L’inaction de Québec en environnement désespère Dominic Champagne

Dominic Champagne discute avec des jeunes qui manifestaient vendredi en faveur du climat.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Dominic Champagne discute avec des jeunes qui manifestaient vendredi en faveur du climat.

Près de six mois après le lancement du Pacte pour la transition, Dominic Champagne critique sévèrement le manque de volonté politique du gouvernement caquiste de François Legault, jugeant que ce dernier n’a pas fait de « geste convaincant » pour lutter concrètement contre les changements climatiques et « la dégradation du monde » que cette crise provoque.

« La question qu’on peut se poser, six mois après le lancement, est la suivante : qu’est-ce que François Legault a fait de convaincant depuis qu’il a reconnu l’urgence climatique ? Oui, il y a un certain éveil, mais si on parle de réelle volonté politique à la hauteur du défi, c’est le néant », laisse tomber le metteur en scène, instigateur du pacte signé jusqu’à présent par plus de 270 000 personnes. Ces signataires se sont engagés à faire des gestes pour réduire leur empreinte environnementale, tout en exigeant que les gouvernements agissent de façon ambitieuse contre les changements climatiques.

Je mets François Legault au défi de lancer un seul message qui puisse convaincre et rassurer la jeunesse du pays

 

Or, « nous sommes toujours sur la même trajectoire. Aucun coup de barre n’a été donné », insiste au Devoir Dominic Champagne, qui a lui-même décidé de s’engager pour deux ans « à temps plein et bénévolement » en faveur du climat.

« Le discours du gouvernement nous dit que nous allons faire des efforts, que nous avons entendu le message et que nous reconnaissons l’importance d’agir sur l’enjeu climatique », reconnaît-il, saluant les investissements en électrification des transports. « Mais la philosophie politique, à la CAQ, nous amène dans une économie et un discours qui nous orientent vers la dégradation du monde. Et c’est ça, l’enjeu. Est-ce que chaque geste et chaque décision continuent de dégrader le monde dans lequel on vit, ou est-ce qu’on donne un coup de barre pour aller vers une économie durable et un avenir viable ? »

À quelques semaines du congrès de la Coalition avenir Québec, où l’environnement devrait être au coeur du discours du parti, Dominic Champagne presse donc le gouvernement de s’engager résolument dans un plan climatique ambitieux. « Je mets François Legault au défi de lancer un seul message qui puisse convaincre et rassurer la jeunesse du pays qui se mobilise présentement. Je le mets au défi d’unir le peuple québécois autour de l’enjeu climatique, plutôt que d’amener des mesures qui vont continuer de diviser les citoyens. Et je pense qu’il y a des urgences autrement plus importantes que de se demander si d’éventuels gardiens de prison doivent porter ou non un turban. »

En se basant sur les conclusions du plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui insistait sur la nécessité de réduire les émissions de CO2 de 50 % d’ici 2030, l’instigateur du Pacte plaide pour un plan économique qui s’appuierait sur l’hydroélectricité. « Je suis convaincu que François Legault a un rôle historique à jouer, comme René Lévesque, lorsqu’il était ministre, a joué un rôle historique en fondant notre modernité sur le développement énergétique propre. Et nous sommes les héritiers d’un haut potentiel de transition énergétique qui, s’il est mis en valeur de façon juste, devrait nous amener dans le peloton de tête des pays qui luttent contre les changements climatiques. »

Or, ce n’est pas ce qu’il constate à l’heure actuelle. Il critique ainsi l’appui sans équivoque offert cette semaine par le premier ministre au projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel albertain Énergie Saguenay. « C’est un projet rétrograde et mortifère », laisse-t-il tomber, rappelant que les seules émissions de gaz à effet de serre liées au projet atteindront chaque année sept millions de tonnes.

Je dis simplement qu’il faut tous s’unir pour le climat

 

Membre de la CAQ

Dominic Champagne dénonce du même souffle l’importance accordée au développement du transport routier, la porte ouverte aux forages pétroliers en Gaspésie et la promesse de construire un nouveau pont dans la région de Québec. « On veut scrapper l’île d’Orléans pour satisfaire aux doléances de Radio X à Québec ? C’est ça qui nous gouverne ? À un moment donné, ma bonne volonté va avoir ses limites », lance-t-il en évoquant l’idée que des citoyens pourraient en venir à commettre des gestes de désobéissance civile pour se faire entendre.

Dans l’intervalle, M. Champagne, qui avait milité contre l’industrie du gaz de schiste, a littéralement pris sa « carte de membre » de la CAQ afin de participer aux discussions des instances militantes du parti. « Je vais me présenter au congrès national de la CAQ avec des propositions de bonne volonté. Je vais relayer le message de la science, pour qu’on puisse atteindre nos objectifs. Je n’en ferai pas un débat de la gauche contre la droite caquiste. Je dis simplement qu’il faut tous s’unir pour le climat », explique-t-il.

Il ne se fait toutefois pas d’illusions sur la volonté du gouvernement Legault de donne pour éviter le naufrage climatique. « Si le gouvernement était animé du même sentiment d’urgence que moi, il serait en train de mener une vaste campagne nationale de sensibilisation aux enjeux climatiques. Or, le discours dominant est là pour désamorcer le sentiment d’urgence. »

Dominic Champagne promet néanmoins de poursuivre son engagement auprès des autorités politiques. « Je pourrais être cynique et dire que rien ne va changer. Mais je pense que tout n’est pas joué. Est-ce que les choses vont s’améliorer d’ici deux ans ? Je ne penserais pas. Mais je veux y croire, donc je vais tout faire pour que ça fonctionne. Nous sommes en train de construire une narration du monde positive, créatrice d’emplois et de bien-être, qui commence à émerger comme un réel contrepoids. »

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