Ottawa adapte les mesures de protection des baleines noires

<p>Selon le plus récent bilan des chercheurs américains, la population se résumerait aujourd’hui à 410 baleines noires. Elles étaient près de 500 en 2010.</p>
Photo: Alexandre Shields Archives Le Devoir

Selon le plus récent bilan des chercheurs américains, la population se résumerait aujourd’hui à 410 baleines noires. Elles étaient près de 500 en 2010.

Le gouvernement fédéral imposera de nouveau toute une série de mesures de protection des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent cette année, tout en ajustant le tir de façon à faciliter la pratique de la pêche, notamment celle du homard. Ces mesures sont d’ailleurs essentielles pour maintenir les marchés d’exportations pour les pêcheries canadiennes.

Après la mort de 12 baleines noires dans le golfe en 2017, Ottawa a dû mettre en place en 2018 des mesures de fermetures de zones de pêches, mais aussi imposer une limite de vitesse pour les navires sur un vaste territoire situé en bonne partie dans la portion québécoise du golfe.

Résultat : « aucune baleine noire de l’Atlantique nord n’est morte dans les eaux canadiennes » l’an dernier, a rappelé jeudi le ministre de Pêches et Océans Canada, Jonathan Wilkinson. Avec son collègue Marc Garneau, ministre des Transports, ils ont d’ailleurs annoncé que ces mesures strictes de protection seront de nouveau en vigueur, essentiellement entre le 28 avril et le 15 novembre de cette année.

Après avoir analysé les données sur les 190 baleines noires observées en 2018 dans le golfe du Saint-Laurent, Pêches et Océans a toutefois réduit de 63 % la zone de fermeture complète des pêches avec engins statiques (essentiellement pour le homard et le crabe des neiges), un secteur qui se situe au sud-est de la Gaspésie.

Le ministère prévoit néanmoins des zones dites « dynamiques » qui pourront être fermées pour deux semaines si des baleines sont observées dans le secteur. En dehors de ces zones, la décision de fermer le secteur aux pêcheurs sera prise « au cas par cas », par exemple si trois baleines ou plus sont observées ou si une femelle et son baleineau sont observés.

Après avoir reçu de vives critiques des pêcheurs de homard, notamment de la Gaspésie, le fédéral a par ailleurs décidé de permettre la pêche très près des côtes, dans des zones peu profondes.

Navigation

Les navires commerciaux de plus de 20 mètres qui entrent dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent devront aussi respecter une limite de vitesse. Ils pourront toutefois utiliser un corridor où la vitesse normale sera permise, à moins que des baleines noires y soient observées. Ce corridor sera situé entre la Gaspésie et l’île d’Anticosti. Un autre corridor est prévu au nord d’Anticosti, un secteur où des baleines noires sont fréquemment observées.

On prévoit également une zone, située autour des Îles de la Madeleine, où les navires commerciaux pourront naviguer à une vitesse normale, une demande chère aux croisiéristes.

La surveillance aérienne intensive du golfe du Saint-Laurent, pour repérer les baleines, sera par ailleurs maintenue. Le gouvernement espère aussi développer davantage de techniques pour détecter leur présence, notamment en recourant à des techniques acoustiques.

Marchés à protéger

L’an dernier, l’industrie des pêches avait sévèrement critiqué certaines mesures imposées par le gouvernement fédéral, tandis que certains croisiéristes avaient annulé des escales prévues dans le Saint-Laurent, en raison des limites de vitesse pour leurs navires.

Le gouvernement fédéral n’a toutefois pas le choix de mettre en place des mesures de protection des baleines noires, puisque l’industrie canadienne de la pêche doit se conformer, d’ici 2022, aux dispositions du Marine Mammal Protection Act.

Cette législation américaine impose à l’industrie, y compris celle des États-Unis, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si ce n’est pas le cas, le lucratif marché américain sera tout simplement fermé. Or, pas moins de 80 % de nos ressources marines y sont exportées.

Puisque les baleines noires ont tendance à s’empêtrer facilement dans les engins de pêche, des mesures doivent être prises pour éviter les mortalités qui menacent la survie de cette espèce. De telles mesures ont d’ailleurs été prises depuis plusieurs années le long de la côte est américaine.

Situation critique

La situation de l’espèce demeure néanmoins critique. Selon le plus récent bilan des chercheurs américains, la population se résumerait aujourd’hui à 410 baleines. Elles étaient près de 500 en 2010.

Qui plus est, les données sur la reproduction indiquent un déclin marqué des naissances. Les statistiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique démontrent en effet que sur la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux. Mais les chercheurs en avaient aperçu à peine 5 en 2017, considérée alors comme une très mauvaise année, et zéro en 2018. Quatre baleineaux ont été aperçus jusqu’à présent cette année.

Selon les chercheurs du New England Aquarium, il est possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des impacts importants sur leur condition physique.

Ces animaux sont aussi particulièrement sensibles aux impacts de l’exploration pétrolière et gazière en milieu marin, en raison notamment des impacts sonores des opérations. Or, le président américain, Donald Trump, compte relancer l’exploration le long de la côte est, soit en plein coeur de l’habitat fréquenté assidûment par les baleines noires.