La question d’un examen sur le climat soulève l’ire des élèves

Une question d’examen posée sur le réchauffement climatique était si maladroite que des milliers d’élèves ont écrit sur une page Facebook pour se moquer le ministère de l’Éducation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une question d’examen posée sur le réchauffement climatique était si maladroite que des milliers d’élèves ont écrit sur une page Facebook pour se moquer le ministère de l’Éducation.

Des élèves québécois ont critiqué ouvertement la formulation de la question sur les changements climatiques posée par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épreuve de français de 5e secondaire. Au lieu d’aborder l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique, celle-ci demandait plutôt aux élèves d’expliquer s’il est possible de s’adapter aux impacts de la plus grave crise environnementale de l’Histoire.

Alors que des jeunes d’ici et de plusieurs régions du monde se mobilisent depuis des mois pour réclamer des actions climatiques nettement plus ambitieuses de leurs gouvernements, le ministère a plutôt décidé de formuler ainsi la question de l’épreuve uniforme de français des élèves québécois qui arrivent à la fin de leur parcours secondaire : « Peut-on s’adapter aux changements climatiques ? »

Les jeunes avaient reçu quelques jours auparavant un « dossier préparatoire » qui indiquait que la question porterait sur « les changements climatiques ». Mais ce n’est que jeudi matin qu’ils ont appris la nature précise de la question, comme le prévoient les règles pour cette épreuve d’écriture de trois heures qui consistait à rédiger une « lettre ouverte » de 500 mots.

À la sortie de l’épreuve, plusieurs ont rapidement dénoncé la formulation de la question. Sur la page Facebook « Examen du ministère 2019 », qui comptait vendredi plus de 35 000 membres, ils ont été des milliers à écrire des commentaires ou à réagir en critiquant directement le gouvernement, notamment en utilisant des « mème », ces images accompagnées de slogans humoristiques ou ironiques.

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« J’ai jamais vu un exam aussi stupide. Honnêtement, les textes pis même la question nous parlaient seulement d’adaptation. Ça nous influence juste à se dire qu’il est trop tard et qu’on ne peut rien faire », a résumé une élève, avant de mettre en lumière certains gestes à poser pour réduire son empreinte environnementale, dont la diminution de sa consommation de viande.

Certains commentaires visaient directement le gouvernement. « C’est sur nos épaules qu’ils mettent le poids des gaz à effet de serre qu’EUX ont mis dans notre atmosphère. Par contre, il ne faut pas perdre espoir. Il faut voter aux prochaines élections pour ceux qui promettent de faire un changement. Il faut changer nos habitudes pour réduire notre impact. Si notre gouvernement ne fait rien, c’est notre responsabilité de sauver notre futur. »

En plus des appels au vote lors des prochaines élections québécoises, alors que plusieurs auront atteint la majorité, des jeunes ont plaidé pour l’organisation d’autres manifestations en faveur de l’action climatique, à l’instar de celles organisées depuis déjà plusieurs semaines les vendredis. « On devrait tous se souder et sensibiliser le mieux qu’on peut pour faire des changements », a écrit un élève.

Je me réjouis de la réaction des élèves

Albert Lalonde, lui, marche justement tous les vendredis. Co-porte-parole du collectif Pour le futur Mtl, il a d’ailleurs dû répondre jeudi à la question formulée par le ministère. « La frustration était assez généralisée », a-t-il résumé au Devoir. « On était extrêmement déçus de la question, parce qu’on nous demande si on peut s’adapter aux changements climatiques. Ça sous-entend que les changements climatiques sont une fatalité et qu’on ne peut rien faire pour en réduire l’intensité. Ce n’est pas un appel à l’action. »

Lui-même particulièrement sensibilisé à l’enjeu climatique, il était heureux de voir que le thème avait été retenu pour l’épreuve de français. « Mais la façon dont c’est abordé, c’est un rendez-vous manqué. Si la volonté était de nous sensibiliser, il aurait fallu nous demander ce qu’il faut faire pour lutter contre les changements climatiques. Là, on renforce la façon dont la question est abordée dans le système éducatif : soit on nous apprend que tout sera correct parce que nos gouvernements prennent des décisions éclairées, soit on nous dit qu’on est foutus. Mais entre les deux, l’appel à l’action est très faible. »

Adaptation et réduction

« Drôle de question, en effet », a commenté vendredi le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sur Twitter à propos de la question formulée par son ministère. « À mon avis, on aurait dû demander comment lutter contre les changements climatiques, et non s’il était possible de s’y adapter. »

« Je me réjouis de la réaction des élèves. Je trouve intéressant qu’ils soient en mode solution, proactifs, dans la lutte contre les changements climatiques. Je suis encouragé. Les élèves disent : on veut participer aux solutions », a-t-il ajouté, en entrevue au Devoir, avant de préciser que cette « question n’a rien à voir avec la politique du gouvernement du Québec ».

C’est plutôt le ministère de l’Éducation qui a formulé ainsi la question liée à la crise climatique. Or, il n’a pas été possible d’obtenir de réponses vendredi de la part du ministère. Le Devoir avait posé deux questions, dont celle-ci : « Que répondez-vous aux jeunes qui critiquent la question qui leur a été posée ? »

« La question de l’adaptation est fondamentale. Mais est-ce que l’adaptation est la seule solution face aux changements climatiques ? La réponse est assurément non », a fait valoir pour sa part le directeur général du consortium de recherche Ouranos, Alain Bourque.

Selon lui, il est plus urgent que jamais de prendre les mesures nécessaires pour s’adapter aux impacts des bouleversements du climat. « J’ai l’impression que les gens croient que, si on réduit de façon importante les émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années, on va éviter tous les impacts. Mais ce n’est vraiment pas le cas. Nous sommes déjà confrontés aux impacts et plusieurs sont irréversibles. »

« Oui, il y a un éveil sur la question climatique. Mais il ne faut pas oublier que, dans 20 ans, les changements climatiques se seront seulement aggravés, même si on réduit les émissions de gaz à effet de serre. Pour que ça ne s’aggrave pas, il aurait fallu respecter les engagements pris à Rio », dans le cadre du Sommet de la Terre… de 1992.

Avec Marco Fortier



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