Énergie Saguenay: le projet de GNL Québec générera plus de 7 millions de tonnes de GES

Le gaz naturel liquéfié serait exporté par des méthaniers empruntant le Saguenay et le Saint-Laurent.
Photo: Koji Sasahara associated Press Le gaz naturel liquéfié serait exporté par des méthaniers empruntant le Saguenay et le Saint-Laurent.

Les émissions annuelles de gaz à effet de serre liées au projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel Énergie Saguenay atteindront plus de sept millions de tonnes. Cela équivaut à annuler en une seule année l’essentiel des réductions d’émissions du Québec depuis 1990. Mais puisque la vaste majorité de ces émissions seront dues à l’exploitation du gaz albertain qui sera transporté jusqu’au complexe, le gouvernement fédéral et celui du Québec n’en tiendront pas compte dans leur décision sur le projet.

GNL Québec a présenté mercredi aux médias les grandes lignes de certains éléments qui font partie de l’étude d’impact que l’entreprise vient de déposer au ministère de l’Environnement du Québec, ainsi qu’à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale. Ces documents techniques totalisent pas moins de 5000 pages.

Dans le cadre de la réalisation de son étude d’impact, l’entreprise a commandé une « analyse de cycle de vie », et ce, « sur une base volontaire », a précisé la directrice des communications, Stéphanie Fortin. GNL Québec a ainsi mandaté le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) afin d’évaluer toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la mise en service de son complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel albertain.

Selon ce qu’a expliqué l’analyste Pierre-Olivier Roy, de Polytechnique Montréal, lors de la présentation de GNL Québec, cette modélisation prend en compte les émissions liées à l’exploration gazière, à l’exploitation du gaz naturel en Alberta (très majoritairement par fracturation), son traitement, son transport et sa liquéfaction à la future usine d’Énergie Saguenay.

Ainsi, en tenant compte de toutes les émissions de GES dites « en amont », mais aussi de celles générées par l’usine d’Énergie Saguenay, M. Roy a précisé au Devoir que les émissions annuelles totales atteindraient « 7000 kilotonnes équivalent CO₂ », soit plus de sept millions de tonnes de GES. Un document fourni en « annexe » de l’étude d’impact chiffre pour sa part le total des émissions, incluant la liquéfaction, à plus de 7,8 millions de tonnes, dont près de 3,4 millions de tonnes uniquement pour l’« extraction » du gaz.

À titre comparatif, la controversée cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, doit générer au maximum deux millions de tonnes de GES par année. Lorsqu’on regarde le plus récent bilan des émissions de GES du Québec, on constate aussi que le chiffre de sept millions de tonnes équivaut à la quasi-totalité des réductions d’émissions de GES du Québec pour la période qui va de 1990 à 2016. Au cours de cette période de 26 ans, les émissions de la province sont passées de 86,46 millions de tonnes à 78,56 millions de tonnes, soit une réduction de 7,9 millions de tonnes.

Qui plus est, l’analyse du CIRAIG démontre que « 90 % des émissions de gaz à effet de serre du cycle de vie » seront produites en amont du projet, essentiellement lors de l’« extraction » et du « traitement » du gaz, donc lors des étapes qui justifient l’existence même du complexe industriel Énergie Saguenay.

Le reste des GES, soit 10 % du total, seront produits par l’usine et le terminal maritime. Dans ce cas, GNL Québec a toutefois promis la « carboneutralité », c’est-à-dire que l’entreprise s’est engagée à « compenser » les émissions de GES. La direction a d’ailleurs affirmé mercredi que son usine sera « le complexe le plus propre au monde » pour ce type d’industrie. Selon l’analyse du cycle de vie du CIRAIG, l’usine et le terminal émettront 33 % moins de GES qu’un complexe similaire qui serait exploité « dans le golfe du Mexique », a indiqué M. Roy.

 

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Émissions ignorées

Fait à noter, les « émissions directes » produites sur le site industriel au Saguenay sont les seules qui seront prises en compte par le gouvernement fédéral dans sa décision d’autoriser, ou non, le projet d’exportation de gaz naturel. Toutes les autres émissions, dont celles imputables à l’exploitation gazière, sont écartées de la définition du « projet », puisqu’elles « échappent » au promoteur, soit GNL Québec. Quant au gouvernement de François Legault, il a déjà signifié qu’il n’exigera pas d’évaluation des émissions de la production gazière qui sera liquéfiée sur le territoire québécois, à raison de 11 millions de tonnes par année.

En présentant son projet mercredi, GNL Québec a par ailleurs soutenu que le gaz qui sera exporté vers d’éventuels acheteurs européens et asiatiques permettra de « réduire » les GES mondiaux de 28 millions de tonnes par année.

M. Roy, du CIRAIG, a cependant expliqué par la suite au Devoir qu’il n’est pas possible, pour le moment, de confirmer cette affirmation du promoteur « de façon indépendante ». « On ne peut pas se prononcer sur cet aspect », a-t-il dit, rappelant qu’il demeure des « incertitudes » sur l’utilisation finale de ce gaz, mais aussi sur les possibilités qu’il remplace des sources d’énergie plus polluantes. Selon lui, il est néanmoins plausible que le projet permette de réduire les GES ailleurs dans le monde.

Ce qui est certain, c’est que le gaz qui sera transporté par gazoduc jusqu’au Québec sera en « très grande majorité » du gaz exploité par fracturation, a indiqué l’analyste Pierre-Olivier Roy. GNL Québec n’exerce officiellement pas de contrôle sur le type de gaz qui lui sera vendu, puisque tout ce gaz venu de l’Ouest est acheminé via la « Canadian Mainline », une conduite exploitée par TransCanada.

23 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 21 février 2019 05 h 48

    8 000 000 de tonnes

    8 000 000 de tonnes!!! Par année !?! Pendant combien d’années?!? Je...???

    Je ne sais plus quoi dire dire et quoi penser d’autre de nos grands élus du Québec et du Canada si ce n’est que nous avons affaire à des gens qui ne pensent qu’à l’argent vite fait pour les uns sans considération au merdier environnemental qu’ils préparent pour tout le monde, eux compris..

    Les emplois créés, nous répètent-ils à nous en casser les oreilles. Nous sommes déjà en pénurie de main-d’œuvre, que ceux et celles qui gèrent des entreprises déjà existantes leur répètent depuis plusieurs années. Avons-nous tant besoin de nous en créer des nouveaux contribuant à nous empoisonner l’existence?!?

    • Gilles Théberge - Abonné 21 février 2019 09 h 48

      Voici un exemple probant, démontrant hors de tout doute, que Legault en bon « mon oncle » s’ecrase Devant l’évidence, à savoir que ces gaz à effet de serre, augmenteront la facture globale du ...Canada!

      Il me semble que le premier ministre Legault, devrait être solidaire du Canada, et aider celui-ci à réduire ses gaz à effet de serre, et non à les augmenter...

      C’est ça être un bon canadien.

    • Rachele Simard - Abonnée 22 février 2019 02 h 34

      Pendant combien d’années? Au moins 25 ans selon les promoteurs. Il est important de signaler que les 7,8 millions de tonnes (MT) de GES par année que les promoteurs admettent ne concernent que les émissions de GES dites « en amont ». Les GES qui seront générés « en aval » par les clients qui achèteront ce gaz et le feront brûler sont curieusement omis dans leur calcul. Refuser ainsi d'en tenir compte relève de l'aveuglement volontaire pour éviter de parler de l'impact le plus important de tous. Il n'y a aucune raison logique de ne pas l'inclure dans le calcul de l'impact total véritable, puisque si les 11 millions de tonnes métriques de gaz liquéfié qu'Énergie Saguenay vendrait chaque année n'était pas expédiées, tout porte à croire que les gazières de l'Ouest devraient le laisser dans le sol, car si elles sont prêtes à expédier leur gaz par l'est du Canada et le canal de Panama pour le vendre aux Chinois, c'est qu'il n'y a pas assez de gazoducs vers la côte Ouest pour l'expédier directement sans faire tout ce détour.

      Je me suis donné la peine de soigneusement calculer combien de GES seraient générés par année en aval, et c'est, tenez-vous bien, 30,36 millions de tonnes! À cela, il faut rajouter les émissions fugitives de méthane, environ 30 fois plus puissantes que le C02 pour réchauffer la planète, qui équivalent à 7,9% du total des quantités de gaz extraites, sans compter le fait qu'environ la moitié des puits sont mal scellés après leur exploitation, et laissent donc s'échapper du méthane durant des siècles. Si on fait le total annuel : 7,8 MT en amont + 30,36 MT en aval + 420 000 tonnes qui seront émis par le complexe d’Énergie Saguenay, selon ce qu'indique le promoteur, on arrive à 38,58 millions de tonnes de GES. Multiplié par 25 ans, ça donne presque un milliard de tonnes. Appuyer ce projet, c'est appuyer sur l'accélérateur alors que c'est sur le frein qu'il nous faut peser avec toute l'énergie du désespoir. Le choix est clair. C'est NON!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 22 février 2019 12 h 50

      "Les GES qui seront générés « en aval » par les clients qui achèteront ce gaz et le feront brûler sont curieusement omis dans leur calcul"

      Vous voulez que le Québec se rende responsable des choix des autres pays ?

      Remarquer que le mots "choix" ici est relatif.
      Par exemple; est-ce que l'on fait vraiment un "choix" ici d'avoir un aéroport qui est alimenté en pétrole par pipeline tellement que les quantités requises pour faire voler ces avions sont énorme ?

      Ce gaz est destiné pour servir le confort de personnes au même titre qu'ailleurs on envoie beaucoup de pétrole et de gaz dans une province qui lève le nez pour en produire elle même, mais qui ne saurait s'en passer. Je parle du Québec bien sûr.

  • François Tanguay - Abonné 21 février 2019 06 h 31

    Jouer avec les chiffres

    Comme d'habitude Alexandre Shields fait un excellent travail de fond sur ce dossier de GNL. Le débat autour de la globalité des émissions d'un projet ne peut se limiter aux émissions dites, internes au Québec du projet. C'est là un élément fondamental de tout débar autour des GES. Là où je ne suis pas le raisonnement dans l'article c'est quand on parle des presque 8 millions de tonnes émises sur la globalité du projet, dont 90% hors Québec. Vrai sussi. Mais pourquoi alors dire que c'est comme si nos réductions des 25 dernières années au Québec étaient rayées d'un coup par ce projet. C'est faux. Quand on calcule les émissions historique chez-nous on ne tient pas compte de celles émises hors de notre territoire. Bien qu'incomplet, parce qu'ignorant dans bien des cas l'analyse cycle de vie, ce calcul est celui qui nous sert de base pour mesurer nos propres émissions. Or, en comparant les émissions totales du projet aux réductions du Québec des 25 dernières années, vous coupez court, selon moi. Dans un monde idéal on aimerait, on devrait, tenir compte de toutes les émissions d'un projet. C'est là que se situe le débat pour le projet Énergie Saguenay, mais pour le moment si seulement 10% des émissions seraient au Québec, on ne devrait pas, il me semble, comparer le total des émissions du projet avec le bilan historique exclusif au Québec.
    On mêle deux débats. Par ailleurs, il est important de souligner qu'en effet la quasi totalité du gaz sera de source dite de shales, même si on ne peut pas séparer les mollécules selon leur provenance. Une partie déjà importante du gaz naturel consommé chez-nous provient des gisements de shales de l'ouest canadien ou du Midwest américain.
    En bout de ligne, le port méthanier au Saguenay n'est qu'une variante du projet Trans-Canada pour le pétrole. On ne fait que passer par le Québec pour alimenter les marchés extérieurs sur lesquels ont a aucune sorte de suivi possible. L'ère des énergies fossiles sera hélas encore
    avec nous pour un

    • Claude Bariteau - Abonné 21 février 2019 10 h 13


      Précision importante sur le calcul au Québec. Il n'en demeure pas moins que cette usine projetée contribuera à hausser les GES à l'échelle canadienne et internationale, d'où l'incongruité de l’aveuglement de l’ONE dans son évaluation, qui ressemble plus à un aval pour exporter du gaz de source dite de shales.

      Autres points. Selon M. Roy, l’affirmation d’une diminution de 28 millions de tonne de GES à l’échelle internationale est hypothétique, car il est impossible d’avancer que ce produit pour exportation aura cet impact. Puis, aux dires de GLN, l’usine sera la plus propre au monde, SI on exclut les intrants et les usages des extrants.

      Ça revient à dire que l’usine sera comme une Rolls-Roce alimentée d'un gaz qui a pollué dont les GES produits le seront ailleurs. D’où l’inutilité d’en prendre compte. Vraiment, comme position pour un environnement international dépollué, c'est d’une totale insignifiance. Il faut s’imaginer hors du monde pour dire que ma Rolls-Roce est propre-propre et je me fous du reste en amont et en aval parce que j'ai ma Rolls-Roce et des gens qui bien payés qui l'astiquent.

    • François Beaulé - Abonné 21 février 2019 21 h 42

      En effet, les GES émis en amont du projet du Saguenay seront émis ailleurs au Canada et non au Québec. Le problème est donc l'augmentation des émissions de GES dans l'Ouest canadien. L'Alberta ne cesse d'augmenter ses émissions et l'État fédéral ne fait rien pour lui imposer une diminution. Avec ce projet, le Québec se fait complice de ces émissions sans cesse croissantes.

  • Denis Soucy - Abonné 21 février 2019 07 h 03

    Bêtise

    Quelle bêtise!! Les GES sont un problème global que nous traitons un sectionnant les phases de leur production. Excellent façon de minimiser le problème et de rendre les projets des promoteurs acceptables. C'est à se demander pour qui travaillent nos gouvernants.

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 février 2019 08 h 07

    Rien qu'à voir, on voit bien

    Pourquoi aller plus loin? Rien qu'avec cette étude, on voit bien que ce serait un fiasco environnementale. Quoi demander de plus? À vrai dire, les études qui suivront vont plutôt en demander moins! Elles ne tiendront plus compte des GES produits par l'extraction et le transport du gaz. Elles serviront, non pas à définir l'impact global du projet, mais plutôt à rendre le projet acceptable pour les gouvernements, national, provincial et municipal. Au Québec, on appelle ça, se faire passer un sapin, sauf qu'un sapin c'est Vert et ça pollue pas. Son absence par ailleurs elle va permettre de moins réduire les GES.

  • Jean Roy - Abonné 21 février 2019 08 h 30

    Les inputs et les outputs

    En informatique, il y a un vieil adage qui dit « garbage in... garbage out! » pour signifier que le traitement de données corrompues donne nécessairement de faux résultats...

    La loi fédérale fait en sorte que l’Agence canadienne d’évaluation environnementale évaluera ce projet d’usine, selon son seul traitement interne, sans vraiment prendre en considération, non seulement les qualités de ses inputs (l’extraction, le traitement préliminaire et le transport par pipeline), mais aussi les qualités de ses outputs (notamment le transport sur le Saguenay)!

    • Gilles Théberge - Abonné 21 février 2019 12 h 10

      Ce qui entre corrompu, en ressort corrompu...

      Ça se dit en français monsieur Roy... !

    • Jean Roy - Abonné 21 février 2019 17 h 00

      Évidemment, monsieur Théberge! Que voulez-vous? J’ai utilisé, entre guillemets, une expression anglaise toute faite... mais je vous accorde que, dans le dossier qui nous intéresse, l’adjectif « corrompu » soit plus précis tout en étant moins ordurier que les traductions littérales « déchets », « détritus » ou, au figuré, « conneries ».