Le gazon est peu efficace pour lutter contre les îlots de chaleur

Les chercheurs précisent que la situation peut être améliorée grâce à des gestes simples, comme le fait de diminuer la fréquence de tonte du gazon.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les chercheurs précisent que la situation peut être améliorée grâce à des gestes simples, comme le fait de diminuer la fréquence de tonte du gazon.

Les pelouses manucurées qui font la fierté des habitants de la grande région de Montréal verdissent le décor, mais elles ne sont pas la meilleure solution pour limiter le réchauffement en milieu urbain, révèle une étude dévoilée vendredi par la Fondation David Suzuki.

Le rapport intitulé « La fin du gazon », produit par quatre chercheurs de l’Université du Québec à Montréal, de l’Université du Québec en Outaouais et de l’Université de Montréal, conclut que le gazon tondu régulièrement est beaucoup moins efficace que d’autres types de végétation basse pour atténuer les îlots de chaleur et favoriser la biodiversité sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

« Bien que les surfaces gazonnées permettent de diminuer la température ambiante par rapport aux surfaces minérales, elles sont moins performantes que des surfaces de végétation basse plus complexes, et beaucoup moins performantes qu’une canopée forestière », écrivent les auteurs Xavier X. Francœur, Jérôme Dupras, Danielle Dagenais et Christian Messier.

Les chercheurs ont comparé en 2015 la performance environnementale de quatre types de végétation basse sur quatre sites différents situés à Montréal et à Laval : des champs d’herbes non entretenus, des arbustes non entretenus, des haies faiblement entretenues et des surfaces gazonnées tondues.

Ils ont constaté que les surfaces gazonnées ont moins bien dissipé la chaleur que les trois autres types de végétation, la température y étant supérieure de cinq degrés Celsius en moyenne. L’écart entre la température maximale du gazon et celle des arbustes non entretenus a même atteint vingt degrés Celsius.

Verdir différemment

À la lumière de ses résultats, les auteurs de l’étude recommandent de repenser la manière avec laquelle on verdit le territoire de la CMM, qui compte actuellement près de 68 000 hectares de végétation basse, soit le quart du territoire urbain.

« Il est possible d’augmenter très significativement le soutien à la biodiversité et la régulation du climat local qu’offrent les surfaces actuellement gazonnées de la CMM en la complexifiant en termes d’espèces végétales et de hauteur de la végétation », soulignent-ils.

Les chercheurs précisent que la situation peut être améliorée grâce à des gestes simples, comme le fait de diminuer la fréquence de tonte du gazon. Ils ajoutent qu’il n’est pas nécessaire de convertir tous les espaces gazonnés en boisés pour obtenir des résultats significatifs et qu’une proportion considérable des espaces où se trouve de la végétation basse sur le territoire de la CMM ne sont pas des lieux de récréation, ce qui signifie qu’ils pourraient être aménagés autrement sans nuire aux activités et aux loisirs.

L’étude cible d’ailleurs certains secteurs qui représentent des occasions intéressantes de complexification du verdissement sur le territoire de la CMM : Pierrefonds, Senneville et Sainte-Anne-de-Bellevue, de même que l’est de Laval et les environs du mont Saint-Bruno.