Énergie Saguenay: Québec promet d’évaluer les impacts du transport maritime

L'embouchure du Saguenay est considérée comme faisant partie de l'habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir L'embouchure du Saguenay est considérée comme faisant partie de l'habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

Le gouvernement du Québec promet d’évaluer les impacts du transport maritime découlant du projet Énergie Saguenay dans le cadre des audiences du BAPE. Les « mesures légales » qui permettraient de protéger le béluga du Saint-Laurent, dont l’habitat essentiel sera traversé par les navires méthaniers, relèvent toutefois de la responsabilité du fédéral, qui a décidé d’exclure l’enjeu du transport de sa décision sur le projet.

Les informations publiées par Le Devoir mardi démontrent en effet que l’Agence canadienne d’évaluation environnementale a décidé d’exclure le transport maritime du gaz naturel qui sera exporté de sa définition du « projet » qui fait l’objet d’une « évaluation environnementale ».

Cela signifie notamment que la ministre fédérale de l’Environnement ne tiendra pas compte de cet aspect pour déterminer si le projet de GNL Québec est susceptible « d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants ». Ce transport, qui sera assuré par d’imposants navires méthaniers qui traverseront le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, ne sera donc pas assujetti « aux conditions imposées au promoteur par une déclaration de décision autorisant l’exécution du projet ».

Examen du BAPE

Le gouvernement de François Legault promet toutefois qu’il tiendra compte « des impacts du transport maritime du gaz naturel liquéfié », qui doivent être « évalués par GNL Québec » dans le cadre de son étude d’impact, qui mènera par la suite à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Selon ce qu’a précisé par courriel le cabinet du ministre de l’Environnement Benoit Charette, cette étude doit également analyser « les effets sur la faune et ses habitats, les espèces menacées ou vulnérables ou susceptibles d’être ainsi désignées ou encore sur les espèces revêtant une importance spécifique sur le plan social, économique, culturel ou scientifique ».

Le béluga du Saint-Laurent est justement désigné comme étant « menacé » sur la liste des espèces menacées ou vulnérables du Québec. Le biologiste Alain Branchaud rappelle toutefois que les « mesures légales » qui protègent une espèce comme le béluga relèvent essentiellement du droit fédéral.

« Le gouvernement du Québec peut bien inclure les impacts cumulatifs d’un projet sur le béluga dans son analyse et proposer des "mesures d’atténuation", au bout du compte, ce sont les interdictions prévues aux lois fédérales, notamment la Loi sur les espèces en péril, qui seront contraignantes pour le promoteur », a expliqué mardi M. Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs, au Québec.

En vertu de la Loi sur les espèces en péril, Ottawa a l’obligation de protéger l’habitat essentiel de l’espèce, qui comprend une large portion de la rivière Saguenay, dont son embouchure. Tout ce secteur est jugé comme étant aussi crucial pour la sauvegarde du béluga que le secteur de Cacouna. Certains secteurs du Saguenay sont fréquentés assidûment par des femelles accompagnées de jeunes.

Évaluation globale

Appelé à réagir mardi aux informations publiées dans Le Devoir, le député péquiste Sylvain Gaudreault a réitéré sa demande pour une « commission conjointe » entre Québec et Ottawa pour évaluer l’ensemble des composantes du projet Énergie Saguenay.

Jugeant que l’évaluation fédérale « manque de rigueur », M. Gaudreault a soutenu qu’un examen environnemental « exhaustif » comprendrait non seulement les impacts de l’exploitation du gaz naturel en Alberta, mais aussi ceux du futur gazoduc de 750 kilomètres qui alimentera l’usine d’Énergie Saguenay, l’usine elle-même et le transport du gaz liquéfié sur le Saguenay et sur le Saint-Laurent.

La députée libérale Marie Montpetit a elle aussi réaffirmé que sa formation réclamait « une évaluation globale », tout offrant un appui politique au projet de GNL Québec : « C’est un projet que nous avons appuyé et soutenu et qui est bien reçu dans la région », a-t-elle précisé.

Du côté de Québec solidaire, on dénonce au contraire la volonté de construire un tel complexe de liquéfaction de gaz naturel qui sera exploité essentiellement par fracturation hydraulique, dans l’ouest du pays. « Non, la CAQ n’a rien compris à l’urgence climatique, sinon elle verrait l’évidence : ce projet est néfaste pour le climat, ce projet est une menace pour les écosystèmes et ce projet est un recul pour la transition économique du Québec », a insisté Ruba Ghazal, responsable solidaire en matière de transition économique et écologique.

GNL Québec doit présenter mercredi matin aux médias l’étude d’impact de son projet Énergie Saguenay, un complexe de 7,5 milliards qui doit comprendre une usine de liquéfaction et un terminal maritime sur le Saguenay. Un gazoduc de 750 kilomètres, lui aussi à construire, doit y acheminer le gaz naturel qui y sera liquéfié. Même si les deux projets sont contrôlés par des intérêts financiers étroitement liés, les promoteurs affirment qu’il s’agit de deux projets distincts.