Déjà trois baleineaux noirs observés cette année

Il ne subsiste qu'une centaine de femelles baleines noires dans l'Atlantique Nord.
Photo: New England Aquarium Il ne subsiste qu'une centaine de femelles baleines noires dans l'Atlantique Nord.

Après deux années particulièrement inquiétantes, les chercheurs qui étudient les baleines noires de l’Atlantique Nord ont enfin des nouvelles qui pourraient s’avérer encourageantes : trois baleineaux ont jusqu’ici été aperçus le long des côtes américaines. Mais la situation de l’espèce demeurant critique, Ottawa promet la mise en place de mesures de protection dans le golfe du Saint-Laurent encore cette année.

Les femelles baleines noires donnent habituellement naissance à leur baleineau entre la fin de novembre et le début de mars, essentiellement au large des côtes des États de la Géorgie et de la Floride. La saison de mise bas 2017-2018 avait toutefois été particulièrement dramatique, puisqu’aucun baleineau n’avait vu le jour.

Cette fois-ci, « nous sommes encouragés puisque nous avons vu jusqu’ici trois baleineaux », souligne Amy Knowlton, une scientifique qui collabore au programme de recherche sur la baleine du New England Aquarium depuis 1983. Depuis la fin de décembre, trois jeunes ont en effet été identifiés, nageant aux côtés de leur mère, au large des côtes de la Floride. Le plus récent cas a été confirmé vendredi en fin de journée. Dans un des cas, la femelle a par ailleurs déjà été observée dans le golfe du Saint-Laurent.

Déclin marqué

Mme Knowlton précise toutefois que ces bonnes nouvelles sont à prendre avec un enthousiasme modéré. « Il est très tôt pour savoir si cette saison des naissances sera une bonne année », dit-elle. Elle rappelle ainsi qu’au cours de la dernière décennie, l’espèce a connu des années de naissances nettement plus nombreuses, avant d’accuser un déclin marqué dans le nombre de baleineaux.

Pour les dernières années, les données de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) indiquent en effet que 17 nouveau-nés avaient été identifiés en 2015, 22 en 2013, 22 en 2011 et 39 en 2009. Sur la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux. Mais les chercheurs en avaient aperçu à peine 5 en 2017, considérée alors comme une très mauvaise année.

Cette année 2017 avait été d’autant plus sombre que pas moins de 17 baleines noires adultes avaient été retrouvées mortes, dont 12 dans les eaux canadiennes. Ces mortalités, qui dépassent la vingtaine d’individus sur deux ans, ont d’ailleurs amené les chercheurs américains à revoir à la baisse leur évaluation de la population totale, qui ne dépasserait pas les 410 baleines. Elles étaient près de 500 en 2010.

Protection au Canada

Après les mortalités records de 2017, le gouvernement fédéral a imposé des mesures de protection importantes pour la baleine noire dans les eaux canadiennes, dont des restrictions pour l’industrie de la pêche et une limite de vitesse pour les navires commerciaux.

Des mesures sont également à prévoir cette année, indique Pêches et Océans Canada. « Le ministère a amorcé des discussions avec les pêcheurs, les entreprises de transformation et les organisations autochtones du Québec et du Canada atlantique pour discuter des mesures de 2018 et se préparer à l’ouverture des saisons de pêche », précise-t-on par courriel.

« Les mesures de gestion visant à protéger les baleines noires en 2019 sont en cours d’élaboration et seront annoncées avant l’ouverture des saisons de pêche », ajoute Pêches et Océans. L’an dernier, la première baleine noire a été signalée dès le mois d’avril dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Au total, quelque 190 baleines ont été observées au cours de 2018, mais aucune mortalité n’a été rapportée.

Animaux vulnérables

Les baleines noires sont particulièrement vulnérables aux collisions avec les navires, puisqu’elles ont l’habitude de nager en surface, notamment pour se nourrir. Elles sont aussi souvent victimes d’empêtrements dans des engins de pêche. Près de 80 % des baleines noires adultes se retrouvent empêtrées au cours de leur existence.

Illustration: Pêches et Océans Canada

Selon les chercheurs du New England Aquarium, il est d’ailleurs possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des impacts importants sur leur condition physique.

Ces animaux sont aussi particulièrement sensibles aux impacts de l’exploration pétrolière et gazière en milieu marin, en raison notamment des impacts sonores des opérations. Or, le président américain, Donald Trump, compte relancer l’exploration le long de la côte est, soit en plein cœur de l’habitat fréquenté assidûment par les baleines noires. Son gouvernement a même demandé à des employés de travailler durant le shutdown gouvernemental pour accélérer l’approbation des permis d’exploration.