Sacs de sable et solidarité à Saint-André-d’Argenteuil

Pour les résidents de cette communauté des Basses-Laurentides, la crue printanière de 2019 rouvre des plaies encore fraîches laissées par les inondations dévastatrices de 2017.
Photo: Juan Proll Pour les résidents de cette communauté des Basses-Laurentides, la crue printanière de 2019 rouvre des plaies encore fraîches laissées par les inondations dévastatrices de 2017.

Un muret de sacs blanc et bleu protège tant bien que mal l’aire de stationnement de l’église de Saint-André-d’Argenteuil des torrents déchaînés de la rivière du Nord. Un peu plus loin, au coeur du village, la rue Principale revêt un air désolé, avec plusieurs maisons qui sont léchées par des vaguelettes invasives.

Dimanche après-midi, les niveaux des rivières entourant le village demeuraient très élevés, alors que l’Outaouais atteignait 25,03 mètres, menaçant d’atteindre le niveau de 2017 de 25,13 mètres. Pendant ce temps, une deuxième hausse des niveaux d’eau est à anticiper, avec le processus de fonte des neiges qui poursuit son cours.

Pour les résidents de cette communauté des Basses-Laurentides de 3200 âmes qui a déclaré l’état d’urgence le 19 avril, la crue printanière de 2019 rouvre des plaies encore fraîches laissées par les inondations dévastatrices de 2017.

Le problème, c’est qu’on a interprété les inondations de 2017 non pas comme un avertissement, mais comme une finalité

« Il y a dix jours [mercredi 17 avril], les pompiers sont passés aux portes pour avertir les gens que l’eau allait monter. La municipalité a balisé la rue, nous a donné du sable. Nous avons donc fait des sacs et entouré nos maisons. Cela nous paraissait vraiment irréel, parce que la rivière était basse. Il y avait juste un peu d’eau sur le gazon ! » rapporte Marie-Claude Hénault, une résidente de la rue Fournier, qui, dimanche en fin d’avant-midi, avait revêtu sa salopette de caoutchouc pour prêter main-forte à ses voisins qui s’affairaient à protéger leurs maisons des méfaits de l’Outaouais sortie de son lit.

Depuis une semaine, Marie-Claude, son conjoint et leurs trois enfants ont trouvé refuge chez les parents de cette dernière, qui vivent à Lachute.

Au café Station 210, pivot social de la communauté, les résidents viennent trouver un peu de réconfort et d’entraide, prennent des nouvelles de leurs concitoyens, s’offrent une pause entre deux séances de remplissage de sacs tout en gardant un oeil préoccupé sur le bulletin météo. À l’autre extrémité de la rue, une brasserie offre des repas gratuits aux sinistrés.

Et sur Facebook, la page « Aide aux riverains d’Argenteuil » lance des appels au soutien bénévole pour remplir des sacs de sable, offre de l’aide aux sinistrés, invite les gens à donner à la Croix-Rouge et met à jour les informations sur les évacuations.

Prévention et proaction

Vendredi après-midi, alors que le bulletin météo laissait craindre le pire avec des menaces de pluie torrentielle, le maire Marc-Olivier Labelle convoquait ses concitoyens à une réunion extraordinaire. Disant viser la « proaction » et la « prévention », le jeune élu a transmis plusieurs données techniques et cherché à rassurer les gens en leur assurant que leur sécurité était au coeur de ses préoccupations.

« Le problème, c’est qu’on a interprété les inondations de 2017 non pas comme un avertissement, mais comme une finalité », estime Marc-Olivier Labelle, que Le Devoir a rencontré dans son poste de contrôle de la mairie de Saint-André-d’Argenteuil. Depuis 10 jours, son équipe et lui surveillent ce qu’il se passe sur le terrain, veillant à la sécurité des citoyens et à l’intégrité des infrastructures. Un soutien psychosocial est déployé, avec des intervenants qui passent de porte en porte pour veiller à la sécurité et au bien-être des résidents de la zone touchée par les inondations, qui peuvent trouver refuge à l’aréna Kevin-Lowe–Pierre-Pagé à Lachute.

« À l’heure actuelle, c’est 10 % de notre communauté qui se trouve en zone inondée. La présence de l’armée, des médias amène les gens à faire face à des souvenirs récents et douloureux. Quant aux évacuations, moi je dis aux gens “prenez le temps de le faire pendant que vous êtes au sec et mobile”. »