Québec n’évaluera pas les GES de la production gazière albertaine pour GNL Québec

Le ministre de l’Environnement Benoit Charette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement Benoit Charette

Après avoir affirmé en fin de matinée mercredi que le gouvernement du Québec tiendrait compte des émissions de gaz à effet de serre de la production du gaz naturel qui sera liquéfié au Québec avec le projet Énergie Saguenay, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a corrigé le tir en après-midi : l’examen se limitera au seul territoire québécois.

« L’évaluation qui nous revient est celle des émissions de gaz à effet de serre émis sur le territoire québécois. Si jamais ça avait été interprété autrement tout à l’heure, c’est mon erreur », a précisé le nouveau ministre de l’Environnement à sa sortie du Conseil des ministres, mercredi.

Plus tôt en journée, avant d’entrer au conseil des ministres, M. Charette avait pourtant affirmé le contraire, promettant de tenir compte des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’exploitation (émissions dites « en amont ») du gaz naturel qui sera transporté de l’Alberta au Québec. « Ça va faire partie de l’évaluation environnementale », avait-il alors assuré.

« On veut avoir une vision complète avec l’échéancier de 2030 en tête », avait-il ajouté. Selon les objectifs du gouvernement, le Québec devrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990. La réduction avoisine aujourd’hui les 10 %.

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Pourquoi est-ce que le Québec n’évalue pas les impacts environnementaux de la production du gaz naturel, qui sera exploité essentiellement par fracturation en Alberta ? « Cette évaluation, elle est faite sur le reste du territoire », a répondu le ministre à la sortie du conseil des ministres. « Nous, notre évaluation concerne le territoire québécois. »

« Les gaz à effet de serre émis antérieurement à leur arrivée en sol québécois, si je peux m’exprimer ainsi, seront calculés dans l’évaluation globale à travers le Canada », a ajouté celui qui a été nommé ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques la semaine dernière.

GES et fracturation

Le Devoir avait déjà révélé en décembre dernier que le gouvernement de François Legault n’obligerait pas le promoteur de l’usine de liquéfaction à tenir compte des impacts environnementaux de la production du gaz naturel albertain qui serait traité au Saguenay, en vue de son exportation.

« Non, l’initiateur n’est pas tenu d’évaluer les impacts potentiels associés à la production de gaz naturel puisque son projet ne comprend pas cette activité », avait alors affirmé le ministère.

Selon les groupes écologistes, l’examen de ces impacts est d’autant plus nécessaire que l’essentiel du gaz qui sera acheminé au Québec sera exploité en utilisant la méthode controversée de la fracturation. Cette exploitation gazière génère des fuites de gaz, notamment de méthane, et nécessite l’utilisation de millions de litres d’eau pour chaque forage.

Plusieurs processus

En présentant mercredi les « priorités » environnementales du gouvernement caquiste, le ministre a par ailleurs répété à plusieurs reprises qu’il n’était pas question de mener une évaluation environnementale globale des différentes composantes du projet de GNL Québec, à savoir le gazoduc, l’usine de liquéfaction du Saguenay et le terminal maritime.

« C’est un enjeu que j’ai vraiment bien étudié. Il y a vraiment deux volets distincts et ce qu’on dit, c’est qu’en deux études, on aura l’occasion, et la population, à deux moments bien distincts de faire valoir son point de vue. Donc, ultimement, on risque d’avoir un meilleur projet avec deux études plutôt qu’une seule », a-t-il fait valoir mercredi, avant de se rendre au conseil des ministres.

Une évaluation environnementale est en cours sous l’égide de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale pour le projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime, soit le projet appelé Énergie Saguenay. Une autre évaluation, complètement distincte, sera menée au Québec par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Quant au gazoduc, un examen est prévu par l’Office national de l’énergie. Un autre examen sera mené par le BAPE, même si la décision appartient uniquement au gouvernement fédéral en vertu de la législation mise en place par les conservateurs en 2012.

Si le calendrier actuel est maintenu, tout indique que le projet d’usine de liquéfaction et de terminal pourrait être approuvé avant celui du gazoduc de 750 kilomètres qui transportera le gaz jusqu’à la future usine.