«Miracle» à Sainte-Marthe-sur-le-Lac

C’est une brèche de 50 à 75 pieds dans une digue naturelle qui est à l’origine de cette inondation, survenue samedi soir, forçant l’évacuation immédiate de milliers de résidents de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides. Selon les autorités, «le niveau de l’eau pourrait augmenter encore pour 24 à 48 heures». Il pourrait se passer plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant que les résidents évacués ne puissent rentrer chez eux.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir C’est une brèche de 50 à 75 pieds dans une digue naturelle qui est à l’origine de cette inondation, survenue samedi soir, forçant l’évacuation immédiate de milliers de résidents de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides. Selon les autorités, «le niveau de l’eau pourrait augmenter encore pour 24 à 48 heures». Il pourrait se passer plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant que les résidents évacués ne puissent rentrer chez eux.

L’évacuation des 6000 sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac relève du miracle, selon le premier ministre du Québec. L’intensité du flot d’eau libéré par la rupture d’une digue rend impossible la réparation de celle-ci, si bien que les sinistrés qui n’ont pas réussi à récupérer leurs biens pourraient devoir patienter jusqu’à 48 heures avant de pouvoir entrer dans leur résidence.

« Qu’on ait été capables d’évacuer des gens en chaise roulante dans des pick-up et qu’il n’y ait eu aucun blessé : bravo », a déclaré François Legault, de passage à Sainte-Marte-sur-le-Lac dimanche. Le premier ministre a même qualifié de « presque un miracle » l’évacuation rapide qu’a exigée la montée des eaux.

Tard samedi, une brèche de 50 à 75 pieds s’est formée dans la partie végétale de cette digue naturelle construite dans les années 1970 au bout de la 27e avenue. « Actuellement, c’est impossible de réparer la digue. La force de l’eau est trop puissante », a expliqué dimanche Sonia Paulus, mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Les 6000 citoyens qui résident dans le secteur touché, qui s’étend de la 1re à la 40e avenue, ont eu moins de 15 minutes pour évacuer leur domicile.

« Environ 100 000 tonnes de pierre ont été livrées pour former deux digues parallèles à celle qui a cédé. Tant que le tout ne sera pas sécurisé, il est formellement interdit aux sinistrés d’intégrer leur domicile », a indiqué Mme Paulus, qui est elle-même sinistrée.

Tant que le tout ne sera pas sécurisé, il est interdit aux sinistrés d’intégrer leur domicile

L’avertissement des autorités en a choqué plusieurs qui, dans l’énervement de l’évacuation la veille, ont dû non seulement abandonner leurs effets personnels, mais aussi leurs animaux de compagnie.

« Je veux juste aller sortir mes animaux. On a un chat, un chien et un perroquet, on ne peut pas les laisser là-bas. On ne va pas rester, on est des adultes, on comprend les risques, on veut juste ramener les animaux », expliquait avec colère un sinistré aux policiers et aux pompiers.

L’homme était offusqué de s’être fait avertir qu’il pouvait se faire passer les menottes pour entrave s’il n’obtempérait pas. « Moi, ma job première, c’est ta sécurité. Si jamais tu tombes à l’eau ou que tu te blesses, c’est moi qui vais venir te chercher, alors c’est pour ça que je t’explique que les ordres qu’on a, c’est que vous devez évacuer », tentait de lui expliquer un pompier.

Sur d’autres rues, les autorités prévenaient les sinistrés des risques auxquels ils s’exposaient, mais toléraient certaines allées et venues. Pablo le chat, qui était seul à la maison samedi lorsque la digue a cédé, a ainsi pu être sauvé par ses propriétaires, qui ont enfilé une salopette hydrofuge pour aller à sa rescousse.

Bienfaiteurs

Après avoir constaté que leurs résidences étaient des pertes totales, des sinistrés ont agi en bons samaritains en aidant le plus de voisins possible à sauver les biens qu’il leur restait plutôt que de s’apitoyer sur leur sort.

« Notre sous-sol était complètement inondé, il n’y avait plus rien à faire », a raconté Jessica Boisjoly. À 6 h du matin, la femme s’est rendue à sa résidence de la 24e avenue pour constater l’ampleur des dégâts au lendemain de la rupture d’une digue, tard samedi. « J’ai tout perdu, alors je me suis dit que tant qu’à être ici, aussi bien aider les gens qui avaient encore une chance de sauver quelques biens », a confié au Devoir Mme Boisjoly, qui s’apprêtait à prendre une pause alors que l’horloge indiquait déjà 12 h 34.

 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le lac des Deux-Montagnes a complètement envahi des rues de la ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac en fin de semaine. L’eau a monté à une vitesse impressionnante, forçant les résidents à tout laisser derrière eux avant d’être pris au piège dans leur maison.

La municipalité des Laurentides a été envahie dimanche par un véritable élan de solidarité. Sur plusieurs rues inondées, canots, kayak et chaloupes étaient utilisés pour faire des allers-retours dans le but de recouvrer quelques biens.

« J’avais prévu rénover une pièce dans mon sous-sol, mais je me suis dit que ça pouvait attendre, parce qu’aujourd’hui il y en a ici qui n’ont plus de sous-sol », a lancé Pierre Gauthier, un bon samaritain venu de Deux-Montagnes avec son kayak.

« Je l’ai acheté récemment, je me suis dit que ça pouvait être utile, sachant que certains sinistrés ont eu moins de 15 minutes pour évacuer », a indiqué M. Gauthier, qui venait de prêter son embarcation à un père de famille.

L’eau a monté à une vitesse impressionnante, forçant les résidents à tout laisser derrière eux avant d’être pris au piège dans leur maison.

« J’ai heureusement eu le réflexe de monter la cage du chat avant que le sous-sol ne soit inondé, mais celui-ci s’était réfugié à l’étage alors on avait dû partir sans lui », a mentionné Maï-Li Lauzon. La mère de famille était reconnaissante aux bons samaritains qui l’ont aidée à se rendre jusqu’à sa maison, située à quelques pas de la digue, chercher sa chatte, Bulle. « Elle a un nom de circonstances », a souligné Mme Lauzon. La riveraine était encore sous le choc d’avoir vu l’eau monter si haut, si rapidement. « Nous sommes partis, l’eau était à mes chevilles. Je suis revenue pour récupérer [les effets] de ma fille et l’eau était déjà à mes hanches », a-t-elle précisé. Dans l’entrée de sa résidence, seul le toit de sa voiture était désormais visible. « La seule bonne nouvelle, c’est que nous sommes assurés. Quand nous avons acheté la maison l’an dernier, nous nous étions assuré qu’elle n’était pas en zone inondable », a confié Mme Lauzon.

Le niveau de l’eau risque encore de grimper et d’atteindre celui du lac des Deux Montagnes. Une aide militaire a donc été déployée dimanche. Pour le moment, les causes de la rupture de la digue n’ont pas été dévoilées. Selon le premier ministre Legault, trois régions sont toujours à risque dans les prochains jours, soit les Laurentides, la Mauricie et l’Outaouais.