Québec insiste pour évaluer le projet de GNL Québec pièce par pièce

Le nouveau ministre de l’Environnement Benoit Charette
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le nouveau ministre de l’Environnement Benoit Charette

Le nouveau ministre de l’Environnement Benoit Charette estime que la tenue de plusieurs évaluations environnementales pour le projet d’exportation de gaz albertain de GNL Québec permettra « d’avoir un meilleur projet ».

En présentant mercredi les « priorités » environnementales du gouvernement caquiste, le ministre a répété à plusieurs reprises qu’il n’était pas question de mener une évaluation environnementale globale des différentes composantes du projet de GNL Québec, à savoir le gazoduc, l’usine de liquéfaction du Saguenay et le terminal maritime.

Des groupes écologistes, des scientifiques et des avocats ont réclamé la semaine dernière la tenue d’une telle évaluation, jugeant que cette formule permettrait de tenir compte de tous les impacts du projet dans le cadre d’un seul examen environnemental. Les trois partis d’opposition ont aussi affirmé au Devoir mardi qu’ils privilégiaient une étude « globale ».

« Un meilleur projet »

Le ministre estime au contraire que le fait d’évaluer les différentes composantes du projet selon des études différentes menées à la fois par Ottawa et Québec permettra d’améliorer le projet.

« C’est un enjeu que j’ai vraiment bien étudié. Il y a vraiment deux volets distincts et ce qu’on dit, c’est qu’en deux études, on aura l’occasion, et la population, à deux moments bien distincts de faire valoir son point de vue. Donc, ultimement, on risque d’avoir un meilleur projet avec deux études plutôt qu’une seule », a-t-il fait valoir mercredi, avant de se rendre au Conseil des ministres.

Même s’il dit que son gouvernement veut mettre en place un processus d’évaluations environnementales « plus efficient » et « plus pratique » dans le cadre de son mandat, M. Charette a défendu la façon de procéder pour GNL Québec. « On parle de deux volets bien distincts. Oui, il peut y avoir un actionnariat qui est commun, mais ça demeure deux volets et deux enjeux environnementaux complètement distincts », a-t-il affirmé.

Les entreprises Gazoduq et GNL Québec, qui pilotent les différents éléments du projet, affirment la même chose. Elles ont aussi effectivement un « actionnariat commun ». Selon les informations disponibles au Registre des entreprises du Québec, les deux entreprises sont étroitement liées. Dans les deux cas, le premier actionnaire, majoritaire, est la société en commandite GNL Québec. Qui plus est, la « liste des administrateurs » inscrite au Registre est la même pour GNL Québec et Gazoduq.

Plusieurs processus

« Ce qui est formidable avec l’approche qu’on retient, c’est que le promoteur aura la pression pour vanter les mérites de son projet », a ajouté le ministre de l’Environnement.

Les groupes environnementaux affirment plutôt qu’une telle façon de faire complique la tâche pour la participation des citoyens, qui doivent notamment se présenter à plusieurs audiences publiques.

Une évaluation environnementale est en cours sous l’égide de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale pour le projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime, soit le projet appelé Énergie Saguenay. Une autre évaluation, complètement distincte, sera menée au Québec par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Quant au gazoduc, un examen est prévu par l’Office national de l’énergie. Un autre examen sera mené par le BAPE, même si la décision appartient uniquement au gouvernement fédéral en vertu de la législation mise en place par les conservateurs en 2012.

 

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Si le calendrier actuel est maintenu, tout indique que le projet d’usine de liquéfaction et de terminal pourrait être approuvé avant celui du gazoduc de 750 kilomètres qui transportera le gaz jusqu’à la future usine.

Gaz à effet de serre

Le Devoir avait par ailleurs révélé en décembre dernier que le gouvernement de François Legault n’obligerait pas le promoteur de l’usine de liquéfaction à tenir compte des impacts environnementaux de la production du gaz naturel albertain qui serait traité au Saguenay, en vue de son exportation.

« Non, l’initiateur n’est pas tenu d’évaluer les impacts potentiels associés à la production de gaz naturel puisque son projet ne comprend pas cette activité », avait alors affirmé le ministère.

Selon les groupes écologistes, l’examen de ces impacts est nécessaire parce que l’essentiel du gaz qui sera acheminé au Québec sera exploité en utilisant la méthode controversée de la fracturation. Cette exploitation gazière génère des fuites de gaz, notamment de méthane, et nécessite l’utilisation de millions de litres d’eau pour chaque forage.

Par ailleurs, des experts de Pêches et Océans Canada ont rédigé un avis scientifique qui conclut que l’augmentation du trafic maritime sur le Saguenay et dans l’estuaire du Saint-Laurent, notamment imputable au développement du projet Énergie Saguenay, irait à l’encontre d’un plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent.

L’impact du transport maritime du projet Énergie Saguenay doit faire partie de l’évaluation du BAPE, mais aussi de l’étude fédérale, ont confirmé les ministères concernés à Ottawa et à Québec.

Avec Isabelle Porter