Des dizaines de milliers d’étudiants manifestent pour le climat à Montréal

Plusieurs dizaines de milliers de jeunes ont marché vendredi à Montréal en faveur de la lutte contre les changements climatiques, dans le cadre d’une des plus importantes, sinon la plus importante manifestation du genre organisée pour cette journée de grève étudiante internationale pour le climat.

La manifestation, qui a débuté un peu après 13 h au pied du mont Royal, s’est terminée en fin d’après-midi sur la place des Festivals, après avoir déambulé pendant près de trois heures dans une ambiance festive, ponctuée de slogans divers appelant au rejet des énergies fossiles ou à la fin du gaspillage des ressources naturelles, mais plus généralement à la préservation du climat. « Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité », scandaient d’ailleurs des groupes de manifestants, tout au long de la marche.

Certaines des pancartes brandies par les étudiants reprenaient des mots prononcés par la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui a lancé le mouvement de « grève étudiante pour le climat » à la fin de l’été dernier. « Notre maison est en feu », pouvait-on lire sur l’une d’entre elles. « Marchons pour un Greta-world », réclamait une autre affiche.

D’autres ont opté pour l’humour, avec des phrases comme « Votre planète, vous la préférez bleue, ou bien saignante ? », « La glace qui fond : seulement dans mon mojito, SVP ! », ou encore « Pas de planète, pas de sexe ». D’autres, plus sérieux, demandaient sans détour « Changeons le système, pas le climat ».
 

«Crions, plus fort, pour que personne ne nous ignore»

Notre avenir

« Nous nous battons pour notre avenir », a pour sa part résumé Sarah Montpetit, une étudiante de 17 ans qui a lancé il y a de cela plusieurs mois un mouvement de grèves climatiques hebdomadaires de jeunes du secondaire. « Nous nous battons parce que nous avons peur de grandir. Nous nous battons pour notre avenir, qui est celui de la planète. Nous nous battons parce que le monde que nous sommes censés rêver et bâtir n’existera plus. »

Les jeunes se sont aussi adressés directement aux gouvernements du Québec et du Canada. « Pourquoi notre futur vaut moins que le vôtre, M. Trudeau, et que le vôtre, M. Legault ? Vous sacrifiez vos enfants pour votre économie », a notamment lancé Sarah Montpetit, chaudement applaudie par plusieurs milliers de manifestants réunis en fin de parcours.

« Un mandat de quatre ans, ça ne veut rien dire. Il faut penser à ceux qui seront là dans 70 ans », a aussi soutenu Jason Proulx, étudiant en ostéopathie. « On assiste à une vague mondiale historique qui est motivée par l’urgence d’agir. Et on peut le faire tous ensemble. Il ne faut pas avoir peur. Ça peut même être un beau trip de société. Le changement n’a pas à être plate », a-t-il ajouté.

« Nous, les jeunes, devrons porter le fardeau des impacts des changements climatiques, donc on ressent pleinement l’urgence d’agir. On comprend que le paradigme actuel n’est plus viable. Il est incapable d’apporter des solutions à la crise climatique, parce que la vision à court terme domine le discours politique. Les propositions ne sont donc pas à la hauteur de la crise », a également fait valoir Léa Ilardo, du collectif « La planète s’invite à l’université », qui a organisé la mobilisation québécoise en à peine plus d’un mois.

Pour Adèle, étudiante en danse, il est évident que « les décideurs doivent agir maintenant. On ne veut plus de promesses, on veut qu’ils posent des gestes concrets ». Ses propos résumaient d’ailleurs ceux entendus tout au long de la marche, certains jeunes citant même en exemple les grandes conclusions du plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui établit que des réductions des émissions de gaz à effet de serre doivent être entamées rapidement pour espérer limiter le réchauffement mondial.

Au Québec, au Canada

Des rassemblements, petits et grands, ont été organisés un peu partout au pays, y compris devant le parlement à Ottawa, où quelques centaines de personnes se sont réunies. Mais l’épicentre de la protestation se trouvait bel et bien au Québec, où quelque 150 000 étudiants étaient officiellement en grève pour réclamer des actions pro-environnementales.

Des élèves de quelques écoles secondaires ont même forcé la suspension de leurs cours en formant des chaînes humaines autour de leur établissement pour se joindre au mouvement de protestation. Les écoles Sophie-Barat, Joseph-François-Perreault et George-Vanier et l’Académie de Roberval ont été touchées par ces mouvements spontanés. Certains manifestants ont ensuite rejoint la marche du centre-ville.

La contestation de la capitale nationale a réuni quelques centaines de personnes, surtout des étudiants de l’Université Laval qui ont marché dans le secteur de l’hôtel de ville et dans l’arrondissement de La Cité. Environ 17 000 étudiants étaient touchés par un mandat de grève sur un campus totalisant 43 000 inscrits. Les cours ont été maintenus, mais l’université assure que des aménagements permettront la reprise des examens, le cas échéant.

Les cours étaient suspendus aux cégeps de Jonquière, Chicoutimi et Saint-Félicien. L’Université du Québec à Chicoutimi a maintenu les cours en matinée, mais les a suspendus entre 13 h et 16 h. À l’Université de Sherbrooke, la vice-rectrice aux études a averti la communauté universitaire « qu’il n’y avait pas de levée de cours ou de suspension des activités pédagogiques », selon le résumé fourni par le service des relations médias.

À l’Université Bishop’s, dans la ville voisine de Lennoxville, la marche a rassemblé quelques centaines de personnes. Un professeur du programme en activisme et justice sociale a trouvé un moyen original pour inciter ses étudiants à manifester : il a promis aux participants un bonus de 2 % de plus sur leur note finale.

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