Le réchauffement climatique franchit la barre du 1°C

Les incendies de l’été en Californie illustrent bien les conséquences du réchauffement climatique.
Photo: Carlo Allegri Getty Images Agence France-Presse Les incendies de l’été en Californie illustrent bien les conséquences du réchauffement climatique.

Les années se suivent et le thermomètre planétaire continue de grimper dangereusement. De nouvelles données scientifiques publiées lundi démontrent en effet que les quatre dernières années ont été les plus chaudes enregistrées. La température mondiale moyenne est aujourd’hui supérieure de 1,1 °C par rapport à la situation qui prévalait avant l’ère industrielle et le développement de l’activité humaine basé sur la combustion d’énergies fossiles.

Le portrait climatique publié par le programme européen d’observation de la Terre Copernicus est formel : « Les quatre dernières années ont été les plus chaudes enregistrées », 2018 étant en quatrième position, avec une température de 0,4 °C plus élevée que la moyenne 1981-2010.

« En 2018, nous avons encore une fois vu une année très chaude. Les événements climatiques dramatiques comme l’été chaud et sec dans plusieurs régions d’Europe ou l’augmentation de la température autour des régions de l’Arctique sont des signaux alarmants pour nous tous », a résumé lundi le directeur de Copernicus, Jean-Noël Thépaut, au moment de la publication des données.

Selon cette analyse scientifique, la première à dévoiler des données complètes pour l’année 2018, « le réchauffement le plus prononcé » par rapport à la moyenne 1981-2010 a été observé en Arctique, une vaste région où le thermomètre monte rapidement.

Ce constat est d’autant plus préoccupant que la fonte appréhendée du pergélisol qui couvre 25 % des régions nordiques devrait libérer des quantités très importantes de gaz à effet de serre, dont du méthane. Ce pergélisol, qui a déjà commencé à fondre en raison des bouleversements climatiques, contiendrait au moins l’équivalent de 15 années d’émissions de gaz à effet de serre mondiales.

Qui plus est, le réchauffement observé dans le Nord accélère la fonte des glaces du Groenland, qui disparaissent aujourd’hui à un niveau 50 % plus élevé qu’avant l’ère industrielle, concluait en décembre une étude publiée dans le magazine scientifique Nature.

Cette situation pourrait accélérer la hausse du niveau des océans à un point tel qu’« il ne sera pas possible de nous y adapter », prévenait d’ailleurs le coauteur de l’étude, Michiel van den Broeke, en entrevue au Guardian. Si toute la glace du Groenland fondait, le niveau des océans augmenterait de sept mètres.

Le niveau de ces mêmes océans est déjà en train de monter, notamment parce qu’ils absorbent 90 % de la chaleur générée par les gaz à effet de serre issus de l’activité humaine, l’équivalent de trois à six bombes atomiques chaque seconde, selon un calcul publié par The Guardian lundi.

Vers la barre du 1,5 °C

Les nouvelles données publiées par Copernicus démontrent par ailleurs que la trajectoire climatique actuelle nous rapproche toujours plus d’un réchauffement de 1,5 °C, soit l’objectif — à ne pas dépasser — le plus ambitieux fixé dans le cadre de l’Accord de Paris. La planète a ainsi déjà gagné 1,1 °C par rapport aux températures qui prévalaient avant l’ère industrielle.

Cette augmentation du thermomètre mondial n’a rien d’anodin, selon l’ONU : « le changement climatique affecte déjà les populations, les écosystèmes et les moyens de subsistance dans le monde entier, avec des effets tels que les inondations ou les sécheresses qui frappent de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables ».

Qui plus est, un virage « sans précédent » sera nécessaire pour éviter de dépasser un réchauffement de 1,5 °C, conclut le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Pour y parvenir, l’humanité devrait réduire ses émissions de CO₂ de 45 % d’ici 2030, puis les faire complètement disparaître pour 2050. Un scénario qui permettrait d’éviter le pire, mais qui impliquerait de laisser dans le sol la vaste majorité des réserves pétrolières connues, selon les scientifiques.

La communauté internationale est toutefois très loin du compte, selon le GIEC. Les engagements actuels des États signataires de l’Accord de Paris conduisent le monde vers une hausse moyenne des températures de plus de 3 °C. Une situation qui provoquerait une multiplication des événements climatiques extrêmes, un recul des zones cultivables et des ressources en eau dans plusieurs régions, l’afflux de millions de réfugiés climatiques et la disparition de pans majeurs de la biodiversité mondiale.

CO₂ en hausse

Malgré l’évidence scientifique, les représentants de 196 pays ne sont pas parvenus à s’entendre pour augmenter leur ambition climatique lors de la plus récente conférence de l’ONU sur le climat, la COP24, en décembre dernier.

L’analyse de Copernicus souligne d’ailleurs que la concentration de CO₂ dans l’atmosphère ne cesse de grimper, en raison de notre dépendance aux énergies fossiles. Celle-ci a atteint 406,7 parties par million (ppm) en 2018, battant ainsi encore une fois le record de l’année précédente.

Le problème, c’est que le seuil des 400 ppm constitue un véritable signal d’alarme, selon le GIEC, qui estime que, pour parvenir à limiter le réchauffement climatique entre 2 °C et 2,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que la concentration de CO₂ plafonne entre 350 et 400 ppm.

Jusqu’à la révolution industrielle, ce taux n’avait pas dépassé les 300 ppm durant au moins 800 000 ans. Mais au rythme actuel, la barre des 450 ppm pourrait être atteinte d’ici 20 ans, selon le service national britannique de météorologie. Il serait alors impossible de limiter les bouleversements du climat planétaire.

6 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 8 janvier 2019 07 h 38

    Chaud devant!

    Avec des fous comme Donald Trump et des mous comme Justin Trudeau pour qui le signe de piastre du pétro-dollard est un signe d’intelligence la situation n’est pas près de s’améliorer.

    Si, au Québec, le gouvernement Legault, pas plus fin, donne son aval aux projets d’exploitation pétrolière en Gaspésie, comme tout porte à le penser, nous allons ajouter notre nouvelle contribution au processus déjà trop gravement enclenché chez nous comme partout ailleurs dans le monde.

    Or si, par surcroît, qui pense encore pétrole à ce jour pense aussi gaz de schiste maintenant, car peu lui chaut, nous ne sommes pas sortis de l’auberge en feu.

    • Serge Lamarche - Abonné 9 janvier 2019 02 h 58

      La folie est à tous les niveaux comme les gilets jaunes ont montré.

  • Jean Roy - Abonné 8 janvier 2019 08 h 51

    Sémantique climatique

    Le réchauffement climatique ne fait peur à aucun climatosceptique. Il est même ridiculisé par tous les Trump et les trumpistes de la terre: il fait toujours trop frette en janvier, n’est-ce pas?

    je rejoins donc l’opinion de ceux qui préconisent une autre dénomination pour identifier le phénomène du changement climatique causé par l’activité humaine. Cependant le terme « changement climatique » m’apparaît bien trop doux pour générer un impact plus significatif...

    Il me semble que « bouleversements climatiques » soit juste assez brûlant pour décrire la situation en cours de développement (augmentation des inondations, des sécheresses, des vagues de chaleur, des incendies de forêt, etc) et susciter peut-être davantage le réel sentiment d’une urgence d’agir!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 8 janvier 2019 13 h 49

    Bombe climatique en vue?

    Les variations climatiques de plus en plus mesurées par les spécialistes ont de quoi susciter l'attention de chacun! Encore faut-il que nous soyons suffisamment instruits pour comprendre ce phénomène irréversible, aux conséquences néfastes pour l'humanité...En fait, il est vrai qu'il y a déjà eu, lors des siècles précédents, des catastrophes à la surface terrestre qui ont mis à mal des humains, des animaux domestiques, des plantations et des forêts...Ainsi, on cite dans des registres paroissiaux du 16e, 17e et 18e siècles, des vents violents, de la sécheresse, de la grêle, de la pluie en grande quantité.....et sans le bled de l'époque ce fut alors la famine et les maladies... Cependant, la fréquence de ces éléments, et même une répartition non uniforme de ceux-ci, permet de conclure seulement à un déchainement spontané de la Nature où l'activité humaine nuisait peu à l'envirronnement! Aujourd'hui, et même depuis 1984 où, avec mes équipiers, nous avons navigué toute la côte est canadienne (Labrador surtout), parmi de grandes plaques de glace et d'icebergs comme jamais enregistré par la Patrouille internationale des Glaces. Bloqués au Mugford Tickle pendant plus d'une semaine... plus au nord c'était le détroit d'Hudson qui était bouché. Il a fallu retraiiter, non sans mal au sud. Conséquences du réchauffement climatique, la navigation maritime est perturbée et le niveau des eaux aura de graves conséquences dans le monde... De plus, comme les impacts seront d'autant plus spontanés et violents, chacun doit faire sa part. Bien sûr on peut critiquer Les Trump, Trudeau, Legault et compagnie qui n'en font qu'à leur tête, lesquels ont probablement quelque abri anti-atomique pour se protéger... quant aux citoyens, débrouillez-vous! Plus ça change, plus c'est donc pareil. La fin de l'Humanité est en jeu...

  • Daniel Bérubé - Abonné 8 janvier 2019 15 h 45

    J'ai de fortes craintes

    que ce ne soit pas le "bon vouloir" de l'homme qui change les choses... les changements (dans l'agir humain face à ce problème) s'imporseront d'eux même... en d'autres termes, c'est quand le système de surconsommation que nous avons actuellement s'écroulera de lui même.

    L'argent est rendu avec un pouvoir trop fort pour être "dirigé" par l'homme, car c'est l'homme qui doit se soumettre à lui. Nous sortons à peine des années dites "de vache grasse", où nous avons, versus nos gouvernements et nos agirs individuels, su s,endetter de façon incroyable, et au moment ou nous devrons faire face à ce problème, où les coûts des produits aussi essentiel que l'alimentation, grimperont à une vitesse proportionnelle à la difficulté de les produire (considérons ici l'assèchement de quantité de régions, à la perte d'accès aux nappes phréatiques asséchées (mid ouest américain et ouest du Canada), à quantité de terre agricole qui seront innondé, à l'eau salé rendant toute terre incultivable (monté des océans), sans compter les "boulversements" climatique, comme l'a mentionné un lecteur juste ici en haut.

    Nous approchons d'un changement d'ère, où des changements de style de vie majeurs seront a prévoir, et qui s'imposeront d'eux-même; des changements tels qu,aucune génération à ce jour n'aura eu à faire face de par le passé. L'homme a mis toute ses énergies à faire fructifier ses "avoir", mais dans tout cela, il a oublier d' "être"; c'est sans doute cette période difficile qui le rendra conscient de ses erreurs passés, et malheureusement, ceux qui auront a en souffrir n'y seront aucunement responsable, ce sera les générations les ayant précédé qui en seront responsable, et qui se feront maudire pour un tel aveuglement VOLONTAIRE !! Et reconnaissons que souvent l'homme ne grandit de lui même que dans une chose: l'épreuve. Il fera sans doute un grand pas en ce sens, mais... à quel prix ??? Des valeurs anciennes seront à "redécouvrir".

  • Serge Lamarche - Abonné 9 janvier 2019 03 h 01

    Essayer d'empêcher ça

    L'appât du gain nous mène. Essayez d'empêcher les gens d'être riches pour voir.