La suspension de la certification «pêche durable» des pêcheurs de crabe du golfe est maintenue

Le crabe des neiges est un produit phare des régions maritimes du Québec. En 2017, la valeur des débarquements de ce crustacé représentait à elle seule plus de 180 millions de dollars, selon des données fédérales.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le crabe des neiges est un produit phare des régions maritimes du Québec. En 2017, la valeur des débarquements de ce crustacé représentait à elle seule plus de 180 millions de dollars, selon des données fédérales.

La certification de pêche durable demeure suspendue pour les pêcheurs de crabe des neiges du golfe du Saint-Laurent, a annoncé lundi l’organisme Marine Stewardship Council (MSC), jugeant qu’il manque encore de preuves pour démontrer que cette industrie ne représente pas une menace pour les baleines noires de l’Atlantique Nord.

Par voie de communiqué, le programme de certification MSC a salué les progrès réalisés pour réduire les impacts de la pêche au crabe des neiges sur les baleines noires, une espèce en voie de disparition qui a connu un épisode dramatique de mortalités dans le golfe en 2017.

« La réduction des empêtrements et l’absence de mortalités lors de la saison de pêche 2018 démontrent l’efficacité de ce travail et nous demeurons optimistes sur le fait que les efforts continus démontreront la capacité de l’industrie de répondre aux critères MSC », a ainsi souligné son directeur au Canada, Jay Lugar.

Néanmoins, le MSC conclut qu’au terme de son analyse des mesures prises pour protéger les baleines noires, il manque toujours de preuves pour confirmer que ces mesures sont « suffisamment efficaces » pour éviter de nuire au rétablissement de cette espèce, qui compte aujourd’hui à peine plus de 400 individus. Selon le MSC, il faudra pour cela recueillir des données sur plus d’une saison de pêche.

Industrie importante

La certification MSC, très importante pour assurer la mise en marché et l’exportation du crabe des neiges du golfe, demeure donc suspendue pour une deuxième année de suite. Elle avait en effet été suspendue une première fois en mars 2018.

Cette situation est d’autant plus préoccupante pour les pêcheurs que le crabe des neiges est un produit phare des régions maritimes du Québec. La valeur des débarquements de ce crustacé en 2017 représentait à elle seule 53 % de la valeur totale des produits marins débarqués à quai par les pêcheurs québécois, soit plus de 180 millions de dollars, selon des données fédérales.

Réagissant au maintien de la suspension de la certification de pêche durable, les pêcheurs du Nouveau-Brunswick se sont dits déçus de la décision du MSC et ont rappelé qu’aucune baleine noire n’a été retrouvée morte durant la saison de pêche 2018. Selon les transformateurs de crabe du Nouveau-Brunswick, il ne fait d’ailleurs aucun doute que cette industrie peut cohabiter avec les mammifères marins.

L’Association des crabiers gaspésiens et l’Association québécoise de l’industrie de la pêche n’ont pas répondu lundi aux appels du Devoir. Il n’a pas non plus été possible d’obtenir de commentaires du gouvernement du Québec.

Du côté de Pêches et Océans Canada, on estime que le maintien de cette suspension de la certification MSC « souligne le besoin continu pour toutes les parties concernées de travailler ensemble pour protéger la baleine noire ».

« Pêches et Océans Canada continue d’appuyer l’industrie alors que cette dernière s’efforce de rétablir la certification du MSC pour la pêche du crabe des neiges, en prenant des mesures importantes de protection des baleines noires en 2019 et au-delà », a également souligné le ministère fédéral.

Mesures de protection

Après l’hécatombe de l’année 2017, où 12 baleines noires ont été retrouvées mortes dans le golfe du Saint-Laurent, Pêches et Océans Canada a mis en place des mesures de sans précédent pour protéger ces mammifères marins, plus nombreux que jamais à fréquenter le golfe du Saint-Laurent.

En 2018, mais aussi cette année, une zone du golfe a été complètement fermée aux engins de pêche statiques dès la fin du mois d’avril. Qui plus est, une surveillance aérienne est assurée par le gouvernement fédéral, de façon à pouvoir imposer des fermetures temporaires de certaines zones de pêche si une baleine est observée dans le secteur. Une limite de vitesse est également imposée aux navires commerciaux, afin de réduire les risques de collisions.

Le gouvernement fédéral n’a toutefois pas le choix de mettre en place des mesures de protection des baleines noires, puisque l’industrie canadienne de la pêche doit se conformer, d’ici 2022, aux dispositions du Marine Mammal Protection Act.

Cette législation américaine impose à l’industrie, y compris celle des États-Unis, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si ce n’est pas le cas, le lucratif marché américain sera tout simplement fermé. Or, pas moins de 80 % de nos ressources marines y sont exportées.

Puisque les baleines noires ont tendance à s’empêtrer facilement dans les engins de pêche, des mesures doivent être prises pour éviter les mortalités qui menacent la survie de cette espèce. De telles mesures ont d’ailleurs été prises depuis plusieurs années le long de la côte est américaine.

Situation critique

La situation de la baleine noire demeure critique. Selon le plus récent bilan des chercheurs américains, la population se résumerait aujourd’hui à 410 baleines. Elles étaient près de 500 en 2010. Qui plus est, les données sur la reproduction indiquent un déclin marqué des naissances. Les statistiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique démontrent en effet que durant la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux. Mais les chercheurs en avaient aperçu à peine 5 en 2017, année considérée alors comme très mauvaise, et zéro en 2018. Sept baleineaux ont été aperçus jusqu’à présent cette année.