2018, la deuxième année plus chaude jamais enregistrée en Arctique

Photo: Mario Tama Archives Getty Images / AFP Les 12 années de plus faibles couvertures glaciaires sont... les 12 dernières années.

L’Arctique s’est encore réchauffé à l’hiver 2017-2018, la glace de la région se réduit, les caribous disparaissent et les algues rouges remontent vers le nord, selon le rapport annuel de l’administration océanique et atmosphérique américaine (NOAA) publié mardi.

L’année 2018 a été la deuxième plus chaude en Arctique depuis que les relevés existent, à partir de 1900. Il a fait 1,7 °C plus chaud que la moyenne des trois dernières décennies et le réchauffement y est deux fois plus rapide que la moyenne mondiale.

Le record absolu date de 2016.

La tendance est évidente : les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, selon la NOAA, qui a coordonné ce rapport de référence écrit par plus de 80 scientifiques de 12 pays.

La multiplication des records et quasi record de température depuis 2014 est sans précédent dans l’histoire des relevés.

Dans l’océan Arctique, la glace se forme de septembre à mars, mais la saison se raccourcit inexorablement au fil des années. Les glaces sont moins épaisses, plus jeunes et couvrent moins d’océan. La vieille glace, c’est-à-dire âgée de plus de quatre ans, s’est réduite de 95 % depuis 33 ans.

C’est un cercle vicieux : des glaces plus jeunes sont plus fragiles et fondent plus tôt au printemps. Moins de glace signifie moins de réflexion solaire : l’océan absorbe davantage d’énergie et se réchauffe donc un peu plus.

Les faits saillants du rapport 2018 de la NOAA sur l'Arctique (en anglais).

 

 

De moins en moins de glace hivernale

Les 12 années de plus faibles couvertures glaciaires sont... les 12 dernières années.

Par exemple, il n’y a jamais eu aussi peu de glace hivernale dans la mer de Bering, entre la Russie et l’Alaska, qu’en 2017-2018. Habituellement, le plus fort de l’hiver arrive en février, mais cette année, la glace a fondu ce mois-là. Il n’en restait que le quart de la normale.

Le phénomène du réchauffement de l’eau dans cette zone de l’Arctique a donc été observé et a probablement causé les fontes prématurées de l’été dans les mers de Beaufort et des Tchouktches.

À l’inverse, l’accélération de la fonte de la couverture glaciaire du Groenland s’est stabilisée, selon la NOAA.

L’agence américaine dispose de données considérables. Ses satellites passent 28 fois par jour au-dessus de l’Arctique et fournissent les relevés les plus précis sur la glace et les océans. Elle se repose aussi sur un réseau de scientifiques, de capteurs et de bouées.

Selon elle, les six fleuves d’Eurasie se jetant dans l’océan Arctique ont déversé davantage d’eau : +25 % l’été dernier par rapport aux années 1980.

Les écosystèmes bouleversés

Ces changements climatiques ont un effet dramatique sur l’écosystème.

« Le réchauffement continu de l’atmosphère et de l’océan arctiques provoquent de vastes changements dans le système environnemental, de manières conformes aux prévisions, mais aussi surprenantes », résume l’agence.

Les populations de caribous et rennes sauvages de la toundra sont en déclin depuis le milieu des années 1990.

Seuls deux des 22 troupeaux surveillés n’ont pas décliné. Cinq ont perdu plus de 90 % de leurs membres dans la région Alaska-Canada et « ne montrent aucun signe de reprise ».

« Certains troupeaux ont des populations au plus bas niveau jamais enregistré », avertit l’agence. La plupart sont officiellement classés en danger ou rares.

La cause est probablement l’allongement de l’été et de ses maux pour les bêtes, bien équipées pour l’hiver, mais pas pour la saison douce : parasites, puces, maladies...

Le réchauffement aide au contraire les algues rouges toxiques (planctons microscopiques ou bien algues plus grosses) à conquérir de nouveaux territoires en pénétrant les eaux de moins en moins froides de l’Arctique, où poissons et crustacés peuvent s’empoisonner.

« Les données récoltées dans la dernière décennie montrent clairement que de multiples espèces toxiques d’algues sont présentes dans la chaîne alimentaire de l’Arctique à des niveaux dangereux et il est très probable que ce problème persiste et sans doute empire à l’avenir », selon la NOAA.

Le dégel du pergélisol menace 70% des infrastructures en Arctique

La fonte du pergélisol sous l’effet du réchauffement climatique menace jusqu’à 70 % des infrastructures en Arctique, dont des champs pétrolifères et gaziers, avertit une étude publiée mardi dans Nature Communications.

Cette étude s’est basée sur des informations détaillées concernant des infrastructures présentes dans les zones de l’hémisphère Nord couvertes par le pergélisol pour évaluer combien de bâtiments, routes, voies ferrées et autres constructions pourraient être menacées d’ici 2050.

« L’ampleur de la menace a été dans un sens une surprise », avoue Jan Hjort, de l’université d’Oulu en Finlande, qui a dirigé l’étude. « Le fait en particulier qu’environ 70 % des infrastructures actuelles [...] se situent dans des zones où le potentiel de fonte du pergélisol proche de la surface est élevé », dit-il à l’AFP.

« D’ici 2050, 3,6 millions de personnes [...] pourraient être affectées par les dégâts causés aux infrastructures par le dégel du pergélisol », précise l’étude.

Près de la moitié des champs pétrolifères et de gaz naturel clés dans l’Arctique russe se trouvent dans des régions soumises à un « potentiel de danger élevé » lié au dégel du pergélisol.

Le respect de l’Accord de Paris sur le climat ne permettra pas de réduire ce risque d’ici 2050, prévient l’étude, mais limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C permettrait en revanche de réduire les dégâts potentiels dans la deuxième moitié du siècle.

Ces sols gelés toute l’année recouvrent 25 % des terres émergées de l’hémisphère Nord, notamment en Russie, au Canada et en Alaska. Ils peuvent être composés de microlentilles de glace ou de grosses masses de glace pure, sur une épaisseur de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres.

Ils existent dans une moindre mesure dans l’hémisphère Sud, en Antarctique et dans le sud des Andes.

En Sibérie, les effets de la fonte du pergélisol se font déjà sentir. À Iakoutsk, la plus grande ville du monde construite sur du pergélisol, la plupart des bâtiments soviétiques à plusieurs étages n’ont pas été construits pour résister au réchauffement climatique. Des habitations ont déjà dû être démolies, d’autres sont pleines de crevasses.