Les bouleversements climatiques menacent plus que jamais les océans, prévient l’ONU

Le niveau des océans continue de monter, et ces derniers ne cessent de s'acidifier en absorbant une partie des émissions de GES, faisant la vie dure à une multitude d'organismes marins, dont les coraux.
Photo: Rod Salm / The Nature Conservancy Le niveau des océans continue de monter, et ces derniers ne cessent de s'acidifier en absorbant une partie des émissions de GES, faisant la vie dure à une multitude d'organismes marins, dont les coraux.

Les océans de la planète ont battu de nouveaux records de chaleur l’an dernier, un phénomène inquiétant qui s’ajoute à la hausse du niveau des eaux et à leur acidification, conclut un nouveau rapport de l’ONU publié jeudi.

Dans son rapport L’état du climat en 2018, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) constate ainsi que les océans, qui recouvrent plus de 70 % de la surface de la planète, ont atteint de « nouveaux records » de chaleur l’an dernier. Les températures ont ainsi battu les records établis en 2017.

Les océans, qui absorbent plus de 90 % de la « chaleur excessive » générée par l’activité humaine, continuent aussi de prendre du volume, un phénomène qu’on appelle l’expansion thermique, et qui contribue à l’augmentation du niveau des océans.

D’ailleurs, l’OMM note dans son rapport que le niveau des océans a crû de 3,7 millimètres en 2018, par rapport à 2017, poursuivant sur une lancée entamée depuis déjà plusieurs années. La hausse du niveau des océans est due en majorité à la fonte accélérée des glaciers situés sur la terre ferme, autre phénomène lié directement aux bouleversements du climat provoqués par l’utilisation massive des énergies fossiles.

Eaux acides

L’OMM s’inquiète en outre d’un autre phénomène qui risque de nuire durablement à la santé des écosystèmes océaniques : l’acidification des eaux. Les océans, qui absorbent environ 30 % des émissions de CO₂ issues de l’activité humaine, s’acidifient en effet de plus en plus, en raison de cette absorption importante de CO₂. Or, ce phénomène a un effet mortifère sur une multitude d’organismes marins importants pour toute la chaîne alimentaire océanique.

Nous sommes très près du point de non-retour

 

En plus des impacts majeurs pour les océans, les changements climatiques sont plus que jamais responsables d’événements extrêmes, selon l’OMM, qui estime que 62 millions de personnes ont été affectées — dont plus de 883 000 déplacés — l’an dernier par différents phénomènes, notamment des inondations, des ouragans ou encore des vagues de chaleur.

L’organisme onusien cite en exemple quatorze « désastres à un milliard de dollars » pour les seuls États-Unis l’an dernier, dont les ouragans Florence et Michael, mais aussi les feux dévastateurs qui ont frappé la Californie.

Par ailleurs, l’ONU constate que les « extrêmes climatiques » menacent de provoquer des reculs importants en matière de « sécurité alimentaire » dans le monde. On rappelle ainsi des données de 2017 qui indiquent que le nombre d’humains sous-alimentés a atteint 821 millions de personnes, un chiffre en hausse notamment imputable aux sécheresses provoquées par des événements climatiques extrêmes.

Données inquiétantes

En présentant le rapport de l’OMM dans le cadre d’une conférence de presse jeudi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit inquiet de ces nouveaux signaux de la crise climatique mondiale.

« Les données divulguées dans le présent rapport sont très inquiétantes. Les quatre dernières années sont les plus chaudes jamais répertoriées, et la température moyenne à la surface du globe en 2018 était supérieure d’environ 1 °C par rapport aux températures préindustrielles », a-t-il rappelé.

« Les changements climatiques continuent de s’accélérer », et plus que jamais, « nous sommes très près du point de non-retour », a insisté M. Guterres, qui ne cesse de réaffirmer l’urgence d’« accélérer » la transition énergétique d’un monde qui dépend encore à plus de 80 % des énergies fossiles pour la production d’énergie. « C’est ce que demandent les jeunes partout dans le monde », a-t-il ajouté, en référence à la mobilisation étudiante internationale en faveur d’une action climatique plus ambitieuse.

António Guterres a rappelé qu’un « Sommet sur l’action climatique » est prévu en septembre et qu’il doit réunir des chefs d’État. « Je dis aux leaders: n’arrivez pas avec un discours, mais avec un plan », a-t-il laissé tomber.

L’Accord de Paris sur le climat, a fait valoir M. Guterres, impose de réduire les émissions de CO₂ de 45 % d’ici 2030. « Si on ne le fait pas, [le réchauffement climatique] sera irréversible et nous ne pourrons pas atteindre les objectifs de l’Accord. »