Une «feuille de route» de la transition énergétique proposée à François Legault

Marche pour le climat le 10 novembre dernier, à Montréal. Le document remis au gouvernement propose une «feuille de route» pour assurer la mise en œuvre d’un vaste chantier de transition vers une économie «sobre en carbone».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marche pour le climat le 10 novembre dernier, à Montréal. Le document remis au gouvernement propose une «feuille de route» pour assurer la mise en œuvre d’un vaste chantier de transition vers une économie «sobre en carbone».

Reprenant l’idée du premier ministre François Legault de miser sur l’hydroélectricité pour lutter contre les changements climatiques, 25 scientifiques pressent le gouvernement de lancer « une nouvelle révolution énergétique » qui placerait le Québec sur la voie de la transition. Un chantier qui devrait être piloté directement par le cabinet de M. Legault, selon ce qui se dégage de leurs propositions obtenues par Le Devoir.

« En exploitant les avantages du Québec, notamment dus à son électricité à faibles émissions de gaz à effet de serre, la transition énergétique sobre en carbone peut servir à stimuler grandement l’activité économique, à améliorer la santé et à soutenir la justice sociale », souligne le comité scientifique du Pacte pour la transition, qui a réuni un total de 25 scientifiques pour appuyer son « énoncé scientifique ».

Ce document est accompagné d’une lettre, rédigée par les scientifiques associés au Pacte, qui a été transmise directement au cabinet de François Legault vendredi. Celle-ci propose une « feuille de route » pour assurer la mise en oeuvre d’un vaste chantier de transition vers une économie « sobre en carbone ».

« Notre idée est de bonifier le discours déjà mis en avant par M. Legault », résume Catherine Potvin, cosignataire de la lettre, professeure au Département de biologie de l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les changements climatiques et les forêts tropicales.

« Nous avons la possibilité de développer pleinement l’utilisation de notre énergie renouvelable et décarbonisée. La plupart des juridictions dans le monde doivent “nettoyer” leur production d’électricité. Mais pour nous, c’est déjà fait. Notre avantage compétitif serait donc d’utiliser cette électricité pour nous maintenir à l’avant-garde et même pour développer un savoir-faire à exporter », explique Mme Potvin, porte-parole du comité scientifique du Pacte pour la transition. Celui-ci comprend notamment le spécialiste des questions énergétiques Normand Mousseau, l’économiste François Delorme et la spécialiste en transition énergétique Laure Waridel.

Catherine Potvin précise que l’idée n’est pas simplement d’accroître les exportations d’hydroélectricité québécoise, comme le souhaite le gouvernement caquiste. « Il faut se servir de cette énergie pour faire le ménage chez nous en l’utilisant pour remplacer les combustibles fossiles. Ce serait possible pour électrifier les transports, les procédés industriels, les bâtiments, etc. Une fois cela fait, si nous le pouvons, nous pourrons vendre les surplus. Ce serait alors une très bonne idée. »

Budget carbone

Lancer un tel plan de « mobilité », mais aussi d’aménagement du territoire et de « décarbonisation » du secteur industriel, nécessiterait « que le cabinet du premier ministre devienne le grand maître d’oeuvre des actions concertées de l’ensemble des politiques ». Ce serait lui, souligne la lettre adressée à M. Legault, qui serait responsable d’instaurer un « budget carbone » qui assurerait la « cohérence » des actions gouvernementales.

Ce « budget » imposerait de fixer un plafond d’émissions de gaz à effet de serre annuel en phase avec les objectifs de réduction, soit au minimum la cible de –37,5 % à l’horizon 2030 par rapport à 1990. Les décisions du gouvernement devraient être prises en respectant le plafond à ne pas dépasser. Avec une telle mesure, Mme Potvin estime qu’il faudrait mener une évaluation plus rigoureuse de projets comme la cimenterie de Port-Daniel ou l’usine d’engrais de Bécancour.

Le même souci de réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait caractériser les importants projets de transport, comme le troisième lien de la région de Québec. « On ne peut pas simplement dire non au troisième lien, si des gens ressentent un besoin. Il faut être à l’écoute, mais réfléchir à une infrastructure qui ne soit pas seulement une autoroute normale, à quatre voies. Nous ne sommes plus là. On peut imaginer une infrastructure qui favorise le transport public, le transport actif et le transport de marchandises, par exemple », explique Catherine Potvin.

Dans la lettre transmise à M. Legault, les scientifiques reconnaissent par ailleurs qu’il est nécessaire d’amorcer une « transition juste » qui tienne compte des réalités différentes des citoyens des villes centres, de ceux des banlieues et de ceux des régions rurales.

Et s’ils plaident pour « l’abandon graduel des véhicules gros consommateurs de carburants », de plus en plus populaires au Québec, Mme Potvin précise que des solutions doivent d’abord être développées. « Il faut offrir des solutions de rechange acceptables et bénéfiques pour les gens. On ne peut pas simplement les punir. Il faut répondre aux besoins des citoyens. »

On ne peut pas simplement dire non au troisième lien, si des gens ressentent un besoin

Le cabinet de M. Legault n’a pas réagi vendredi, disant ne pas avoir reçu la lettre du comité scientifique du Pacte pour la transition. Selon les données disponibles vendredi sur le site de cette initiative lancée par le metteur en scène Dominic Champagne, un peu plus de 254 000 personnes ont jusqu’à présent signé le Pacte. Les signataires s’engagent à poser des gestes pour réduire leur empreinte environnementale, tout en exigeant du gouvernement un plan climatique qui respecte les objectifs de l’Accord de Paris.

La ministre MarieChantal Chassé « satisfaite » de sa mission à la COP24

En dressant le bilan de sa « mission » à la COP24 dans un communiqué publié vendredi, la ministre de l’Environnement MarieChantal Chassé s’est d’ailleurs dite « satisfaite ». « J’étais partie avec l’intention d’échanger sur différentes approches préconisées par les États et les pays les plus actifs en matière de lutte contre les changements climatiques afin de m’en inspirer. C’est exactement ce que j’ai fait. Nul doute que cette mission enrichira nos décisions des prochains mois et des prochaines années. » Libéraux, péquistes et solidaires ont toutefois tous affirmé que le gouvernement caquiste n’en fait pas assez en matière de lutte contre les changements climatiques. « Au terme de sa mission, la ministre n’a annoncé aucune mesure concrète. Encore une fois, force est de constater que l’environnement n’est pas une priorité pour François Legault et son équipe », a notamment dit la députée libérale Marie Montpetit.

22 commentaires
  • Jean-Henry Noël - Abonné 15 décembre 2018 08 h 37

    La planète Terre

    Tout projet local visant à limiter le réchauffement climatique conduira à un échec s'il n'est pas panplanétaire. Même convaincre les autres provinces serait un tour de force, Convaincre les pays qui utilisent le charbon sera impossible. On fabrique encore intensément de l'électricité avec ce matériau D'autre part, l'édification de nouveaux barrages a aussi ses limites, Prenez note que GM, par exemple, continuera à fabriquer des moteurs à explosion ... Pour être un chef de file, il faut qu'il y ait une file.

    • Gilles Théberge - Abonné 15 décembre 2018 13 h 03

      Il faut créer la file... !

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 15 décembre 2018 09 h 19

    Taux préférentiel

    Je pense que si, on veut l'autosuffisance alimentaire, cela élimininerait beaucoup de GES et l'importation d'aliments, donc une baisse d'importation de pétrole, ce qui est un enrichissement pour nous. Un.e comptable le voit. Ce serait donc une bonne idée de demander à Hydro Québec un taux préférentiel pour le coût de l'électricité de serres dans chaque région qui produiraient pour cette autosuffisance, taux semblable ( mais secret) à celui que reçoivent les alumineries d'ici. Alors, je suggère aux lecteurs-lectrices d'en faire la demande aux députées de leurs circonscriptions. Pourquoi? Le mouvement collaboratif Vire au vert dit que lorsqu'un.e député.e reçoit entre 6 et 8 demandes sur un même sujet, c'est extrêmement important à réaliser pour être réélu.

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 décembre 2018 09 h 51

    Du ménage à faire au Québec

    Catherine Potvin, citée dans cet article, a raison de dire : « Il faut se servir de cette énergie (hydro-électrique ) pour faire le ménage chez nous en l’utilisant pour remplacer les combustibles fossiles. Ce serait possible pour électrifier les transports, les procédés industriels, les bâtiments, etc. Une fois cela fait, si nous le pouvons, nous pourrons vendre les surplus.»

    Pierre-Olivier Pineau, co-auteur d'un rapport récent de HEC, dit qu'il faudra « prioriser une transition vers une économie qui minimise les pertes d'énergie et améliore sa productivité.» Or, la consommation de produits pétroliers a augmenté au Québec en 2017. Les Québécois continuent d'investir des montants records dans l'achat de gros véhicules et de maisons toujours plus grandes. Avant de penser à vendre de l'électricité en Ontario, il s'agirait donc de faire le ménage dans notre propre (?) maison.

  • Denis Carrier - Abonné 15 décembre 2018 10 h 51

    La mobilité individuelle, un besoin fondamental

    «Mme Potvin précise que des solutions doivent d’abord être développées. » Parmi les nouvelles solutions qu’il faut mettre de l’avant, il serait impératif qu’elles portent sur le long terme. Nous ne sommes plus à punir les automobilistes en les forçant à se promener à bicyclette ou les obliger à prendre les transports en commun avec tous les inconvénients que cela implique (attraper la grippe, perdre beaucoup de temps, se retrouver dans un labyrinthe de transferts sans voir où l’on va, etc.). La mobilité individuelle n’est pas une invention des Baby Boomers. Elle répond à un besoin fondamental, elle est la forme moderne du cheval, de l’âne, du chameau et de l’éléphant. Pas un caprice contre lequel toutes les méthodes coercitives sont à promouvoir (interdiction de stationner indéchiffrable, péage exorbitants, parcomètres qui ne rendent pas la monnaie, etc.).
    Plutôt que de lutter contre l'auto, voir à ce qu'elle soit non poluante, c'est-à-dire électrique.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 décembre 2018 11 h 06

      La myopie des promoteurs à tout prix d'un mode de vie qui nous mène en droite ligne vers un cumul de crises signifiant à moyen terme l'effondrement me surprend toujours. L'automobile serait, selon M. Carrier, "la forme moderne du cheval". C'est prendre un raccourci un peu rapide, car le cheval ne carbure pas à l'énergie fossile, mais au foin et à l'avoine. Or, même la voiture électrique parée par M. Carrier de vertus non polluantes demeure un mirage. Sa fabrication nécessite l'apport d'encore plus d'énergie fossile que pour la voiture à combustion, ne serait-ce que pour l'extraction des métaux rares qu'elle nécessite. Qui plus est, la forme d'énergie finale, l'électricité, qu'elle sollicite est produite dans la majorité des provinces et des pays par des formes d'énergie primaire autrement plus nocives pour l'environnement, charbon, gaz, fioule, uranium. En fait, l'énergie primaire ayant connu au cours de la dernière décennie la plus forte hausse, c'est bien le charbon. Alors de prétendre que nous pourrons maintenir notre mode de vie périurbain dans des banlieues où chaque ménage bénéficie d'un, sinon deux ou trois, monstres d'acier utilisés en moyenne 6% du temps constitue une forme de déni parmi les plus mortifères.

    • Daniel Grant - Abonné 15 décembre 2018 14 h 39

      @ M. Cotnoir et M. Carrier
      Le mirage M. Cotnoir est cette illusion qu’on peut continuer à polluer sans limite. Vous semblez avoir succombé à la propagande des pétrolières qui aimeraient tuer l’auto électrique une 2ième fois avec cet argument théorique de la pollution en singularisant celle du VE.
      Regardez qui commandite les variables dans cette déclaration.

      La mobilité électrique fait partie de la solution et je suis d’accord avec M. Carrier.

      Ma Tesla 3 est à Zéro Émission quand je roule et ne prend que 6% du total de ma facture électrique quand je la recharge, ce qui veut dire que tout le reste consiste en appareils-ménagers soit 94% qui ont aussi un cycle de vie énergétique.

      Je n’ai pas de problème à comparer le cycle écologique de tout ce qui est électrique et encore moins de honte à comparer ma Tesla avec n’importe quelle bagnole à pétrole.

      De singulariser le VE comme les propagandistes du pétrole aiment le faire c’est malhonnête et ne sert qu’a dédouaner les vrais pollueurs.

      Quand on branche un appareil dans le mur on ne demande pas moins que l’électricité soit propre, alors si on reçoit de l’électricité sale, c’est la génération d’électricité sale qui est le problème, pas l’utilisateur.

      Les centrales sales au charbon, mazout et gaz naturel sont en voie de disparition et sont remplacées par les énergies propres, et l’augmentation des VE se fera dans un contexte ou les recharges se font (déjà avec Tesla) et se feront avec de l’énergie propre.

      Zéro Émission plus augmentation des revenus pour HQ qui reviennent dans notre économie. Belle combinaison non!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 décembre 2018 15 h 24

      @M. Grant - Non, ces résultats ne proviennent pas du lobby pétrolier ou automobilier, mais d'études menées par des gens comme Jean-Marc Jancovici, polytechnicien spécialiste des énergies.

    • Daniel Grant - Abonné 15 décembre 2018 22 h 30

      @Cotnoir - Non M.Cotnoir d’abord intuitivement ça n’a aucun sens de prétendre que le VE peut être aussi polluant que la bagnole à pétrole et scientifiquement non plus.

      C’est une théorie qui ne correspond à rien dans le présent et le futur de cette théorie n’est que fabulation basée sur des anciennes variables bien choisies.

      Plus il y aura de VE plus il y aura d’énergie propre pour se recharger.

      C’est comme de comparer la pollution que pourrait théoriquement produire une fourmis dans un instant donné
      à celle d’un éléphant pendant un siècle.

      Vous savez que l’industrie du pétrole est l’industrie la plus corrompue au monde et ce n’est pas moi qui a inventé ça, voir OCDE, et
      les automobiliers sont mal placés pour nous faire croire au diésel propre (Volkswagen).
      Qui pensez-vous pourrait avoir intérêt à diaboliser le VE pour ne pas déranger un statu quo lucratif comme la pompe à fric?

      Je ne connais pas M. Jancovici mais des titres de polytechnicien ont été donnés à plusieurs par les Exxons, les frères Koch et acolytes de ce monde pour diaboliser le VE (lire Marchands de doute) est-ce que Total ne commandite pas des polytechniques par hasard?

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 16 décembre 2018 15 h 23

      @ M. Grant Vous ne connaissez pas Jean-Marc Jancovici, mais vous vous permettez néanmoins pour démoniser son opinion. Ce n'est pas très rigoureux comme démarche! Voici donc quelques précisions: tout d'abord son site https://jancovici.com/ et voici la présentation qu'il a fait devant l'ADEME en avril dernier. https://www.youtube.com/watch?v=jC0IiJnuB2U

    • Daniel Grant - Abonné 16 décembre 2018 18 h 55

      @ M.Cotnoir
      Mes commentaires se rapportaient aux 2 extraits que vous avez sorti de ce que M.Jacovici a écrit et je maintien ce que j’ai écrit pcq je n’ai vu encore aucun rapport soi-disant scientifique qui contredit mon intuition à savoir que c’est un mensonge d’une malhonnêteté à la hauteur des enjeux, comme celui qu’on a vu hier sur TV5 au journal de 1830h (rien de mieux que de passer aux heures de grandes écoutes pour polluer le plus de cerveaux possible) ils ont tous l’air très sérieux avec des montages bien fait médiatiquement présenté tranquillement par Laurent se donnant un air totalement impartial, mais ils puent le pétrole à plein nez. On voit très bien qui fournit les variables pour dédouaner les vrais pollueurs qui manipulent tout.

      Je vais quand même regarder ce que M. Jacovici a à dire sur youtube qui est assez long (1h52).
      J’en ai vu plusieurs et d’habitude on peut détecter les faux-nez assez vite mais quelques uns peuvent vous attirer vers une spirale lente de façon très habile pour se rendre compte à la fin que c’est une perte de temps.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 15 décembre 2018 11 h 25

    Intelligence

    Je vois plein d'intelligence dans ce texte,d'une part de la part des scientifiques et d'autre part,de celle du journaliste qui en rend compte. Oui il faut se servir et bien le faire, de notre avantage compétitif, pour notre qualité de vie et pour .. survivre! Ne pas oublier le raport du GIEC.. ie: faire des changements radicaux au plus vite.Se servir de l'électricité pour faire le ménage chez-nous en l'utilisant pour remplacer les combustibles fossiles, est une belle idée. Faudra-t-il un référendum d'initiative populaire pour l'acheminer au cabinet du Premier Ministre?