Un échec des négociations climatiques serait «suicidaire» pour l’avenir de la planète

Pour le moment, les engagements pris par les différents pays conduisent la planète vers un réchauffement d’au moins 3°C, en supposant que tous respectent leurs engagements.
Photo: Janek Skarzynski Agence France-Presse Pour le moment, les engagements pris par les différents pays conduisent la planète vers un réchauffement d’au moins 3°C, en supposant que tous respectent leurs engagements.

Les mots ne sauraient être plus lourds de sens. Devant le blocage des négociations climatiques, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est revenu à la tribune de la COP24 mercredi pour prévenir les pays signataires de l’Accord de Paris qu’il serait carrément « immoral » et « suicidaire » de ne pas s’entendre cette semaine sur les règles de mise en oeuvre de l’accord.

« Gâcher cette occasion à Katowice compromettrait notre dernière chance d’enrayer l’emballement du changement climatique. Ce ne serait pas seulement immoral, ce serait suicidaire », a-t-il laissé tomber, dans le cadre de sa déclaration destinée aux milliers de délégués et à la centaine de dirigeants politiques présents à Katowice, en Pologne.

« Les problèmes politiques clés restent non résolus », a reconnu M. Guterres, dans le cadre de propos qui ont par la suite été publiés par les Nations unies. « Ce n’est pas surprenant, nous reconnaissons la complexité de ce travail. Mais nous n’avons plus de temps à perdre », a-t-il averti, évoquant l’urgence clairement soulignée dans le plus récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Concrètement, les discussions semblaient buter mercredi sur la question du suivi des engagements pris par les différents États, c’est-à-dire les moyens qui seront mis en oeuvre pour comptabiliser les actions de réductions des émissions de gaz à effet de serre.

Comme cela a été le cas à de nombreuses reprises au cours des dernières années, un clivage persiste entre les pays les plus riches (qui plaident pour plusieurs pour un suivi strict des émissions) et les pays en développement, qui demandent davantage de flexibilité et des moyens financiers accrus.

Financement promis

La question du financement promis aux pays en développement pose en effet toujours problème, selon ce qu’a fait valoir António Guterres. Le secrétaire général a d’ailleurs rappelé aux participants de la COP24 que l’obligation financière des pays développés de soutenir les efforts des pays en développement avait été établie dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques signée en 1992, il y a donc de cela plus de 25 ans.

« Il est très difficile d’expliquer à ceux qui souffrent des effets du changement climatique que nous n’avons pas réussi à trouver un soutien prévisible aux actions à mener », a-t-il souligné. M. Guterres a donc exhorté les pays développés à « augmenter leurs contributions pour mobiliser ensemble 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 », comme stipulé dans l’Accord de Paris signé en 2015.

À l’instar de la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna, le secrétaire général de l’ONU a plaidé pour l’élaboration d’un « ensemble de règles souples mais robustes » de mise en oeuvre. « Les pays ont des réalités différentes, des capacités différentes et des situations différentes », a reconnu M. Guterres, expliquant qu’« il faut trouver une formule qui équilibre les responsabilités de tous les pays » et qui soit « juste et efficace pour tous ».

Le temps file d’autant plus vite dans le cadre de cette COP24 que les pays signataires de l’Accord de Paris avaient fixé à 2018 l’élaboration finale des règles de mise en oeuvre de cette entente climatique.

Manque d’ambition

Par ailleurs, en plus des enjeux de suivi des engagements et de financement, les quelque 200 pays autour de la table doivent idéalement parvenir à s’entendre pour rehausser leurs ambitions en matière de lutte contre les changements climatiques, et ce, d’ici 2020.

Pour le moment, les engagements pris par les différents pays conduisent la planète vers un réchauffement d’au moins 3 °C, en supposant que tous respectent leurs engagements.

Or, l’Accord de Paris vise à maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », tout en promettant de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ». Une demande chère aux pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques.

Mais quelle que soit la cible qui serait respectée, les efforts pour y parvenir seront colossaux. Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C, selon le GIEC. Qui plus est, le plus récent rapport scientifique, publié en octobre, prévient que les réductions d’émissions doivent être entamées « bien avant » 2030, pour espérer limiter le réchauffement.

Le problème, c’est que des pays comme les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite ont décidé de faire front commun au cours de la COP24 pour bloquer une motion qui proposait d’accueillir favorablement les conclusions du GIEC. Une position qui est venue plomber les discussions en Pologne.

Cette situation a également été dénoncée mercredi par le premier ministre des îles Cook, Henry Puna. « Mon inquiétude est exacerbée par le fait que cette COP n’a pas encore pu trouver un consensus pour saluer ce rapport […] simplement parce que certains ne veulent pas accepter la dure réalité qu’il dépeint », a-t-il dit, résumant la perception de plusieurs États insulaires.

Avec l’Agence France-Presse