Fonds vert: «C’est géré n’importe comment», dit Legault

<p>Le premier ministre François Legault n’a pas tardé à réagir mercredi au rapport rédigé par le Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV). «C’est géré n’importe comment», a-t-il déclaré.</p>
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne

Le premier ministre François Legault n’a pas tardé à réagir mercredi au rapport rédigé par le Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV). «C’est géré n’importe comment», a-t-il déclaré.

Québec promet de donner un sérieux coup de barre au Fonds vert dans les prochains mois, à la lumière d’un rapport dévoilé mercredi qui brosse un portrait alarmant de sa gestion. Mais aucun détail ni échéancier précis n’a été avancé.

Le premier ministre François Legault n’a pas tardé à réagir mercredi au rapport rédigé par le Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV). « C’est géré n’importe comment, a-t-il déclaré. Il y a plusieurs ministères qui pigent et il n’y a aucune optimisation en fonction de la réduction des GES [gaz à effet de serre] ».

Selon le rapport du CGFV, dont Le Devoir avait exposé les grandes lignes en septembre dernier, moins de la moitié des 185 mesures prévues dans le Plan d’action sur les changements climatiques (PACC) 2013-2020 devraient être maintenues, la centaine d’actions restantes devant être bonifiées, réexaminées, si ce n’est carrément abandonnées. Et ce PACC, qui doit bénéficier d’investissements de plus de quatre milliards de dollars, est financé directement par le Fonds vert.

Par ailleurs, le rapport montre du doigt « le grand nombre d’actions », qui disperse les efforts mis en oeuvre par les 15 ministères et organismes impliqués dans le PACC.

Le document soutient aussi que la gestion des sommes allouées à chacune des mesures « manque de flexibilité ». Le budget étant établi dès le départ, cela « empêche une réallocation des sommes vers de nouveaux programmes plus pertinents, plus performants et qui répondent mieux aux besoins du marché ».

Pour sa part, la ministre de l’Environnement MarieChantal Chassé a noté l’absence de reddition de comptes sur le plan environnemental du Fonds vert : « Il y a seulement 17 actions sur 185 qui ont un indicateur de réduction des gaz à effet de serre. C’est alarmant quand on sait que c’est exactement à ça que sert le Fonds vert. »

Mme Chassé dit préparer un plan d’action — sans plus de détails —, insistant sur le fait que le Fonds vert disposait de sommes qui n’ont pas encore servi.

Indicateurs de performance

La ministre a cependant précisé que l’argent alloué devrait aussi être orienté vers l’adaptation aux changements climatiques, dont la population en général peine à mesurer les impacts qu’elle ne voit pas encore. Elle compte aussi doter les actions d’indicateurs de performance.

« C’est essentiel, il faut faire des suivis », réagit au bout du fil le professeur de physique à l’Université de Montréal Normand Mousseau. « Mais on ne peut pas viser 2020. Il faut se mettre en branle pour 2030 et 2050 pour s’assurer qu’on avance », ajoute-t-il. Les auteurs du rapport avancent d’ailleurs que « l’instauration de certaines actions a connu d’importants retards ayant eu pour effet de réduire la performance de ces actions à l’horizon 2020. »

M. Mousseau rappelle, à l’instar des constats dévoilés mardi, que beaucoup d’information manquait pour mesurer l’impact réel de plusieurs des quelque 180 mesures. « Un aspect intéressant du rapport, c’est dire qu’il faut sortir de l’idée de simplement évaluer la réduction de GES. Il faut regarder de manière plus large les retombées, et pour ça, il va falloir avoir de l’argent qui vient d’ailleurs, parce qu’il n’y en a pas assez dans le Fonds vert. Il faut coupler ces investissements dans les organismes et les ministères. »

Alain Bourque, le directeur général du consortium de recherche Ouranos — dont le rapport préconise la fin du financement en 2020 —, croit aussi que la lutte contre les changements climatiques dépasse la simple réduction des GES. L’adaptation de nos territoires aux conséquences de ce phénomène mondial est tout aussi cruciale, dit-il. « Si demain matin on arrêtait les émissions de GES partout sur la planète, notre climat continuerait de changer pour encore 20 ans. »

Il s’inquiète toutefois de la nature des indicateurs de performance évoqués par la ministre Chassé en point de presse. « Il faut nuancer, parce qu’on peut devenir rapidement obsédés par le très court terme, qui ne transforme pas nécessairement la société. » Et dans des domaines comme l’adaptation aux changements climatiques, le progrès est difficile à mesurer. « Un succès en adaptation, c’est quand tu mets en place une mesure et qu’il ne se passe rien parce que nous avons évité les désastres, comme l’érosion côtière. »