Des espèces menacées sur la route d’un futur gazoduc

Photo: iStock Les documents produits par le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec indiquent que le corridor à l’étude pour la construction du gazoduc traverse l’habitat d’«espèces fauniques en situation précaire», dont celui du carcajou.

Le corridor à l’étude pour la construction du gazoduc de 750 kilomètres qui transportera du gaz naturel de l’Alberta jusqu’à la future usine de liquéfaction d’Énergie Saguenay traverse l’habitat de plusieurs espèces menacées ou vulnérables, indiquent les données scientifiques gouvernementales obtenues par Le Devoir.

Les documents produits par le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), une unité intégrée au ministère de l’Environnement, obtenus à la suite de demandes répétées sur une période de sept semaines, indiquent que le corridor à l’étude pour la construction du gazoduc, de l’Abitibi au Saguenay, traverse l’habitat d’« espèces fauniques en situation précaire », donc « menacées ou vulnérables ou susceptibles d’être ainsi désignées » en vertu de la législation québécoise.

La liste fournie compte 17 espèces, dont le carcajou et la tortue mouchetée, toutes deux désignées comme étant « en voie de disparition » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. On y note aussi, entre autres, la présence du râle jaune, une espèce d’oiseau « menacée », et celle de trois espèces de chauve-souris. Un total de 18 espèces floristiques en situation précaire sont également présentes dans le couloir ciblé pour la construction du gazoduc.

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Le CDPNQ précise toutefois que ces listes ne constituent pas un bilan « définitif » des espèces en situation précaire sur ce territoire. « D’autres espèces en péril dont les occurrences n’ont pas été répertoriées pourraient se retrouver dans la zone d’étude », affirme aussi le biologiste Alain Branchaud, directeur de la Société pour la nature et les parcs du Canada, section Québec.

Selon lui, il existe toutefois peu de mesures en place présentement pour assurer la protection des « habitats » des espèces menacées dans le corridor, en dehors des aires protégées. Il souligne ainsi qu’« aucun habitat essentiel » n’est désigné et formellement protégé par le gouvernement fédéral.

Atténuer les impacts

Puisque la localisation précise des milieux naturels fréquentés par les espèces menacées est de nature confidentielle, il n’est pas possible de savoir à l’heure actuelle où se trouvent les principaux enjeux de conservation.

L’entreprise Gazoduq promet cependant de mener des travaux de recherche « sur le terrain » au cours des prochains mois afin de documenter précisément la présence des espèces menacées ou vulnérables, dans le cadre de la réalisation de l’étude d’impact de ce projet de 4,5 milliards de dollars.

« Déjà, avec notre corridor, on a fait des efforts pour éviter l’aire de répartition du caribou forestier, les aires protégées et les projets d’aires protégées. Évidemment, avec un corridor de 30 à 60 km de largeur, il en demeure. Mais il est certain que notre tracé va éviter les aires protégées et les projets d’aires protégées. Notre objectif est aussi d’éviter au maximum les zones écologiques sensibles, comme celles où il y aurait des espèces menacées. C’est notre objectif de les éviter le plus possible », explique Marie-Christine Demers, directrice aux affaires publiques chez Gazoduq.
 

La construction impliquera en outre plusieurs « franchissements de cours d’eau ». Le corridor à l’étude englobe en effet plus de 20 400 km de cours d’eau. « Les meilleures techniques de l’industrie » seront utilisées pour les franchissements de cours d’eau et de milieux humides, souligne Mme Demers.

Une analyse confidentielle commandée par l’entreprise GNL Québec a révélé que l’appui des Québécois à un projet de gazoduc est faible le long du tracé proposé, et donc qu’« il y a du travail à faire » pour les convaincre d’accepter un tel projet. La décision sur la construction revient cependant au gouvernement fédéral.

Longues démarches

L’obtention des données du CDPNQ a nécessité sept semaines de démarches auprès du ministère de l’Environnement, qui a finalement transmis les informations demandées le vendredi 18 janvier en après-midi. Celles-ci ont donc été envoyées la journée même où se terminait la période de consultation publique au cours de laquelle tout citoyen ou tout groupe pouvait transmettre au ministère « ses observations sur les enjeux que l’étude d’impact du projet devrait aborder ».

Les deux documents officiels transmis au Devoir, et produits en réponse à une demande envoyée le 30 novembre, sont pourtant datés du 11 et du 13 décembre. Ces dates sont cohérentes avec l’accusé de réception du CDPNQ, qui avait indiqué le 3 décembre qu’il avait « comme objectif de donner suite aux demandes reçues par courriel dans les meilleurs délais [2 à 20 jours ouvrables] ».

Un groupe environnemental qui a fait la même demande, à la même période, a d’ailleurs reçu les informations réclamées dans un délai de deux jours. Un porte-parole du ministère a toutefois indiqué vendredi qu’il venait de recevoir l’« OK des autorités du ministère » pour la transmission des informations. Il a évoqué le caractère délicat des données demandées pour justifier le délai de réponse.

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