Suroît: les producteurs privés sont prêts à devancer la livraison d'énergie éolienne

Les producteurs privés d'énergie ont proposé hier à la Régie de l'énergie de livrer d'ici quatre ans à Hydro-Québec les 1000 MW d'énergie éolienne du programme décennal de développement de cette filière en Gaspésie. Et ils ont offert aux régisseurs, à titre de contribution au développement durable du Québec, de lancer au cours des prochains mois un appel d'offres pour une autre tranche de 1000 MW d'énergie éolienne, qu'ils livreraient aussi en 2008, en remplacement des premières livraisons du Suroît.

Les 550 mégawatts installés, qui seraient ainsi devancés de 2012 à 2008, et les 1000 MW d'un nouvel appel d'offres rapporteraient en 2008 à Hydro-Québec l'équivalent de 550 MW d'énergie thermique ferme, soit l'équivalent du projet de Bécancour ou des deux tiers du Suroît. Le reste, ont-ils dit, peut être facilement obtenu d'autres sources.

Les producteurs privés, regroupés au sein de l'Association québécoise de production d'énergie renouvelable (AQPER), estiment «qu'il ne saurait y avoir aucun doute quant au choix à exercer entre une combinaison énergétique formée de l'atome, du charbon et du gaz naturel et celle que nous proposons, qui repose sur l'utilisation rationnelle de l'eau, du vent et des résidus de la nature».

C'est pourquoi ils ont proposé à la Régie de remplacer les mégawatts du Suroît par des économies d'énergie plus systématiques, une «gestion plus "proactive" de la demande», de nouvelles petites centrales hydroélectriques «dans les conditions déjà fixées par les pouvoirs publics», un développement accéléré de l'éolien et un recours plus encadré de la biomasse, y compris l'exploitation des déchets domestiques.

Les producteurs privés en ont profité pour tenter de gruger davantage le monopole d'Hydro-Québec sur les sites hydrauliques de moyenne importance mais ils accepteraient de se retrouver en concurrence avec Hydro-Québec dans le développement de l'éolien. Ils réclament en effet maintenant de pouvoir développer des sites pouvant produire jusqu'à 100 MW. Québec avait fait passer leur fief de 25 à 50 MW il y a quelques années. Les producteurs ont affirmé avoir été informés par le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, «que le moratoire sur les petites centrales privées avait été levé». On se rappellera que le premier programme de production privée au moyen de petites centrales hydroélectriques avait fini devant la commission Doyon, qui avait démontré leur non-rentabilité. Le deuxième programme a été aboli par le gouvernement Landry à la fin de 2002, à quelques mois des élections.

D'autre part, le Groupe de recherche en macroécologie (GRAME) a insisté hier matin pour que la Régie définisse des «objectifs» précis en matière d'économies d'énergie en remplacement des actuels plans sans direction. Ces objectifs ne devraient pas uniquement s'appliquer comme maintenant à l'électricité et au gaz mais aussi aux formes les plus polluantes d'hydrocarbures, comme le mazout et l'essence. Le groupe environnemental estime que les évaluations des impacts des projets énergétiques thermiques doivent désormais s'étendre au cycle de vie complet, comme le fait de calculer non seulement les émissions à la cheminée mais aussi celles nécessaires à l'extraction et au transport du gaz naturel utilisé. Le GRAME s'est aussi attardé à démontrer comment les risques financiers liés aux centrales thermiques sont importants. Avec Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, le GRAME a démontré que les coûts éventuellement associés aux émissions de gaz à effet de serre doivent se calculer sur 30 ans selon une stricte logique financière. Les scénarios déposés hier, inspirés de ceux désormais exigés en Colombie-Britannique, indiquent que ce coût se situera entre 347 et 933 millions de dollars pour une centrale comme le Suroît.

Pour leur part, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, Stratégies énergétiques et Stop ont voulu démontrer avec leurs experts que la géothermie, la modernisation rapide des normes de construction et une redéfinition substantielle de la stratégie québécoise d'efficacité énergétique pourraient contribuer à remplacer le Suroît par des mesures peu coûteuses et très rentables pour Hydro-Québec. Ils ont proposé à la Régie de fixer à 3 % l'objectif de réduction de la consommation, soit six TWh, qui correspondent au tiers de l'accroissement anticipé de la demande d'ici 2010.

Quant à la Corporation de gestion intégrée de la ressource éolienne, qui épaule le développement éolien en Gaspésie, il a proposé de développer les 8000 MW «immédiatement exploitables» au Québec dans sa région, sur la Côte-Nord et à la Baie-James. Mais il a réclamé qu'Hydro-Québec cesse d'accaparer les crédits de gaz à effet de serre qu'obtiendront éventuellement les producteurs éoliens afin de céder plutôt ces sommes aux MRC des régions en cause pour stimuler leur développement et celui de cette filière.