Le Canada prend encore du retard dans sa réduction des GES

Il manque 79 mégatonnes pour que le Canada atteigne sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) en 2030.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Il manque 79 mégatonnes pour que le Canada atteigne sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) en 2030.

La cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixée pour 2030 par le gouvernement de Justin Trudeau s’éloigne encore un peu. Les nouvelles données dévoilées jeudi indiquent en effet que l’écart se creuse, une situation que le fédéral impute en bonne partie au changement de cap du gouvernement ontarien.

Le Rapport de 2018 sur les projections des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre du Canada, publié par la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, démontre que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays devraient atteindre un total de 592 millions de tonnes en 2030, soit un recul de 223 millions de tonnes par rapport aux 815 millions de tonnes émises avant l’adoption du plan libéral de réduction des émissions de GES, en 2016.

Or, la cible fixée pour 2030 est de 513 millions de tonnes, soit un recul de 30 % par rapport à 2005. Cette cible, qui est la même que celle qui prévalait sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, signifie que l’écart pour 2030 se situe à 79 millions de tonnes.

Le bilan précédent du gouvernement canadien chiffrait pourtant ce manque à gagner à 66 millions de tonnes. Cela signifie que l’écart a augmenté au cours de la dernière année, pour un total de 13 millions de tonnes. Ce chiffre équivaut à la moitié des émissions de GES du transport routier au Québec en 2016.

Qui plus est, l’écart de 66 millions de tonnes noté l’an dernier entre les projections d’émissions et la cible pour 2030 représentait déjà un recul par rapport à 2016. Le gouvernement Trudeau prévoyait alors que les émissions canadiennes atteindraient 567 millions de tonnes en 2030, soit un manque à gagner de 44 millions de tonnes par rapport à la cible.

Le cabinet de la ministre de l’Environnement avait alors expliqué au Devoir que cet écart était dû à « un certain nombre de facteurs externes qui ne sont pas directement liés à nos politiques climatiques, par exemple les projections de croissance économique dans le secteur pétrolier et gazier et la croissance démographique ».

L’Ontario blâmé

Comment expliquer que l’écart se creuse encore davantage cette année ? « Lors de la dernière année, les mesures que nous avons mises en place ont réduit la projection des émissions pour l’an 2030 de 21 millions de tonnes. Malheureusement, le gouvernement de l’Ontario a éliminé un plan climatique qui fonctionnait et l’a remplacé par une approche beaucoup plus faible. Cela nous mène dans la mauvaise direction et rend le travail plus difficile pour nous tous », a répondu jeudi Caroline Thériault, directrice des communications de la ministre.

Elle faisait notamment référence à la décision du gouvernement de Doug Ford de quitter le marché du carbone, une décision qui a été suivie d’une contestation ouverte du plan de tarification du carbone du gouvernement fédéral, sous forme de taxe carbone.

« Nous sommes toutefois déterminés à lutter contre le changement climatique et à protéger l’environnement pour nos enfants. Nous continuerons à examiner les mesures que nous pouvons prendre pour réduire nos émissions tout en créant de bons emplois », a ajouté Mme Thériault dans une réponse transmise au Devoir par écrit.

Échec en vue

Pour Greenpeace, ce nouveau bilan des GES démontre plutôt que le Canada n’atteindra pas sa cible de réduction d’émissions. « Le gouvernement Trudeau doit cesser de prétendre qu’il est en voie de respecter sa cible pour 2030 alors qu’il n’a aucun plan pour y arriver », a commenté le porte-parole de l’organisme, Patrick Bonin.

« Depuis le début de son mandat, le gouvernement Trudeau est totalement incohérent en matière de lutte contre les changements climatiques. D’une part, il dit vouloir lutter contre les changements climatiques et d’autre part, il achète un pipeline dont il veut faire l’expansion au coût de 10 milliards de dollars tout en continuant de subventionner l’industrie pétrolière », a-t-il ajouté, en référence au rachat du pipeline Trans Mountain et à l’enveloppe de 1,6 milliard de dollars annoncée cette semaine pour soutenir l’industrie pétrolière et gazière.