Diminuer la consommation de viande pourrait sauver des vies

Dans les pays riches, où la consommation de bœuf est élevée, le pourcentage de vies épargnées pourrait même être de 5%.
Photo: Ed Andrieski Associated Press Dans les pays riches, où la consommation de bœuf est élevée, le pourcentage de vies épargnées pourrait même être de 5%.

La réduction de notre consommation de viande pourrait permettre de diminuer considérablement les émissions de gaz à effet de serre mondiales, mais aussi les décès liés à la diète, conclut une nouvelle étude publiée jeudi par le Forum économique mondial. Ce virage est d’ailleurs essentiel pour répondre à la demande alimentaire croissante.

Cette analyse, produite par l’Oxford Martin School, vient renforcer l’idée, de plus en plus avancée, que l’humanité devra impérativement réduire sa consommation de viande pour lutter contre les changements climatiques et nourrir une population mondiale qui devrait atteindre 10 milliards de personnes d’ici quelques décennies (contre 7,5 milliards actuellement).

Les chercheurs soulignent ainsi que la production de boeuf génère à elle seule 25 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre imputables à la production alimentaire mondiale. Dans un contexte de croissance continue de la demande, une augmentation de la production de boeuf entraînerait donc une « pression environnementale énorme », peut-on lire dans le document d’une trentaine de pages.

« Il sera impossible de satisfaire de façon durable à la demande future pour la viande », insiste d’ailleurs le directeur général du Forum économique mondial, Dominic Waughray, dans le communiqué qui accompagne la publication de l’étude. Mais « il est possible de produire suffisamment de nourriture pour 10 milliards de personnes et d’améliorer leur santé sans nécessairement cesser de consommer de la viande », ajoute-t-il.

 

 

Pour cela, il faudrait améliorer notamment les pratiques agricoles, envisager de consommer mondialement davantage d’insectes et se tourner vers une diète « plus diversifiée ». Cette dernière avenue est d’ailleurs mentionnée dans le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

Flexitarisme

Cette diversification, que certains qualifient de « flexitarisme », permettrait de réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre, concluait d’ailleurs l’automne dernier une étude publiée dans le magazine scientifique Nature.

Selon les données inscrites dans cette étude, la production d’un seul kilogramme de boeuf génère 32,5 kg de CO2. Pour l’agneau, on évalue le bilan à 33 kg par kilogramme produit, et à 2,9 kg pour le porc. A contrario, le bilan est de 0,1 kg pour le soya, 0,06 kg en moyenne pour les légumes, 0,7 kg pour les noix et 1,18 kg pour le riz.

En plus des émissions de GES, les produits d’origine animale monopolisent d’importantes superficies de terres cultivables, pour une moyenne de quatre à six mètres carrés pour chaque kilogramme de boeuf, de poulet, d’agneau ou de porc. Or, les nouvelles terres agricoles sont bien rendues disponibles en recourant à la déforestation. En Amazonie, par exemple, près de 75 % des vastes régions naturelles perdues l’ont été au profit de la production de viande ou des céréales nécessaires pour nourrir les animaux.

Les chercheurs dont les travaux ont été publiés dans Nature suggèrent donc un virage vers un régime quotidien davantage « à base de plantes ». En moyenne, les habitants de la planète devraient ainsi réduire de près de 75 % leur consommation de viande rouge. Pour les Canadiens, ce recul serait davantage de l’ordre de 85 %, en tenant pour acquis un passage à un seul repas à base de viande par semaine.

Santé humaine

L’étude publiée jeudi par le Forum économique mondial souligne en outre que le passage du boeuf vers d’autres sources de protéines permettrait de réduire de 2,4 % à 5 % les décès liés à la diète. Cette réduction serait particulièrement prononcée dans les pays développés, grands consommateurs de viande rouge d’élevage.

L’étude n’a pas fourni de chiffres sur le nombre de personnes qui meurent chaque année de causes alimentaires, mais le Forum économique mondial a affirmé que le remplacement de la viande par d’autres protéines « pourrait empêcher des millions de morts inutiles par an ».

Selon Colleen Thorpe, directrice des programmes éducatifs chez Équiterre, les citoyens sont d’ailleurs de plus en plus sensibles à l’idée de réduire leur consommation de viande, particulièrement pour des raisons de santé.

« C’est un mouvement qui prend davantage d’ampleur depuis environ cinq ans. On le voit aussi de plus en plus chez les jeunes, qui veulent être des vecteurs de changements, même pour leurs parents. Je suis donc plutôt optimiste pour la suite des choses, d’autant plus qu’il est possible d’opérer un changement relativement rapidement. »

Selon Mme Thorpe, il faudra toutefois développer davantage le volet « éducatif » pour modifier les habitudes alimentaires des citoyens. En ce sens, elle estime que le gouvernement a un rôle à jouer, notamment à travers le prochain Guide alimentaire canadien.

18 commentaires
  • Serge Trudel - Inscrit 4 janvier 2019 00 h 12

    Encore des fake news!

    Toutes ces pseudo-données scientifiques ont été manipulées sur les ordres exprès et directs des cultivateurs de soya afin de favoriser la vente de leur produit dans les supermarchés au détriment de la viande. Cela rappelle le tristement célèbre Guide canadien de l'alimentation avec ses quatre grands groupes alimentaires correspondant en fait au conglomérat des principaux producteurs alimentaires du pays. C'est le genre d'article, si j'ose dire, qui me laisse sur ma faim. Vite, un bon steak-frites! MDR!

    • Marc O. Rainville - Abonné 4 janvier 2019 08 h 59

      N’importe quoi ! Comme si Le devoir était aux ordres du très hypothétique lobby du soya fantasmé par ce pseudo commentateur...

    • Jean Richard - Abonné 4 janvier 2019 10 h 01

      Oui, il est vrai que les industriels et les commerçants sont prompts à récupérer la cause environnementale pour servir leurs intérêts. Bien loin d'aider les gens à comprendre et à mesurer l'impact de nos diverses activités sur l'environnement, on a plutôt créé des expressions fourre-tout, qui ne veulent pas dire grand chose, mais qui frappent l'imagination. On a donc plus besoin de réfléchir : il suffit de répéter, comme un mantra, que la planète se meurt et qu'il faut la sauver. Et pour sauver la planète, il faut acheter... Du plus gros au plus petit, il faut acheter des bagnoles à batteries (pourtant très polluantes), des frigos Energy Star, des DEL pour remplacer les méchantes ampoules à incandescence et finalement, des pâtés de tofu sans lactose, sans gluten et sans gras saturés.
      Oui, on pourrait se dire : assez c'est assez et trop c'est trop. On pourrait avoir envie de dire : foutez-moi patience avec le tout-au-vert. La nature n'est pas monochrome : elle affiche toutes les couleurs du spectre visible. Soit ! Mais entre la foi naïve de ceux qui se précipitent pour acheter des fétiches verts pour le salut de la planète et la suspicion généralisée envers le milieu scientifique, il y a encore place pour la réflexion, sans laquelle le plus simple des calculs pourrait passer à côté du résultat.
      Et venons-en à nos bœufs. Pour que ces bêtes nous fournissent un seul kilogramme de protéïnes comestibles, il faut leur donner une vingtaine de kilogrammes de protéïnes végétales également comestibles pour les humains. Alors, s'il fallait augmenter la consommation de viande de bœuf, les « cultivateurs de soya » seraient parmi les gagnants puisque l'élevage des bovins crée une demande nettement plus grande que celle de l'industrie du tofu ou autres produits dits végétariens.
      Un steak-frites ? Avec commande à l'auto sur voie réservée pour les bagnoles à batteries ? McDo sait que sa survie va de pair avec la capacité à s'adapter...

  • François Beaulé - Abonné 4 janvier 2019 07 h 49

    Le grand écart entre le bœuf et la volaille

    Viande n'est pas synonyme de bœuf. Ce que le tableau publié ci-haut indique clairement en ce qui concerne les émissions de GES. Produire un kg de bœuf émet 32,5 kg de GES ( CO2 + CH4 (méthane) ). Alors que la production d'un kg de volaille n'en émet que 1,4 , soit 23 fois moins. La consommation de poulet et de dindon est donc un bon choix environnemental.

    Le riz cause problème. Si sa production par kilo émet légèrement moins de GES que la volaille, cela n'est plus vrai si l'on tient compte de la valeur nutritive, notamment des protéines. Contrairement à la volaille, le riz ne contient presque rien d'autre que des glucides. Et il est contaminé par l'arsenic tel que révélé par Consumer Reports, lire https://www.consumerreports.org/cro/magazine/2015/01/how-much-arsenic-is-in-your-rice/index.htm
    La mode du sans gluten a donc des effets néfastes quand elle remplace le blé par le riz.

    La proposition « Réduire la consommation de viande » est imprécise et porte à confusion. Il ne faut pas seulement réduire la consommation de bœuf, il faut l'éliminer. Et lui préférer la volaille en quantité modérée. Il faut aussi réduire la consommation de riz.

    • Marie Nobert - Abonnée 4 janvier 2019 09 h 04

      En «équivalent», mais bon! Je vais «ruminer» votre commentaire le moins longtemps possible... Bonne année!

    • François Beaulé - Abonné 4 janvier 2019 09 h 39

      Prenons le cas d'une personne habituée à une alimentation carnée. Si elle réduit sa consommation de bœuf à une seule portion par semaine, au prix de grands efforts, cette consommation causera encore 4 fois plus de GES que la consommation de 6 portions de poulet par semaine.

      Par ailleurs, le riz est si peu nourrissant que les communautés qui en font leur aliment principal doivent en consommer des quantités énormes. Ce qui cause des émissions de GES plus grandes que celles des gens qui consomment des légumes, des légumineuses, du poulet et du pain. L'avoine est aussi une céréale beaucoup plus nourrissante et beaucoup moins polluante que le riz. Vive le gruau matinal !

  • Yves St-Laurent - Inscrit 4 janvier 2019 08 h 13

    Il faut cesser, pas diminuer !

    De plus en plus d’études suggèrent qu’il faut cesser la consommation de viande. Elle génère plus de GES que ceux émis par l’automobile, les navires et l’aviation réunis ! ( The guardian, 23 décembre 2018) Tout cela sans parler des outrages portés à l’environnement, à l’eau, à la santé humaine et... à des êtres vivants.

  • Brigitte Burns - Abonnée 4 janvier 2019 08 h 51

    viande

    Donc, on parle de l'agneau et du boeuf si je me fie au diagramme. Dans le texte l'accent est mis sur le 2e plutôt que le 1er pourquoi?

  • Marc-Antoine Guesthier - Inscrit 4 janvier 2019 09 h 03

    Titre alarmant et manipulation des faits... Encore!!

    Je trouve dommage de voir un journal aussi respectable que le Devoir sortir ce genre de nouvelle avec ce titre... Bien qu'il existe un consensu scientifique sur le fait qu'il faut AMÉLIORER le bilan énergétique de certaines production agricole, de le titrer de cette façon et de rapporter les faits de manière à avantager la nouvelle n'aide pas la cause. La production de céréale et d'oléagineux est elle aussi responsable d'une très grande parti de la pollution relié à l'alimentation (et sans parler d’amande). La pollution due à l’alimentation elle aussi représente un faible pourcentage de la pollution totale comparativement aux secteurs industriels et de transport par exemple. Ensuite, ce qu'il faut comprendre c'est que ce n'est pas tous les terres agricoles qui peuvent se prêté à la production de légumes et autres produits végétaux. La déforestation pour la mise en production animale est déplorable et devrait être effectivement interdite. Cela-dit, il restera toujours des terres non-Arable qui ne pourront qu'être rentabilisé que par la production animale (Puisque de l'herbe... ce n'est pas très appétant!). Disons les vrais chose... Oui nous devons réduire la consommation, améliorer les systèmes de production et le bien-être animale, mais ce n'est pas en présentant cette industrie comme un monstre que vous allez l'aider à atteindre ces objectifs.