Si jeunesse pouvait…

Sara Montpetit change le monde, une manif à la fois. La jeune Montréalaise termine ses études secondaires à l’école Robert-Gravel. En décembre 2018, elle a visionné une vidéo de la jeune Suédoise Greta Thunberg, devenue une figure mondiale de la lutte contre les changements climatiques après avoir fait la grève des classes le vendredi.

« Je ne savais pas ce que je pouvais faire malgré l’urgence d’agir, explique Sara Montpetit. Je trouvais très injuste de ne pas pouvoir dire un seul mot par rapport à mon avenir. En entendant Greta, je me suis dit que je me joindrais à une marche ici si quelqu’un en organisait une. Puis, que je n’avais pas à attendre que quelqu’un d’autre le fasse. Et puis je l’ai fait. »

En ce moment, j’ai comme une baisse de moral. Je suis peut-être trop consciente de l’état de la planète. Nous n’avons vraiment pas réussi à faire passer notre message d’urgence.

Sara Montpetit marche chaque vendredi depuis le 15 février. Plus de 200 élèves l’ont accompagnée dans les rues, dès ce premier jour. Le nombre de participants, venus d’une dizaine d’écoles, a doublé la semaine suivante.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Sara Montpetit

La dixième manifestation montréalaise a eu lieu le Vendredi saint, devant les bureaux du premier ministre Legault, pour protester contre le projet GNL. Elle sera lundi à l’encerclement par une chaîne humaine de l’Assemblée nationale. « Ma pancarte préférée de toutes celles que j’ai vues dans les manifs dit : “Comme les leaders agissent comme des enfants, les enfants agissent comme des leaders.” Notre peur pour le futur, nous la transformons en action. »

Greta Thunberg marchait aussi, vendredi. Ses actions l’ont conduite jeudi en train — elle refuse de prendre l’avion — de Stockholm à Rome, devant le sénat italien, où elle a encore martelé du dirigeant.

« Nous n’avons pas pris d’assaut les rues pour que vous fassiez des selfies avec nous […] Nous faisons cela pour réveiller les adultes […] Nous faisons cela pour que vous agissiez […] Nous faisons cela parce que nous voulons que nos espoirs et nos rêves reviennent. »

Actions, réactions ?

Le sentiment préapocalyptique, suscité par les alarmantes études scientifiques, ne semble pas partagé au plus près du pouvoir, là comme ici. L’Alberta vient d’élire un gouvernement pro-pétrole et cinq provinces rejettent le projet fédéral de taxe. Ottawa a acheté un pipeline. Québec promet un 3e lien sur le fleuve pour boucler le réseau d’autoroutes de la capitale nationale et appuie la construction d’un gazoduc au Saguenay. Le Canada rate lamentablement ses objectifs de réduction des GES et les Canadiens demeurent parmi les plus gaspilleurs du monde.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Louis Couillard

L’action des jeunes n’a-t-elle donc pas d'effet ? « Nous [ne nous attendions pas à ce] qu’en lançant ce mouvement tout changerait le 16 mars », dit Louis Couillard co-porte-parole du collectif La planète s’invite à l’université, organisateur des manifestations du 15 mars, inspirées par l’action de Greta Thunberg. « C’est un travail de longue haleine. Il y a un début de changement de paradigme. La conscientisation ne se fait pas seulement chez les jeunes : elle s’étend lentement à toute la société. »

À preuve, 350 groupes communautaires s’engagent à participer aux manifestations du 27 avril dans le cadre de la Semaine de la Terre et pour le mouvement mondial « La planète en grève » du 27 septembre, auquel pourrait se joindre une bonne part des réseaux scolaires, collégiaux et universitaires. Les centrales syndicales appellent aussi à la mobilisation.

Léa Ilardo, étudiante en sciences politiques, impliquée dans La planète s’invite à l’université, était, comme Louis Couillard, de ces jeunes qui ont rencontré le 23 mars le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette. Elle s’avoue déçue des blocages politiques. « Je suis très fière de ce que nous avons réussi à faire. Je ne m’attendais jamais [à ce qu’on rassemble] autant de monde dans la rue après quelques semaines. Nous avons fait la plus grosse manif du monde, mais nous n’étions pas très optimistes, en sortant de la discussion avec le ministre. En ce moment, j’ai comme une baisse de moral. Je suis peut-être trop consciente de l’état de la planète. Nous n’avons vraiment pas réussi à faire passer notre message d’urgence. »

Conscience malheureuse

L’écodéprime menace. Sauf que Léa Ilardo ne voit que deux options devant cette prise de conscience malheureuse : « Soit on s’enferme dans sa chambre et on pleure, soit on sort et on passe à l’action. »

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Léa Ilardo

Catherine Gauthier, directrice d’ENvironnement JEUnesse (ENJEU), a choisi de s’impliquer après avoir été ébranlée « à 15 ou 16 ans » en lisant des rapports savants. « Les actions gouvernementales ne sont pas au rendez-vous. On devrait voir une accélération de la lutte contre les changements climatiques. On est encore en train de débattre de projets, comme le 3e lien dans la région de Québec, qui n’a aucun sens d’un point de vue environnemental. C’est vraiment frustrant. »

Comme d’autres jeunes, elle attend des gouvernements des mesures concrètes, surtout dans les secteurs du transport et de la consommation. « On connaît les solutions. Pour les appliquer, il faut un courage politique que l’on ne voit pas en ce moment. La pression populaire est donc d’autant plus importante. »

Sara Montpetit n’en pense pas moins. « En deux mois, on a conscientisé [beaucoup] de jeunes, dit-elle. Plein d’écoles ont commencé à s’ajuster, en recyclant, en interdisant le plastique. Plein de petits gestes commencent à avoir un impact. Il faut aller plus loin. Notre avenir, l’avenir de la Terre est en danger. »

À partir de 2030, selon les scientifiques du GIEC, des réactions en boucle risquent d’amplifier les catastrophes écologiques et climatiques, rappelle-t-elle. « Dans 11 ans, j’aurai 29 ans. Il va me rester un méchant bout à vivre, et je vais me battre pour que ce soit dans un monde meilleur. 

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