Washington autorise des pétrolières à perturber «accidentellement» les baleines

Photo: Scott Heppell Archives Agence France-Presse Donald Trump a dévoilé en janvier un vaste plan visant à permettre les forages pétroliers et gaziers dans la quasi-totalité des eaux côtières des États-Unis.

Dans la foulée de la décision du gouvernement Trump de relancer l’exploration pétrolière en milieu marin, l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) a publié vendredi des règles qui permettront à des entreprises de perturber les mammifères marins, mais seulement de façon « accidentelle ».

Selon ce qu’on peut lire dans le communiqué de la NOAA, les « autorisations finales » pour les levés sismiques prévus pour cinq projets d’exploration pétrolière dans l’océan Atlantique prévoient la possibilité d’un harcèlement accidentel, mais interdisent tout geste « intentionnel ».

La NOAA, dont le mandat comprend notamment la protection des mammifères marins, précise toutefois que des mesures de « mitigation » devront être mises en place par les entreprises qui rechercheront des gisements le long de la côte est, et ce, afin de « réduire les impacts » de ces activités.

Des observateurs devront ainsi présents sur les navires, afin de repérer visuellement et par le son la présence de cétacés et d’« alerter les opérateurs si une espèce protégée s’approche à une certaine distance ». Une attention particulière devra aussi être portée lorsque les levés sismiques seront menés dans les « habitats privilégiés » de ces espèces. Dans certains cas, les opérations pourraient devoir être stoppées.

Ces projets de levés sismiques, et éventuellement de forages, seront réalisés dans des milieux marins assidûment fréquentés par plusieurs espèces de cétacés, y compris des baleines observées dans les eaux canadiennes et québécoises durant la période estivale. C’est le cas de la baleine noire et du rorqual bleu, deux espèces classées « en voie de disparition ».

Or, ces levés sismiques sont connus pour représenter une menace pour « les composantes essentielles des écosystèmes marins », dont les cétacés. Dans une lettre adressée au président Barack Obama en 2016, 27 scientifiques américains avaient même prévenu que le fait d’autoriser l’exploration pétrolière dans l’Atlantique pourrait mener à la disparition de la baleine noire.

Une étude d’impact américaine a également déjà évalué à 138 000 le nombre d’organismes marins potentiellement menacés par les levés sismiques qui seront réalisés pour trouver de possibles gisements dans les eaux de l’Atlantique.

Le projet de Trump

Ces autorisations de la NOAA constituent une étape importante dans le projet du président américain Donald Trump, qui a dévoilé en janvier un vaste plan visant à permettre les forages pétroliers et gaziers dans la quasi-totalité des eaux côtières. Les océans Atlantique, Pacifique et Arctique sont visés par le projet.

Le plan développé par la Maison-Blanche est en fait le plus ambitieux jamais présenté favorable à l’exploration pétrolière et gazière en milieu marin. Il doit notamment permettre aux entreprises de forer dans des zones jusqu’ici hors d’atteinte pour l’industrie des énergies fossiles, en raison des règles de protection en place depuis plusieurs années.

Concrètement, près de 90 % des zones côtières faisant partie du plateau continental américain pourraient ainsi être ouvertes à l’attribution de permis d’exploration entre 2019 et 2024, dans le cadre de ce plan de cinq ans. À titre de comparaison, depuis plusieurs années, 94 % des zones côtières n’étaient pas accessibles à l’industrie

L’ouverture massive des zones maritimes à l’exploration soulève toutefois de vives inquiétudes de la part d’élus américains, particulièrement depuis la tragédie survenue en 2010 dans le golfe du Mexique. L’exploration d’une plateforme d’exploration, Deepwater Horizon, y a provoqué la pire marée noire de l’histoire américaine.