La carpe asiatique risque de coûter cher dans les Grands Lacs

Photo: Getty Images La carpe de roseau, un poisson herbivore pouvant atteindre 1,25 m, mange jusqu’à l’équivalent de 40 % de son poids chaque jour.

La présence accrue de la carpe asiatique dans l’écosystème des Grands Lacs pourrait coûter des milliards de dollars à l’économie canadienne au cours des prochaines décennies, conclut un rapport du gouvernement fédéral qui porte précisément sur la carpe de roseau, une espèce qui a déjà fait son chemin jusqu’au fleuve Saint-Laurent.

Arrivée des États-Unis après avoir été introduite accidentellement dans les cours d’eau du pays, la carpe de roseau est reconnue comme une espèce envahissante particulièrement destructrice. Il faut dire que ce poisson herbivore, qui peut atteindre 1,25 m de longueur et peser près de 45 kg, mange jusqu’à l’équivalent de 40 % de son poids chaque jour.

Le nouveau rapport produit par Pêches et Océans Canada est donc catégorique : si rien n’est fait pour freiner la propagation de cette espèce dont la reproduction a été démontrée dans au moins un des tributaires du lac Érié, cette carpe asiatique « pourrait devenir l’espèce dominante au détriment des espèces indigènes », « éliminer presque complètement les plantes aquatiques » et même être « nuisible » à l’habitat des espèces d’oiseaux.

Dans ce contexte, la carpe représente « une menace écologique importante » qui « risque de perturber l’écosystème et l’économie de la région des Grands Lacs si on ne met pas fin à sa propagation », précise le document rédigé en collaboration avec la Commission des pêcheries des Grands Lacs et le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario.

Cette « évaluation des risques socio-économiques associés à la présence de la carpe de roseau » estime ainsi que pour le seul secteur de la pêche récréative, les pertes économiques pourraient atteindre plus de 345 millions de dollars, et ce, après une période de 10 ans de propagation intensive débutant en 2024.

Sur 40 ans, l’impact dépasserait les 2,6 milliards de dollars, uniquement pour l’économie canadienne. Si on ajoute à cela les pertes du côté américain, on obtient des impacts négatifs de près de 2,7 milliards de dollars d’ici 2034, et un montant de plus de 17,2 milliards de dollars sur une période de 40 ans débutant en 2024.

En plus de la pêche récréative, les pêches commerciales risquent de souffrir de l’arrivée de la carpe de roseau. L’étude fédérale évalue que les pertes pourraient dépasser les 2 milliards de dollars sur une période de 40 ans.

Carpe au Québec

Devant l’urgence d’agir, le gouvernement Trudeau a annoncé l’an dernier un financement de 20 millions de dollars sur cinq ans pour lutter spécifiquement contre les carpes asiatiques, une famille de poissons qui compte quatre espèces.

Au Québec, le gouvernement avait d’abord annoncé une enveloppe de 1,7 million de dollars sur trois ans, et ce, en 2016. Mais tout indique que les travaux des experts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs vont se poursuivre, notamment parce que plusieurs informations sont encore à acquérir.

Chef de division « Espèces aquatiques envahissantes », le biologiste Olivier Morissette explique au Devoir que des efforts supplémentaires seront nécessaires pour préciser quels seraient les habitats privilégiés par la carpe de roseau, une espèce dont la présence dans le Saint-Laurent a été confirmée chaque année depuis 2016.

M. Morissette ajoute que même si seuls deux échantillons recueillis en 2018 ont confirmé la présence de la carpe, contre seize en 2016, « pour nous, la tendance demeure de plusieurs détections, sur différents sites au cours de la même période ». Des preuves qui s’ajoutent à la prise, en 2016, d’une carpe de roseau de plus de 27 kg dans le secteur de Contrecoeur.

Une fois installée, cette carpe risque donc de provoquer des ravages dans l’écosystème du fleuve, mais aussi des rivières et des lacs qu’elle pourra coloniser. Les cours d’eau du sud de la province représentent en effet un milieu très propice pour la carpe, de l’aveu même du ministère de la Faune.