétique ou agricole.

Le rapport évoque d’ailleurs des outils à la disposition des gouvernements, comme une réforme de la fiscalité et la fin des aides publiques « perverses ». À lui seul, le secteur des énergies fossiles accapare des subventions annuelles de plus de 460 milliards de dollars.

Pour le biologiste Alain Branchaud, de la Société pour la nature et les parcs du Canada, il serait essentiel de fixer des objectifs plus ambitieux de protection des milieux naturels, « le moyen le plus efficace » pour freiner le déclin de la biodiversité. Il évoque la protection de 30 % des milieux marins et de 30 % des milieux terrestres, et ce, d’ici 2030.

Le Canada a jusqu’ici protégé un peu plus de 10 % de ses milieux naturels terrestres. Quant aux milieux marins, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a soutenu lundi que le pays a déjà atteint la barre des 8 %. Dans le cadre d’une téléconférence tenue à la suite de la réunion des ministres de l’Environnement des pays du G7, en France, Mme McKenna a toutefois reconnu que stopper le déclin de la biodiversité constitue un « défi majeur ».

Pour M. Branchaud, le Canada a surtout « énormément de travail à faire » pour mieux protéger l’habitat essentiel des espèces menacées au pays. Il estime aussi primordial de mieux sensibiliser la population quant aux enjeux liés au déclin dramatique de la biodiversité.

Spécialiste des écosystèmes d’eau douce, très importants au Canada, Béatrix Beisner a fait valoir pour sa part que le Canada protège mal ses milieux naturels en eau douce, des écosystèmes marqués par plusieurs types de dégradation et de contamination, notamment par les pesticides.

2 commentaires
  • Pierre Jasmin - Abonné 7 mai 2019 07 h 11

    Ce rapport devrait faire la première page ou la première nouvelle de tous les médias

    Au lieu de quoi lundi, TV5 faisait sa une avec "ze royal baby", 7e prétendant au trône britannique, même post-brexit...
    Faut-il être drogué aux people news et n'avoir aucun sens des priorités...
    Merci à Alexandre Schields d'être présent pour nous informer des "real news".

  • Anne Sarrasin - Abonnée 7 mai 2019 07 h 21

    Et après...

    Et après? On continue comme si de rien n'était. Comme s'il ne fallait rien bousculer, ni soi-même, ni les autres, ni les instances .... On achète de belles brosses à dents en bambou et on se dit qu'on a fait un beau geste environnemental en se regardant le nombril. Plus que jamais une vraie révolution serait nécessaire, l'ultime, pour le sauvetage d'une si belle et grande nature. Mais bon, l'essentiel étant de pouvoir rouler tranquille à 130 km heure sur l'autoroute dans lequel j'aurai mes sacs d'épicerie réutilisables pour aller faire une petite manifestation festive avec de beaux ballons rose.....