Le climat erratique pose de nouveaux défis

Les rues de la métropole étaient submergées jeudi matin avec la pluie tombée et la fonte de la neige.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les rues de la métropole étaient submergées jeudi matin avec la pluie tombée et la fonte de la neige.

Après les bordées de neige et les grands froids, plusieurs régions du Québec ont reçu jeudi un amalgame de pluie et de verglas, avant que le mercure ne replonge en soirée. Les Québécois devront d’ailleurs apprendre à vivre avec ces épisodes météorologiques intenses au cours des prochaines années. Mais le problème, c’est que les infrastructures publiques ne seraient pas prêtes pour cette nouvelle réalité climatique bouleversée.

Dans plusieurs villes de la province, dont Québec et Montréal, les citadins ont eu beaucoup de mal à se déplacer jeudi, en raison des précipitations abondantes et des accumulations d’eau, mais aussi à cause des trottoirs et des artères glacés.

Tout en invitant les Montréalais à faire preuve de « résilience » dans les circonstances, la mairesse Valérie Plante a évoqué un « cocktail météo » complexe pour la Ville, prise entre le déneigement, le déblocage des égouts et l’épandage d’abrasifs sur des trottoirs devenus bien souvent impraticables. « Ce ne sera pas facile » vendredi, a-t-elle ajouté au cours d’un point de presse.

Météo variable

Météorologue à Environnement Canada, Marie-Ève Giguère expliquait d’ailleurs jeudi que le thermomètre, redescendu sous zéro en fin de journée, devrait entraîner le gel de la « slush » qui s’est accumulée en raison du mélange de neige et d’eau.

Qui plus est, les prochains jours verront un retour des températures de saison, donc des températures froides. « On va finir le mois de janvier dans le froid », a-t-elle ajouté. Mais est-ce que l’épisode météorologique que le Québec vient de traverser est exceptionnel ? « Ce n’est pas du jamais vu, mais la combinaison de tout cela est assez inhabituelle », selon Mme Giguère.

S’il est difficile de lier ce seul « cocktail » météo aux impacts du réchauffement climatique, le directeur général du consortium de recherche Ouranos, Alain Bourque, prévient que les Québécois devront de plus en plus s’habituer à de grandes « variabilités » du climat, notamment en période hivernale.

« Les scénarios climatiques sont assez clairs. On anticipe une augmentation des températures en période hivernale, mais aussi une augmentation assez importante des précipitations, de l’ordre de 20 %. On peut donc s’attendre à recevoir beaucoup plus de précipitations en période hivernale », a-t-il d’abord expliqué jeudi.

« Les grandes variations de température, des grands froids aux redoux, on a déjà vu cela dans le passé. Mais comme nous sommes de plus en plus autour du point de congélation, les cycles de gel et de dégel, mais aussi les alternances entre la neige et la pluie, seront beaucoup plus fréquents », a ajouté M. Bourque, en évoquant des études qui pointent aussi vers une hausse possible des épisodes de verglas.

Infrastructures vulnérables

Les grandes infrastructures publiques ne seraient toutefois pas adaptées à cette nouvelle réalité, qui devrait s’intensifier au cours des prochaines années.

« Il y a deux aspects qui se combinent. Nous ne sommes pas prêts, tout d’abord parce que nos infrastructures ont beaucoup vieilli, selon Alain Bourque. Et d’un point de vue de changements climatiques, nous ne sommes pas prêts, parce que nous utilisons toujours les données climatiques historiques comme hypothèse centrale pour déterminer quel niveau de service on doit atteindre. »

Selon des données compilées par le gouvernement fédéral et publiées en décembre dernier, l’adaptation aux changements climatiques ne serait en effet pas prise en compte dans la gestion d’infrastructures pourtant cruciales.

Ainsi, à l’échelle nationale, 41,8 % des propriétaires d’infrastructures, qui sont souvent des autorités publiques, « n’ont pas considéré l’adaptation aux changements climatiques comme facteur lors de la prise de décisions concernant les actifs d’infrastructures essentielles ».

Dans le cas des infrastructures de gestion des eaux usées, le taux de prise en compte dans le « processus décisionnel » se situe à seulement 36,4 %. Il chute à 29 % dans le cas des ponts et des tunnels, puis à 18 % pour les transports en commun. Par ailleurs, dans tous les cas, le Québec est globalement moins préparé que le reste du pays.