L'opposition réclame une étude globale du projet de GNL Québec

Le gaz naturel liquéfié au complexe Énergie Saguenay sera exporté par des navires qui traverseront le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le gaz naturel liquéfié au complexe Énergie Saguenay sera exporté par des navires qui traverseront le parc marin du Saguenay—Saint-Laurent.

Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale réclament une évaluation environnementale globale du projet d’exportation de gaz naturel albertain piloté par GNL Québec. Les différents éléments de ce projet industriel de 12 milliards de dollars sont actuellement évalués à la pièce, en vertu d’études distinctes menées à la fois par Ottawa et Québec.

Le Devoir révélait mardi que le gouvernement de François Legault rejette l’idée de mener une évaluation globale de l’imposant projet qui vise à acheminer du gaz de l’ouest canadien au Québec, afin qu’il soit liquéfié et exporté par voie maritime. À l’instar des promoteurs, Québec juge la chose impossible, puisque le gazoduc et le complexe industriel Énergie Saguenay seront construits par des entreprises théoriquement distinctes.

« C’est de la poudre aux yeux. C’est le même promoteur qui pilote les deux projets et ce sont les mêmes investisseurs qui les contrôlent », a répliqué mardi le député péquiste Sylvain Gaudreault, porte-parole de sa formation en matière d’environnement.

« Le gazoduc et Énergie Saguenay ont les mêmes actionnaires et le ministre de l’Environnement Benoît Charrette veut nous convaincre que ce sont deux projets différents. Est-ce qu’il nous prend pour des valises ? », a demandé pour sa part la porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.

Selon les informations disponibles au Registre des entreprises du Québec, on constate en effet que les deux entreprises sont étroitement liées. En fait, dans les deux cas, le premier actionnaire, majoritaire, est la Société en commandite GNL Québec. Qui plus est, la « liste des administrateurs » inscrite au Registre est la même pour GNL Québec et Gazoduq. Dans les deux cas, les noms indiqués sont ceux des mêmes deux administrateurs américains.

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Un seul projet

Sylvain Gaudreault rejette par ailleurs l’argument du cabinet du ministre Charette, qui a fait valoir que le projet de gazoduc de 750 km et celui de l’usine de liquéfaction d’Énergie Saguenay « ont des échéanciers de réalisation différents, ce qui rendrait difficile l’application d’une analyse conjointe ».

« Ces deux projets ne peuvent exister indépendamment. On ne peut pas liquéfier de gaz naturel au Saguenay s’il n’y a pas de gazoduc pour le transporter. Et on ne voudra pas transporter de gaz naturel jusqu’au Saguenay s’il n’y a pas d’usine pour le liquéfier. Ces deux projets devraient donc être évalués comme faisant partie d’un seul projet », a fait valoir M. Gaudreault.

Pour Québec solidaire, cette « division » du projet d’exportation de gaz naturel est une stratégie des promoteurs. « Dans les faits, le ministre et les promoteurs savent très bien que le mégaprojet ne passerait pas le test global s’il était évalué dans son ensemble. Les marchands d’énergie sale sont passés maîtres dans l’art de tourner les coins ronds pour échapper aux examens gouvernementaux. Loin d’être le chien de garde dont le Québec a besoin, le ministre Charette vient d’échouer à son premier test », a soutenu Manon Massé.

Le Parti libéral du Québec réclame lui aussi une évaluation de l’ensemble du projet. « Le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel est actuellement étudié de façon distincte, en vertu d’évaluations menées à la fois par le fédéral et par le provincial. Nous souhaitons que le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’entende au plus vite avec le gouvernement fédéral pour convenir d’un protocole d’évaluation conjoint », a souligné la porte-parole libérale en matière d’environnement, Marie Montpetit.

Selon Mme Montpetit, l’examen environnemental doit tenir compte « des impacts tant sur le climat que sur la biodiversité ». L’évaluation doit aussi « se faire dans le respect des compétences du Québec et de la manière la plus efficace possible ».

Pour le député Sylvain Gaudreault, il importe d’ailleurs que « seul le Québec puisse avoir autorité sur le projet de gazoduc » qui servira à transporter au Québec le gaz naturel, exploité par fracturation en Alberta. Or, ce projet est actuellement sous l’autorité de l’Office national de l’énergie, qui a le pouvoir de recommander au gouvernement fédéral d’autoriser ou non la construction.

GES et bélugas

Tout en disant vouloir d’abord « respecter » le processus d’évaluation environnementale de l’ensemble du projet, le cabinet de François Legault estime déjà que le complexe industriel pourrait être intéressant pour le Québec. « S’il devait se réaliser, ce projet en sera un d’importance puisqu’on parle de milliers d’emplois payants », a indiqué au Devoir Nadia Talbot, attachée de presse au cabinet du premier ministre.

Pour le moment, le ministère de l’Environnement du Québec ne prévoit pas d’obliger le promoteur du projet à évaluer les impacts environnementaux de la production du gaz naturel qui sera transporté jusqu’au Québec. Selon les groupes écologistes, l’examen de ces impacts est d’autant plus nécessaire que l’exploitation gazière par fracturation génère des fuites de gaz, notamment de méthane, et nécessite l’utilisation de millions de litres d’eau pour chaque forage.

Par ailleurs, des scientifiques de Pêches et Océans Canada ont rédigé un avis scientifique qui conclut que l’augmentation du trafic maritime sur le Saguenay et dans l’estuaire du Saint-Laurent, notamment imputable au développement du projet Énergie Saguenay, irait à l’encontre un plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent.

Le gaz serait exporté « en Europe, en Asie et vers d’autres marchés » à bord de méthaniers de type Q-Flex. Ces imposants navires atteignent une longueur de 297 mètres et une largeur de 45 mètres. Ils traverseraient notamment des secteurs de l’habitat du béluga aussi importants que le secteur de Cacouna, selon les scientifiques qui étudient l’espèce.

Quant au gazoduc, sa construction impliquera plusieurs « franchissements de cours d’eau » et le corridor à l’étude comprend plusieurs eskers, 20 400 km de cours d’eau, des milliers de milieux humides et plusieurs dizaines d’habitats fauniques, dont certains sont essentiels pour des espèces menacées.

Les travaux « préliminaires » sur le terrain ont commencé en 2018 et doivent se poursuivre au printemps prochain. La mise en exploitation est prévue pour 2025. Le promoteur a promis d’éviter les milieux naturels sensibles.