Les étudiants manifesteront pour le climat le 15 mars

Le mouvement de grève pour le climat qui atteint Montréal s’est propagé en Europe ces derniers mois.
Photo: Jasper Jacobs Agence France-Presse Le mouvement de grève pour le climat qui atteint Montréal s’est propagé en Europe ces derniers mois.

Dans la foulée du mouvement de grève international pour le climat qui se tiendra le 15 mars, au moins 60 000 étudiants québécois devraient débrayer ce vendredi pour exiger la mise en place d’un plan de lutte contre les changements climatiques nettement plus ambitieux. C’est la première grève du genre dans l’histoire du Québec.

Selon ce que précise au Devoir un porte-parole du mouvement « La planète s’invite à l’université », Louis Couillard, plus de 60 000 étudiants universitaires et collégiens ont jusqu’ici voté pour une journée de grève. Un chiffre qui devrait par ailleurs « augmenter au cours des prochains jours », puisque « plusieurs assemblées générales sont prévues cette semaine », en prévision de la grève du 15 mars.

M. Couillard se dit d’ailleurs surpris de l’ampleur que le mouvement a prise au Québec en l’espace d’à peine quelques semaines. Il faut dire que le regroupement étudiant « La planète s’invite à l’université » a lancé son appel au débrayage il y a à peine un mois.

« On voulait d’abord lancer le débat, ce qui est fait, et non seulement dans les cégeps et les universités, mais aussi en dehors de cela. Il faut maintenant rassembler tous les acteurs de la société civile qui s’intéressent à ce débat pour créer un véritable front commun », souligne Louis Couillard, étudiant au baccalauréat en études internationales à l’Université de Montréal.

Le regroupement, qui prévoit des manifestations dans sept villes de la province, dont Montréal et Québec, exige que les gouvernements adoptent « une loi climatique forçant l’atteinte des cibles recommandées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ». Selon le plus récent rapport du GIEC, pour limiter le réchauffement global à 1,5 °C, il faudra réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010. Il faudrait ensuite atteindre un « zéro net » d’émissions de CO2 autour de 2050.

Les étudiants, qui sont appuyés par des professeurs, réclament aussi la mise en place d’un « programme d’éducation à l’écologie et de sensibilisation à la crise climatique » et demandent que les institutions d’enseignement retirent leurs investissements dans les énergies fossiles.

Mobilisation grandissante

La directrice générale d’Environnement jeunesse, Catherine Gauthier, estime qu’il existe un véritable « momentum » au Québec en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

« Avec la mobilisation autour du Pacte pour la transition énergétique, la Déclaration d’urgence climatique appuyée par plusieurs municipalités et le mouvement La planète s’invite au Parlement, on sent que les jeunes se sont sentis inspirés et veulent se joindre au mouvement », fait-elle valoir. Des élèves du secondaire ont d’ailleurs manifesté pour le climat au cours des dernières semaines, à Montréal.

« Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi à l’heure des changements climatiques. Ils entendent parler de catastrophe environnementale depuis leur enfance. Et c’est de plus en plus évident, notamment depuis la conférence climatique de Paris et le plus récent rapport du GIEC. En même temps, les jeunes estiment que rien n’est fait pour lutter contre les changements climatiques. Donc, ils veulent réagir au fait que la question n’est pas traitée à la hauteur de l’urgence actuelle », explique Mme Gauthier.

Environnement jeunesse a d’ailleurs lancé l’automne dernier une action en justice qui vise directement le gouvernement canadien, accusé d’avoir violé les droits fondamentaux des jeunes générations en adoptant un plan de lutte contre les changements climatiques inadéquat et dont les objectifs ne seront même pas atteints.

Catherine Gauthier estime que les décisions des gouvernements, dont celui du Québec, devraient toutes être prises en tenant compte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, elle doute notamment de la pertinence d’autoriser le projet Énergie Saguenay, puisque les émissions de gaz à effet de serre liées au projet dépasseront les sept millions de tonnes annuellement.

Grève internationale

Les étudiants québécois qui vont débrayer cette semaine s’inscrivent dans la foulée d’un appel international en faveur d’une « grève climat » le 15 mars. Selon les différentes informations disponibles, 500 manifestations seraient prévues, dans une cinquantaine de pays.

Cet appel a été lancé à l’origine par la Suédoise Greta Thunberg, âgée d’à peine 16 ans, qui a lancé, l’été dernier, un mouvement de grève scolaire pour exiger des actions nettement plus ambitieuses en matière de lutte contre les changements climatiques.

À la suite de ces discours à la tribune de la Conférence de l’ONU sur le climat (COP24) en Pologne et au forum économique mondial de Davos, elle est devenue la figure de proue de ce mouvement de jeunes qui demandent aux décideurs politiques et économiques de prendre pleinement conscience de l’ampleur de la « crise » que représente le réchauffement climatique.

Dans une lettre publiée le 1er mars dans le quotidien britannique The Guardian, des leaders impliqués dans le mouvement se sont dits carrément « ignorés » et « trahis » par leurs aînés. « Notre génération a grandi avec la crise climatique et nous devrons vivre avec cette crise pour le reste de notre vie. Malgré cela, la plupart d’entre nous ne sont pas inclus dans les prises de décisions locales et globales. Nous sommes l’avenir sans voix de l’humanité », ont-ils notamment souligné.

Prise de parole environnementale

En prévision de la journée de grève climatique prévue le vendredi 15 mars, Le Devoir a produit une série de capsules vidéo afin de donner la parole à de jeunes Québécois qui se sentent interpellés par l’enjeu de la crise climatique mondiale. Ces capsules seront diffusées tout au long de la semaine sur notre site Web.
8 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 11 mars 2019 07 h 21

    MOMENTUM?

    Affirmer "qu’il existe un véritable « momentum » au Québec en faveur de la lutte contre les changements climatiques" m'apparaît malheureusement quelque peu exagéré.

    En tenant compte des complotistes "climato-sceptiques" et, surtout, de tous ceux qui voit la situation comme... préoccupante, sans plus, on est encore très loin d'une véritable mobilisation de la population.

    Les tenants de la croissance économique comme priorité absolue et les amateurs de VUS (pour ne nommer que ceux-là) ont encore de très beaux jours devant eux.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 11 mars 2019 08 h 14

    Sapere aude!

    Joie! Jeune part de notre humanité en mouvement!
    L'entendement mobilisé, le regard en avant!
    Puissent nos hauts dirigeants entendre, il est temps!

    Notre XXIe a besoin de résistants!

  • Gilles Marleau - Abonné 11 mars 2019 08 h 38

    Mon espérance

    J'espère que les jeunes iront voter en très grand nombre aux prochaines élections fédérales en octobre prochain.

    • Julie Cossette - Abonné 12 mars 2019 16 h 53

      Oui, pour le parti vert, il n'y a pas d'autre oprtion!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 mars 2019 12 h 05

    Baby boomer d'accord

    Je suis un aîné qui n'ignore pas et ne trahit pas la génération présente, cv et bénévolat à l'appui!

  • Bernard Tremblay - Inscrit 11 mars 2019 13 h 04

    Decarbonisation de l' économie globale

    Selon Roger Pielke Jr. dans son livre "Climate Fix", les conditons pour que les politiques de décarbonisation de l' économie fonctionnent sont: 1) que les politiques climatiques soient en accord avec l' opinion publique, 2) que les efforts pour décarboniser l' économie ne soient pas trop pénibles. Ces efforts doivent être accompagnés de bénéfices immédiats, 3) que l' innovation en technologies énergitiques soit au coeur de tout effort pour décarboniser l' économie globale. Il ne faut pas opposer la décarbonisation et l' économie.