Steven Guilbeault conseillera le gouvernement Trudeau sur les changements climatiques

Steven Guilbeault (à gauche), au moment d'annoncer son départ d'Équiterre, en octobre dernier
Photo: Améli Pineda Le Devoir Steven Guilbeault (à gauche), au moment d'annoncer son départ d'Équiterre, en octobre dernier

Conscient du fait que le Canada est en voie de rater ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi la création d’un « conseil consultatif » qui devra lui suggérer des moyens d’accélérer la réduction des émissions. L’ancien directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, coprésidera ce comité de deux personnes.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a profité de sa mise à jour économique pour annoncer la création de ce « conseil consultatif en matière de lutte contre les changements climatiques ». Selon ce qu’il a fait valoir dans son discours, « ce conseil donnera des conseils d’experts au gouvernement sur des façons dont nous pouvons réduire davantage la pollution et encourager la croissance économique dans deux domaines cruciaux : le secteur des transports et le secteur du bâtiment ».

Il faut dire que le secteur des transports est le deuxième principal émetteur de gaz à effet de serre (GES) au pays, avec 173 millions de tonnes en 2016. Quant au secteur du bâtiment, il compte pour 81 millions de tonnes de GES. Ces deux secteurs sont toutefois devancés par celui de l’industrie pétrolière et gazière, dont les émissions se situaient à 183 millions de tonnes en 2016.

Tout en rappelant les gestes posés par le gouvernement pour lutter contre la crise climatique, notamment celui d’imposer « un prix sur la pollution », le ministre Morneau a reconnu le besoin d’en faire plus pour respecter l’objectif de réduire de 30 % des émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 2005.

Ottawa a donc nommé deux personnes pour ce nouveau « conseil consultatif », soit Steven Guilbeault et la présidente et chef de la direction de la coopérative financière Vancity, Tamara Vrooman. Ce comité relève directement du ministre Morneau, mais aussi de la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna.

Faire plus

« Notre mandat est de faire des propositions pour bonifier le plan pancanadien de lutte contre les changements » climatiques, a résumé au Devoir Steven Guilbeault, tout en précisant que le « mandat » reste à préciser « au cours des prochaines semaines ».

Est-ce qu’il sera possible d’aborder la question de l’industrie pétrolière et gazière ? « Le travail du comité vient appuyer le gouvernement canadien, donc on ne réécrit pas le plan de lutte contre les changements climatiques. Le mandat du comité ne sera pas de revoir les politiques gouvernementales ou les décisions passées. Notre mandat est de voir ce que le Canada pourrait faire de plus en matière de lutte contre les changements climatiques », a expliqué M. Guilbeault.

Steven Guilbeault, qui était directeur principal d’Équiterre jusqu’en octobre dernier, avait sévèrement critiqué la décision du gouvernement Trudeau de racheter le pipeline Trans Mountain, de la pétrolière texane. « Aujourd’hui, le gouvernement fédéral a décidé de faire porter sur les épaules de la population canadienne les risques financiers du projet Trans Mountain », avait-il notamment affirmé en mai dernier, au moment de l’annonce du rachat.

Cette décision a depuis été défendue par les ministres Bill Morneau et Catherine McKenna. Cette dernière a même affirmé à plusieurs reprises que l’approbation du pipeline Trans Mountain était compatible avec le plan de lutte contre les changements climatiques des libéraux.

Objectif 2030

Mercredi, M. Guilbeault a par ailleurs salué la volonté du gouvernement Trudeau d’accélérer la lutte contre les changements climatiques. « Je suis heureux de voir que le gouvernement du Canada spécifie qu’on doit faire plus et qu’on doit aller plus vite. Nous avons les yeux sur la cible de 2030, mais nous sommes bien conscients que ça ne s’arrête pas en 2030. Il va falloir poursuivre la lutte contre les changements climatiques. Pouvoir donner un coup de main à un gouvernement qui se dit ouvert à en faire plus, ça ne peut que me réjouir », a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique.

Ottawa a fixé un objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. Il s’agit du même objectif que celui qui avait été mis en avant par l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Dans les documents officiels déposés aux Nations unies, le fédéral reconnaissait toutefois plus tôt cette année que sa cible pour 2030 sera difficile à atteindre, notamment en raison de la croissance du secteur pétrolier et gazier. La production pétrolière au pays doit en effet continuer de croître, pour atteindre une production quotidienne de près de six millions de barils en 2030. La grande majorité de ce pétrole proviendra des sables bitumineux, à raison de 4,2 millions de barils par jour.

Ainsi, dans 12 ans, les émissions canadiennes annuelles, qui atteignent aujourd’hui environ 700 millions de tonnes, pourraient s’élever à 583 millions de tonnes, alors que le gouvernement devrait les ramener à 517 millions de tonnes pour respecter sa cible.

À l’heure actuelle, si le monde s’alignait sur le plan climatique fédéral, le réchauffement global atteindrait de 3 °C à 4 °C au cours des prochaines décennies, selon un rapport publié la semaine dernière par l’organisme Climate Transparency. L’Accord de Paris mise sur un bouleversement du climat limité à 1,5 °C, ou 2 °C, pour éviter les pires impacts pour l’humanité.