L’insidieuse invasion du plastique

Un oiseau se tient au milieu d’une plage de Dakar, au Sénégal, jonchée de déchets de plastique.
Photo: Seyllou Agence France-presse Un oiseau se tient au milieu d’une plage de Dakar, au Sénégal, jonchée de déchets de plastique.

L’impact du plastique sur l’environnement, dans les océans notamment, est de plus en plus documenté, mais son effet sur la santé humaine l’est moins. Selon un rapport publié mardi par le Centre de droit international de l’environnement (CIEL), le plastique présente des risques pour la santé à toutes les étapes de son cycle de vie et il est urgent d’en réduire la production et la consommation.

Basé en Suisse, le CIEL est une organisation qui offre des services juridiques axés sur le droit environnemental. Il a recensé les études qui se sont attardées, au fil des ans, aux effets du plastique sur l’environnement et la santé.

L’extraction de produits pétrochimiques nécessaires à la fabrication du plastique peut conduire à la libération de produits toxiques dans l’air, l’eau et les sols. Plusieurs études se sont d’ailleurs penchées sur les risques pour la santé de produits comme le benzène, le styrène, le toluène et le propylène pour les populations habitant à proximité des usines de transformation et pour les travailleurs exposés à ces produits.

Les objets de tous les jours ne sont pas sans danger non plus, souligne le CIEL, qui note que l’impact des microparticules de plastique et de nanoplastique sur la vie marine a reçu plus d’attention que leurs effets sur la santé humaine.

Des recherches tendent toutefois à démontrer que ces particules sont présentes dans la nourriture que nous consommons, dans l’eau que nous buvons et dans l’air que nous respirons. Les additifs qui sont ajoutés au plastique pour, entre autres, lui permettre de résister à la chaleur ou pour préserver sa couleur sont aussi montrés du doigt.

Certains polymères contenus dans le plastique peuvent aussi se dégrader au contact d’aliments ou sous l’effet de la chaleur et se retrouver dans la nourriture et les boissons. Les humains ingèrent donc des microplastiques à leur insu.

Le rapport du CIEL cite d’ailleurs une étude publiée en 2018 par l’Université de médecine de Vienne, qui a analysé les selles de sujets de plusieurs pays, dont la Finlande, l’Italie, le Japon, la Pologne et la Russie. Tous les échantillons ont révélé la présence de microplastiques.

Une récente étude sur l’eau embouteillée réalisée par la plateforme médiatique Orb Media dans quatorze pays a aussi révélé que 81 % des échantillons d’eau testés contenaient des particules de plastique. D’autres recherches ont démontré la présence de microparticules de plastique dans le sang et les tissus humains.

En fin de parcours, les méthodes d’élimination du plastique comme l’incinération produisent aussi des émanations toxiques.

Principe de précaution

Le CIEL estime toutefois qu’il est difficile de dresser un portrait exact des impacts à long terme du plastique sur la santé. Des études supplémentaires et indépendantes seront requises, indique-t-on. Même la composition du plastique est mal connue. Ces lacunes rendent difficile l’élaboration d’une réglementation efficace.

« Il faudra adapter et adopter un encadrement légal afin de s’assurer d’une plus grande transparence quant à la présence de substances pétrochimiques dans tous les produits et procédés de fabrication », peut-on lire dans les conclusions du rapport.

Les gouvernements doivent considérer l’enjeu du plastique dans sa globalité afin d’être en mesure d’agir efficacement, ajoute-t-on.

Le CIEL conclut qu’en raison de l’incertitude, il faudrait appliquer le principe de précaution et réduire la production et la consommation de plastique.

« Ce rapport montre que les océans et les animaux marins ne sont pas les seuls à souffrir de notre dépendance au plastique », souligne Agnès Le Rouzic, porte-parole de la campagne Océans et Plastique de Greenpeace Canada.

Selon elle, il est grand temps qu’au Canada, le gouvernement fédéral agisse. « On aimerait que le gouvernement interdise certains types de plastique. Plusieurs pays l’on fait », dit-elle. « Il faudrait responsabiliser les entreprises et regarder les objets qu’on utilise tous les jours et qui sont en train d’engorger nos systèmes de recyclage. »