Les émissions de GES du secteur énergétique mondial en hausse en 2018

Les émissions liées au seul charbon, le pire des combustibles fossiles, ont dépassé les 10 milliards de tonnes l’an dernier.
Photo: Scott Olson Archives Getty Images / AFP Les émissions liées au seul charbon, le pire des combustibles fossiles, ont dépassé les 10 milliards de tonnes l’an dernier.

Alors que les appels à une action climatique plus ambitieuse se multiplient, les émissions de gaz à effet de serre imputables à la production d’énergie ont connu un bond de 1,7 % l’an dernier, en bonne partie en raison d’une hausse de la production de centrales au charbon utilisées pour répondre à une demande énergétique mondiale en forte croissance.

Le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) portant sur la demande énergétique mondiale indique ainsi que l’humanité a vu sa consommation augmenter de 2,3 % au cours de la seule année 2018, soit la croissance « la plus rapide » de la dernière décennie.

La Chine, l’Inde et les États-Unis comptent à eux seuls pour près de 70 % de la croissance de la demande, les États-Unis ayant notamment connu le plus fort bond mondial en matière de consommation de pétrole et de gaz naturel.

GES en hausse

Dans ce contexte de forte demande, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la production d’énergie ont atteint l’an dernier quelque 33 milliards de tonnes de CO₂, soit une augmentation de 1,7 % par rapport à l’année précédente.

« Les émissions [du secteur énergétique] avaient stagné entre 2014 et 2016 […], fruit de progrès importants en termes d’efficacité énergétique et de déploiement de technologies faibles en émissions de carbone. Mais la dynamique a changé en 2017 et 2018 », constate l’Agence, en soulignant que le développement des sources qui émettent peu ou pas de GES a été insuffisant pour répondre à la croissance de la demande énergétique.

Résultat : les énergies fossiles ont répondu à près de 70 % de la croissance de la demande « pour une deuxième année consécutive ». Les émissions liées au seul charbon, le pire des combustibles fossiles, ont dépassé les 10 milliards de tonnes l’an dernier, totalisant « le tiers de la croissance totale » des GES, constate l’AIE. La majorité de cette croissance des émissions imputables aux centrales au charbon provient d’Asie, où plusieurs centrales seront encore en activité pour de nombreuses années.

Le rapport de l’AIE confirme par ailleurs que le gaz naturel prend de plus en plus de place dans le paysage énergétique, devenant « le carburant de choix ». Cette ressource fossile a répondu l’an dernier à 45 % de la croissance de la demande en énergie, avec une consommation plus marquée aux États-Unis et en Chine.

Les énergies renouvelables prennent elles aussi de plus en plus de place dans la production d’électricité, répondant à près de la moitié de la croissance de la demande mondiale. La Chine domine d’ailleurs ce secteur, tant pour l’énergie solaire que pour l’énergie éolienne.

Action urgente requise

« Malgré une croissance majeure dans les énergies renouvelables, les émissions globales sont toujours en hausse, ce qui démontre encore une fois qu’une action urgente est requise sur tous les fronts : le développement de toutes les solutions d’énergie propre, la réduction des émissions, l’augmentation de l’efficacité et le développement d’innovations comme la capture et le stockage de carbone », a commenté, par voie de communiqué, le directeur général de l’AIE, Fatih Birol.

Dans un communiqué publié dans la foulée du rapport de l’AIE, l’ONU a rappelé que ces constats indiquent que le temps joue contre l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, qui prévoit que les émissions mondiales plafonnent au plus tard en 2020.

Selon le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) — qui avait reçu le mandat d’étudier les impacts d’un réchauffement de 1,5 °C —, l’humanité devrait par la suite réduire rapidement ses émissions globales de GES, de façon à atteindre une réduction de 45 % des émissions de CO₂ d’ici 2030, puis « zéro émission » au plus tard en 2050.

D’ici 30 ans, le GIEC estime que la part des énergies renouvelables devrait combler entre 65 % et 80 % de nos besoins, tandis qu’il faudrait complètement éliminer le recours au charbon. Quant à l’utilisation du pétrole, le recul nécessaire serait d’au moins 80 %, selon deux scénarios illustrés dans le rapport du GIEC. Pour le gaz naturel, deux des trois trajectoires élaborées font état d’une réduction très marquée de son utilisation.

Or, selon un rapport publié lundi par le Forum économique mondial de Davos, la part des énergies fossiles n’a toutefois pas reculé depuis 30 ans. Elle représente toujours aujourd’hui plus de 80 % de la production énergétique mondiale.

Ce « manque de rapidité de la transition énergétique est particulièrement alarmant, trois ans après l’accord historique de Paris sur le climat et après que le [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] a démontré l’an dernier le peu de temps dont on dispose pour éviter de graves dommages environnementaux », a observé le Forum de Davos dans un communiqué.