La fin de l’exploitation pétrolière n’est pas pour demain, prévient McKenna

La ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, participait jeudi avec Steven Guilbeault, conseiller spécial du gouvernement Trudeau, à une discussion sur le plan climatique du pays.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, participait jeudi avec Steven Guilbeault, conseiller spécial du gouvernement Trudeau, à une discussion sur le plan climatique du pays.

Même si les mouvements étudiants qui feront la grève du climat ce vendredi réclament la fin de l’exploitation des énergies fossiles, la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, répète que le pays est plutôt en phase de « transition ». L’industrie pétrolière canadienne prévoit quand à elle une forte croissance de production au cours des prochaines années.

De passage à Montréal jeudi pour discuter du plan climatique fédéral en compagnie du conseiller de son gouvernement, Steven Guilbeault, la ministre McKenna a réitéré son appui aux jeunes qui prendront part à la grève du climat vendredi. Ils seront plus de 136 000 uniquement au Québec.

À l’instar d’autres mouvements étudiants ailleurs dans le monde, le collectif québécois « La planète s’invite à l’université » réclame d’ailleurs la fin des projets d’exploitation d’énergies fossiles. Ils s’appuient notamment sur les conclusions du plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui plaidait pour une sortie rapide des énergies fossiles.

Dans ce contexte, est-ce que le Canada devrait songer à mettre un terme à l’extraction de ses ressources pétrolières, les troisièmes en importance dans le monde ? « Nous sommes dans une transition et les transitions n’interviennent pas du jour au lendemain », a répondu la ministre McKenna.

« On doit aller un pas en avant. Je sais que certains voudraient qu’on arrête les choses tout de suite. Mais il faut travailler avec les gens, tout en étant plus ambitieux », a-t-elle également fait valoir. « On va s’attaquer aux changements climatiques », a insisté Mme McKenna, « mais les gens ont besoin des emplois ».

La ministre responsable du dossier climatique au gouvernement fédéral a aussi souligné les efforts de l’Alberta. « Je dois dire qu’en Alberta, ils travaillent très fort. Le gouvernement de Rachel Notley a imposé un plafond sur les émissions des sables bitumineux, ils ont mis un prix sur la pollution et ils éliminent le charbon. Ils ont aussi mis en place des mesures de réduction des émissions de méthane. »

Selon les données officielles sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada, l’Alberta est de loin la province qui émet le plus de GES au pays, avec des émissions de 262 millions de tonnes (Mt) en 2016. Ce chiffre représente 3,5 fois les émissions totales du Québec à la même date.

Production en hausse

Le secteur pétrolier et gazier représente le premier secteur émetteur de GES au Canada, avec un total de 183 millions de tonnes en 2016, selon les données fédérales. Qui plus est, les émissions de ce secteur ont augmenté de 70 % depuis 1990.

L’essentiel de cette hausse est imputable aux sables bitumineux, une industrie dont les émissions de GES ont bondi de plus de 367 % au cours de cette période. L’Alberta a cependant imposé un « plafond » d’émissions à ce secteur, soit 100 Mt. Selon les plus récentes données disponibles, le secteur pourra donc augmenter encore ses émissions annuelles de 30 Mt.

Par ailleurs, l’Association canadienne des producteurs pétroliers prévoit une hausse de la production de 33 % d’ici 2035. La production quotidienne de pétrole doit ainsi passer à 5,6 millions de barils en 2035. L’essentiel de cette hausse proviendra des sables bitumineux, qui devraient alors produire quotidiennement 4,2 millions de barils, soit 1,5 milliard de barils par année.

En prenant la parole à la tribune d’une conférence regroupant plusieurs joueurs importants de l’industrie pétrolière, en 2017, le premier ministre Justin Trudeau avait d’ailleurs insisté sur l’importance économique de l’industrie pétrolière pour le Canada. « Aucun pays ne laisserait dans son sol 173 milliards de barils de pétrole sans les exploiter », avait alors souligné le chef libéral.


Steven Guilbeault ne se prononce pas sur une possible candidature

Même s’il est aujourd’hui conseiller du gouvernement de Justin Trudeau en matière de mesures de lutte contre les changements climatiques, l’ancien directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, refuse de confirmer les rumeurs voulant qu’il soit candidat libéral en vue des prochaines élections, prévues en octobre. « Je n’ai dit oui à personne », a-t-il affirmé mardi, tout en répétant qu’il a souvent été sollicité par différents partis, pour faire le saut dans l’arène politique. Sans fermer la porte à une éventuelle candidature, M. Guilbeault a dit vouloir se concentrer pour le moment sur son travail de conseiller auprès du gouvernement Trudeau. Le comité qu’il copréside doit déposer son rapport au printemps. Il y sera notamment question d’électrification des transports.