«La Terre est en train de mourir»

Scientifiques et diplomates de plus de 130 pays sont réunis jusqu’à samedi pour adopter la première évaluation mondiale des écosystèmes depuis près de 15 ans.
Photo: Emily Irving-Swift Archives Agence France-Presse Scientifiques et diplomates de plus de 130 pays sont réunis jusqu’à samedi pour adopter la première évaluation mondiale des écosystèmes depuis près de 15 ans.

Le message lancé lundi à l’ouverture d’une réunion mondiale sur la biodiversité est clair : la destruction de la nature menace l’humanité « au moins autant » que le changement climatique et mérite donc autant d’attention pour éviter des impacts dévastateurs.

Scientifiques et diplomates de plus de 130 pays sont réunis jusqu’à samedi pour adopter la première évaluation mondiale des écosystèmes depuis près de 15 ans, un sombre inventaire de la nature vitale pour l’humanité.

« Les preuves sont incontestables : notre destruction de la biodiversité et des services écosystémiques a atteint des niveaux qui menacent notre bien-être au moins autant que les changements climatiques induits par l’être humain », a déclaré Robert Watson, président de Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Le groupe d’experts a travaillé pendant trois ans sur un rapport de 1800 pages qui devrait devenir la véritable référence scientifique en matière de biodiversité comme le sont ceux du GIEC pour le climat.

Si le mot « biodiversité » semble parfois bien abstrait, il concerne toutes les espèces animales ou végétales vivant sur la planète, y compris celle qui se met elle-même en danger en détruisant la nature : l’être humain. Et il ne peut vivre sans cette nature qui lui rend des services inestimables, des insectes pollinisateurs aux forêts et océans absorbant le CO2, en passant par les médicaments ou l’eau potable.

Alors comme pour le climat, « ce mois d’avril 2019 peut marquer le début d’un « tournant parisien » similaire pour la biodiversité et les contributions de la nature aux populations », a estimé M. Watson.

Beaucoup espèrent que cette évaluation sera le prélude à l’adoption d’objectifs ambitieux lors de la réunion en 2020 en Chine des États membres de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique (COP15).

La science nous dit ce que nos savoirs traditionnels signalaient depuis des décennies : la Terre est en train de mourir.

Quasiment aucun des 20 objectifs précédemment définis pour 2020, qui visent une vie « en harmonie avec la nature » d’ici 2050, ne sera atteint, selon le projet de synthèse du rapport obtenu par l’AFP, projet qui sera discuté, amendé et adopté ligne par ligne par les délégués avant sa publication le 6 mai.

« Le patrimoine environnemental mondial […] est en train d’être altéré à un niveau sans précédent », souligne ce texte.

Deux problématiques

Le rapport fait clairement le lien entre les deux menaces majeures que sont le réchauffement et les atteintes à la nature, citant certaines causes similaires, en particulier les pratiques agricoles et la déforestation, responsables d’environ un quart des émissions de CO2, mais aussi de graves dommages directs aux écosystèmes.

Mais vu l’ampleur des réformes à mettre en place, qui impliquent une véritable transformation de nos modes de vie sur une planète de plus en plus peuplée, les résistances risquent d’être encore plus fortes que pour la lutte contre le changement climatique.

« Il pourrait y avoir des difficultés avec certains pays. Nous ne savons pas comment le Brésil va réagir, avec le nouveau gouvernement [de Jair Bolsonaro]. Nous ne savons pas ce que les États-Unis pensent de cette évaluation », note ainsi Günther Mitlacher, de WWF, qui décrit aussi une division Nord-Sud semblable à la géopolitique climatique.

Avec notamment des pays africains très demandeurs d’actions parce qu’« ils voient que leur population dépend des ressources naturelles », ajoute-t-il.