La cavale se poursuit pour un béluga du Saint-Laurent

Le béluga, surnommé «Népi», poursuit sa cavale très loin de son aire de répartition habituelle.
Photo: Levon Drover Le béluga, surnommé «Népi», poursuit sa cavale très loin de son aire de répartition habituelle.

Après avoir survécu contre toute attente à une opération de sauvetage risquée et sans précédent, un béluga du Saint-Laurent poursuit sa cavale très loin de son aire de répartition habituelle. Il vient d’être aperçu dans le secteur de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard.

Le béluga en question, surnommé « Népi », avait d’abord quitté l’estuaire du Saint-Laurent pour se rendre jusqu’au Nouveau-Brunswick, avant de remonter le cours de la rivière Népisiguit, près de Bathurst.

C’est là que toute une équipe — appuyée par des spécialistes américains et canadiens — a été déployée pour le capturer en juin 2017, après plusieurs jours passés en eau douce. L’animal a ensuite été transporté jusqu’à l’aéroport le plus près, pour être placé à bord d’un avion nolisé pour l’occasion.

Sous la supervision de vétérinaires, il a ainsi été transporté jusqu’à Rivière-du-Loup, avant d’être placé à bord d’un camion pour rejoindre le port de Cacouna. C’est là que l’animal a été déplacé à bord d’un bateau du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), qui l’a relâché la journée même.

À ce moment, des doutes importants subsistaient sur la possibilité qu’il survive, étant donné son piètre état de santé. Il a toutefois retrouvé toute sa vigueur, tout en reprenant le large, cette fois en compagnie d’un autre béluga du Saint-Laurent. Tous deux ont été identifiés en juillet 2018, après avoir été photographiés et biopsiés dans le secteur d’Ingonish, dans la portion est du Cap-Breton.

Voyage dans les Maritimes

Le cétacé n’avait pas été revu depuis, jusqu’à ce que des étudiants en plongée sous-marine professionnelle aperçoivent ce jeune béluga d’environ trois ans, le 7 décembre dernier, dans le port de Summerside. En analysant les images disponibles, le GREMM vient de conclure qu’il s’agit bien de Népi.

« C’est une bonne nouvelle de le voir en bon état de chair. Par contre, c’est inquiétant de le trouver encore dans les Maritimes », constate Robert Michaud, directeur scientifique du GREMM et coordonnateur de l’opération de relocalisation du béluga en 2017.

« Ce qui est le plus inquiétant, c’est de le voir aller à la rencontre des humains », déplore-t-il. La plupart des cas de bélugas observés hors de leur secteur se sont soldés par des morts accidentelles. « Les bélugas sont des animaux sociaux. Lorsqu’ils sont seuls, ils recherchent la compagnie d’autres espèces, mais parfois des bateaux et des humains. Et cette relation de proximité est trop souvent fatale », explique-t-il, appelant les futurs observateurs à garder leurs distances.

Selon le Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches du Canada, il est interdit de nager volontairement avec les mammifères marins et une distance de 100 mètres doit être conservée entre les embarcations et les animaux.

Espèce menacée

Népi n’est pas le premier béluga à quitter l’estuaire du Saint-Laurent. En 2015, un trio s’était même rendu jusqu’au New Jersey. Qu’il s’agisse des Maritimes ou de la côte est américaine, ces régions sont situées très loin de l’habitat naturel des bélugas du Saint-Laurent, qui passent l’été dans l’estuaire, mais aussi la rivière Saguenay.

L’hiver, les chercheurs estiment qu’il est probable qu’ils soient plus en aval, vers le golfe, mais on ignore où ces animaux « résidents » du Saint-Laurent passent précisément la saison hivernale.

L’espèce est considérée comme étant « en voie de disparition ». Il resterait moins de 880 individus dans le Saint-Laurent, malgré le fait que l’espèce est officiellement protégée depuis 1979.

Après la chasse intensive qui a décimé l’espèce pendant des décennies, ces cétacés emblématiques du Saint-Laurent sont désormais victimes du dérangement causé par la navigation, qu’elle soit commerciale ou liée aux embarcations de plaisance.

Ces animaux grégaires, pour lesquels la communication entre les individus est essentielle, sont aussi affectés par la pollution sonore de leur habitat et subissent les impacts de la contamination des eaux de l’estuaire.