Les pesticides sont omniprésents dans le Saint-Laurent, selon une étude

Les chercheurs universitaires ont étudié la présence et la distribution de certains pesticides entre autres le long d’un tronçon de 200 kilomètres du fleuve Saint-Laurent.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chercheurs universitaires ont étudié la présence et la distribution de certains pesticides entre autres le long d’un tronçon de 200 kilomètres du fleuve Saint-Laurent.

Une nouvelle étude scientifique menée par des chercheurs universitaires démontre l’omniprésence des pesticides dans le fleuve Saint-Laurent, et plus particulièrement dans un tronçon du fleuve où des millions de Québécois puisent leur eau potable. Des concentrations de glyphosate, d’atrazine et de néonicotinoïdes ont notamment été détectées.

Dans le cadre de cette étude, publiée dans le journal académique Environmental Pollution, 99 % des échantillons d’eau recueillis au cours de l’été 2017 contenaient au moins l’un des pesticides ciblés par les chercheurs dans leurs analyses, soit le glyphosate, l’atrazine ou un des huit insecticides de la famille des néonicotinoïdes.

« Les pesticides sont omniprésents dans le Saint-Laurent », résume François Guillemette, professeur au département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières et co-auteur de cette étude, menée avec plusieurs collègues de l’Université de Montréal.

Les chercheurs universitaires ont en fait étudié la présence et la distribution de certains pesticides le long d’un tronçon de 200 kilomètres du fleuve Saint-Laurent, entre Salaberry-de-Valleyfield et Trois-Rivières, ainsi que dans certains tributaires, dont les rivières Richelieu, Yamaska, Saint-François et Nicolet.

Des 68 échantillons d’eau de surface recueillis, 82 % contenaient de l’atrazine et 84 % contenaient du glyphosate. Le glyphosate, un herbicide controversé, a toutefois été détecté à différentes concentrations, selon le lieu de l’échantillonnage, « avec des concentrations plus élevées » dans les tributaires comme les rivières Nicolet et Yamaska.

Pour les huit produits de la famille des néonicotinoïdes, les prévalences les plus élevées variaient entre 46 % et 59 % des échantillons. Mais pas moins de 31 % des échantillons contenaient des taux de néonicotinoïdes supérieurs aux normes canadiennes où ces produits sont réputés pour poser des risques sur la biodiversité aquatique.

Cocktail de pesticides

« Ces concentrations sont le reflet de l’agriculture intensive, et il est possible que cette présence puisse avoir des impacts sur la faune aquatique », souligne M. Guillemette. Pour ce qui est des possibles impacts sur l’être, il faudrait selon lui mener davantage d’études, notamment sur les risques associés au « cocktail » de pesticides qu’on retrouve dans ce tronçon du Saint-Laurent et dans ses tributaires, et dont des millions de Québécois tirent leur eau potable.

« L’inquiétude suscitée par des niveaux aussi élevés de contamination par différents pesticides réside dans le fait que chacun d’eux est non seulement toxique, mais qu’ils peuvent devenir encore plus toxiques lorsqu’ils sont mélangés dans un "cocktail"», affirme pour sa part Nadine Bachand, chargée de projet, pesticides et produits toxiques, chez Équiterre.

Les taux de néonicotinoïdes détectés par les chercheurs sont en outre « très inquiétants », selon elle. « Il est donc absolument inacceptable que le Canada continue de retarder l’interdiction des néonics, étant donné que notre gouvernement a déjà conclu qu’ils posent des risques inacceptables pour les écosystèmes aquatiques. »

En France, ces insecticides « tueurs d’abeilles » sont formellement interdits depuis le 1er septembre 2018. Ottawa a annoncé pour sa part en avril des mesures de restrictions du recours aux néonicotinoïdes qui entreront en vigueur d’ici deux ou trois ans.

Virage biologique

« Santé Canada affirme que le glyphosate ne s’infiltre pas facilement dans les cours d’eau, de sorte que les risques sont minimes. Cette étude montre, encore une fois, qu’il est effectivement dans nos cours d’eau au taux le plus élevé de tous les pesticides », souligne en outre Mme Bachand.

Le glyphosate est classé depuis 2015 comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé. Nadine Bachand rappelle enfin que l’atrazine « est interdit en Europe depuis 2003 en raison de sa toxicité ».

Selon une étude publiée en 2017 dans Nature Communications, il serait possible d’effectuer un virage vers un modèle d’agriculture 100 % biologique, et donc « durable », tout en répondant aux besoins alimentaires de l’humanité.

Ce modèle, qui rejette la plupart des produits chimiques utilisés à grande échelle dans l’agriculture industrielle, nécessiterait cependant une réduction marquée de la consommation de produits d’origine animale et du gaspillage alimentaire, qui représente actuellement le tiers des denrées alimentaires produites chaque année.