Peut-on prévenir les inondations?

Reconstruire ou déménager ? Comment mieux se préparer aux crues printanières et aux inondations ? Le Devoir a recueilli les propos de François Brissette, spécialiste en hydrologie à l’École de technologie supérieure (ETS).

Le bris d’une digue a provoqué des dommages majeurs à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Plusieurs villes réclament des fonds pour renforcer leurs digues afin de mieux se prémunir contre les inondations. Est-ce la bonne solution ?

Les digues, c’est la solution utilisée partout en Amérique du Nord et ailleurs pour se protéger de la montée des eaux. Ça fonctionne très bien pour les petites crues. Mais quand on fait face à des crues plus rares qui dépassent la digue ou la font céder, comme ça a été le cas, ça devient problématique. On a vécu la même chose au Manitoba avec la rivière rouge. L’eau se retrouve emprisonnée par la digue dans les zones habitées plus basses et ne peut en ressortir que si on la pompe. Il faut aussi comprendre que l’eau détournée par une digue s’en va ailleurs, elle ne disparaît pas. Donc ça peut empirer la situation ailleurs.

Quelles autres solutions peuvent être envisagées quant à la recrudescence récente des inondations ?

En fait, la façon la plus simple de les prévenir, c’est de ne pas laisser les gens se construire des maisons dans le cours naturel d’une rivière ou d’un lac, comme cela s’est fait à Sainte-Marthe. Même les cartes anciennes démontrent qu’en période de crue, ce secteur se trouvait carrément sous l’eau. Il faut faire une analyse économique pour voir ce qui est le plus viable, déménager 600 maisons ou renforcer la digue. La deuxième solution semble plus rapide et moins coûteuse, mais la plus logique est de ne rien construire dans la zone naturelle d’un cours d’eau.

Comment expliquer que des maisons aient pu être érigées dans des zones à risque ?

Plusieurs municipalités ont des cartes de zones inondables qui ne sont pas à jour ou tout simplement imparfaites. Les municipalités ont laissé construire dans des zones humides. Pour éviter cela, il faut changer la réglementation et interdire les constructions dans les zones naturelles d’inondations de récurrence de 100 ans. Les municipalités délinquantes doivent être sanctionnées par des pénalités, sinon elles vont continuer à délivrer des permis.

Pour éviter des drames à répétition, faut-il déplacer ou démolir les maisons qui se trouvent dans des zones à risque ?

Réparer les erreurs du passé, ça devient très compliqué. C’est clair qu’il faut encourager les gens à partir, surtout les abonnés aux inondations. Après, il faut y aller au cas par cas. Il n’y a pas, en tant que tel, de rivières « à problèmes » au Québec. C’est normal que des rivières soient en crue. Les gens ont seulement construit au mauvais endroit. Quand on parle d’une zone « 100 ans », ça ne veut pas dire qu’il ne se passera rien d’ici 100 ans. Ça veut dire qu’on se trouve en zone inondable, point.

Avec les changements climatiques, à quoi faut-il s’attendre en matière d’inondations ?

Il n’y a pas d’indications que ce type d’inondations printanières sera plus fréquent. En fait, on prévoit moins de neige, donc des crues plus faibles dans les grands bassins comme celui de la rivière des Outaouais. On anticipe par contre plus d’orages violents en été et à l’automne, donc des crues soudaines plus fréquentes dans les petits bassins. En zone urbaine, les constructions seront exposées pour les 60 prochaines années à un climat changeant. Il faut cesser de remblayer des zones humides et d’imperméabiliser les surfaces pour accroître la capacité des sols à absorber les eaux de pluie.